07 août 2026

Dragueur B.273 Zinnia YMS Tarentule Amiral Mouchez Ingénieur hydrographe Nicolas Mines guerre 1945

 Dragueur B.273

du déminage de l'après-guerre


Je me pose quelques questions sur ce DRAGUEUR B 273, qui aurait été rebaptisé ZINNIA car il existe un rapport de perte du bâtiment en 1944. 

Le "rapport sur la perte" ne signifie pas forcément que le bâtiment a été définitivement perdu. Dans le langage administratif de l'époque, il pouvait s'agir d'un sinistre, d'un échouement ou d'une explosion de mine ayant nécessité une enquête. Il serait devenu le D.356 puis rebaptisé Zinnia. Une affaire à suivre.


Le D 273 est l'ancien USS YMS-227, un dragueur de mines côtier de la classe YMS construit en bois par les chantiers Frank L. Sample Shipyard près de Portland (Oregon). Mis sur cale le 4 avril 1942, lancé le 7 juillet 1942 et admis au service de l'U.S. Navy le 20 mars 1943, il est transféré à la Marine nationale le 20 mars 1944.

Sous pavillon français, il reçoit d'abord le numéro D 273. En 1945, il est renuméroté D 356, puis prend officiellement en 1947 le nom de Zinnia, conformément à la tradition de baptiser les dragueurs de mines du nom d'une fleur. Affecté aux divisions de dragueurs de mines, il participe au déminage des côtes françaises, indispensable à la réouverture des ports et à la sécurité de la navigation après la Libération.

Lors de la réorganisation de la flotte en 1951, le Zinnia reçoit le numéro de coque M 652. En 1957, il est transformé en patrouilleur et prend le nom de Lotus avec le numéro P 656. Après près de vingt ans de service dans la Marine nationale, il est condamné le 30 novembre 1961 sous le numéro Q 310.




Conscient de l'ampleur de la tâche, le Gouvernement provisoire de la République française choisit de ne pas confier cette mission au ministère de la Guerre, déjà mobilisé par la réorganisation de l'armée, mais au ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (MRU), créé en novembre 1944. 

En février 1945, une Direction du Déminage fut mise en place sous l'autorité de Raymond Aubrac, ancien résistant et commissaire de la République à Marseille. Ce choix illustre bien que le déminage était considéré avant tout comme une opération de reconstruction nationale plutôt qu'une simple mission militaire.


Les premières opérations consistèrent à localiser les champs de mines. La capture des archives allemandes permit de récupérer de nombreux plans détaillés indiquant l'emplacement des dispositifs, leurs modes de pose et les différents systèmes d'amorçage. Ces renseignements se révélèrent précieux, même si les cartes étaient parfois incomplètes ou volontairement imprécises. Parallèlement, la France dut se doter d'un matériel spécialisé. Les premiers détecteurs de mines furent fournis par les Alliés avant que l'industrie française n'en produise sous licence dès l'automne 1945, marquant le véritable lancement des opérations à grande échelle.



Le manque de personnel constitua rapidement un problème majeur. Le déminage était un métier extrêmement dangereux : chaque intervention exposait les équipes à un risque permanent d'explosion. Les autorités recrutèrent environ 3 200 volontaires français, auxquels s'ajoutèrent près de 30 000 prisonniers de guerre allemands, largement employés aux travaux les plus dangereux. Beaucoup d'entre eux étaient d'anciens spécialistes du génie militaire ayant participé à la pose des champs de mines. Les pertes furent importantes : plusieurs centaines de démineurs français et plusieurs milliers de prisonniers allemands trouvèrent la mort ou furent grièvement blessés au cours de ces opérations.

À la fin de l'année 1947, les principaux champs de mines terrestres étaient neutralisés et la Direction du Déminage put réduire considérablement ses effectifs. Les opérations ne furent cependant pas totalement terminées : une centaine de spécialistes demeurèrent en activité afin de traiter les découvertes quotidiennes d'engins explosifs, mission qui se poursuit encore aujourd'hui sous d'autres structures.

Le déminage terrestre ne représentait d'ailleurs qu'une partie du problème. 

Les ports, les rades, les estuaires et les chenaux maritimes étaient également encombrés de milliers de mines marines, d'épaves et de munitions immergées. Cette mission fut confiée à la Marine nationale, qui reconstitua dès 1945 des flottilles de dragueurs de mines, souvent composées d'anciens bâtiments américains, britanniques ou canadiens transférés à la France. Les 31e et 32e divisions de dragueurs de mines jouèrent un rôle essentiel dans la sécurisation de la Manche, de l'Atlantique et des grands estuaires français, notamment celui de la Loire entre Nantes et Saint-Nazaire. Leur action permit la réouverture progressive des ports, la reprise du commerce maritime, le retour de la pêche et la circulation des navires marchands dans des conditions acceptables de sécurité.


Ainsi, le déminage apparaît comme l'un des premiers grands chantiers de la reconstruction française. Souvent éclipsé par la remise en état des villes ou des infrastructures, il conditionna pourtant l'ensemble de ces travaux. Sans la neutralisation des mines terrestres et marines, il aurait été impossible de remettre les terres agricoles en culture, de reconstruire les habitations, de rouvrir les voies de communication ou de relancer l'activité portuaire. Cette œuvre, accomplie au prix de nombreux sacrifices humains, demeure l'un des fondements méconnus du retour à la paix après la Seconde Guerre mondiale.

Dès la Libération, l'État-Major de la Marine organise méthodiquement les opérations de déminage. Le Service hydrographique élabore un vaste plan de nettoyage des côtes, tandis qu'une commission interministérielle fixe les priorités en fonction des besoins économiques et militaires.

La tâche est rendue particulièrement difficile par l'apparition de nouvelles générations de mines. Aux mines à contact traditionnelles s'ajoutent des mines magnétiques, acoustiques, magnéto-acoustiques et à dépression, capables d'exploser sans contact direct, simplement au passage d'un navire. Ces innovations imposent l'utilisation de techniques et de matériels entièrement nouveaux.

Or, la Marine française ne dispose alors que d'une flotte de dragueurs réduite, souvent vieillissante et inadaptée. Les équipages doivent être rapidement formés à ces nouvelles méthodes de lutte contre les mines.

Pour renforcer ses moyens, la France reçoit des navires spécialisés de ses Alliés 


les YMS (Yard Minesweepers) américains, les MMS (Motor Minesweepers) britanniques, ainsi que plusieurs bâtiments allemands récupérés après la guerre (dragueurs M.35, M.40, vedettes KFK et chalutiers transformés). Cette flotte hétérogène constitue le cœur des premières flottilles de déminage françaises et permet d'engager le gigantesque chantier de sécurisation des ports, des côtes et des estuaires, indispensable au redémarrage du commerce maritime et de la pêche.

Face au manque de personnel formé et à la complexité des nouvelles mines, la Marine nationale met rapidement en place une importante documentation technique et des manuels de formation destinés aux équipages. Malgré ces efforts, les débuts sont difficiles : les marins découvrent des explosifs et des systèmes de mise à feu qu'ils connaissent mal, ce qui entraîne parfois des erreurs d'identification ou des interventions particulièrement dangereuses.

Pour renforcer les capacités françaises, les États-Unis livrent des YMS (Yard Minesweepers), petits dragueurs de mines modernes spécialement conçus pour la lutte contre les mines. Longs d'environ 41 mètres pour 203 tonnes, construits avec une coque en bois afin de limiter leur signature magnétique, ils embarquent un équipage d'une trentaine d'hommes.

Très polyvalents, les YMS peuvent effectuer le dragage mécanique, magnétique et acoustique. Ils disposent de protections contre les explosions de mines, d'un poste d'observation surélevé et sont armés d'un canon et de mitrailleuses permettant de détruire les mines remontées à la surface. Grâce à leur fiabilité et à leur équipement moderne, ces bâtiments deviennent l'un des principaux outils du déminage des côtes françaises entre 1945 et le début des années 1950.

Entre 1945 et 1946, elle met sur pied une vingtaine de divisions de dragueurs de mines, regroupées en cinq groupes opérationnels couvrant les trois régions maritimes françaises.

Le 1er groupe, créé le 31 mars 1946, est affecté à la 1ʳᵉ région maritime et rassemble les 32ᵉ, 36ᵉ et 37ᵉ divisions de dragueurs, ainsi que plusieurs divisions de dragueurs-baliseurs sous l'autorité du bâtiment hydrographique Nicolas.

L'Ingénieur Hydrographe Nicolas (P 664) était un bâtiment hydrographique de la Marine nationale française. Son histoire est assez singulière :

L'ingénieur hydrographe Nicolas



Il est construit en Allemagne en 1937
comme chalutier de pêche sous le nom Otto Bröhan. Réquisitionné par la Kriegsmarine pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert comme Vorpostenboot (patrouilleur auxiliaire) sous les désignations V 207, puis V 206 Otto Bröhan.

Sabordé à Caen en juin 1944, il est renfloué en 1945. Transformé en navire hydrographique pour la Marine française, il est rebaptisé Ingénieur Hydrographe Nicolas en hommage à un ingénieur hydrographe français. Il entre en service en 1949 (???)  et est utilisé pour les levés hydrographiques jusqu'en 1960, date à laquelle il est retiré du service et démoli.

Caractéristiques principales : Longueur : 55,65 m Largeur : 8,44m

 Déplacement : 1 050 t  Vitesse : 12,5 nœuds Équipage : 68 hommes

Le 2ᵉ groupe, constitué dès le 24 septembre 1945, opère dans la 2ᵉ région maritime. Il réunit les YMS de la 31ᵉ division, les MMS de la 34ᵉ division et plusieurs vedettes allemandes récupérées, sous le commandement de l'amiral Mouchez.

L'Amiral Mouchez au service du dragage des mines

l'amiral Mouchez

À la Libération, les eaux françaises restent dangereuses, encombrées de milliers de mines. Affecté comme bâtiment-base du 2e Groupe de Dragage à La Pallice, l'Amiral Mouchez coordonne les opérations de déminage sur la façade Atlantique. Quelques années plus tard, il poursuit cette mission en Méditerranée, où il sert de bâtiment-base des dragueurs de mines côtiers. Une fois les principales routes maritimes sécurisées, il reprend ses campagnes hydrographiques, tout en retrouvant ponctuellement un rôle de commandement lors des opérations de déminage, notamment pendant la crise de Suez en 1956.

Le 3ᵉ groupe comprend principalement les 20ᵉ et 29ᵉ divisions, renforcées par le bâtiment Tarentule, tandis que le 4ᵉ groupe rassemble des dragueurs allemands de types M35 et M40, complétés par plusieurs divisions de baliseurs.

La Tarentule

Tarentule (A 729)

Bien qu'il ne soit pas un dragueur de mines, le Tarentule joue un rôle essentiel auprès des flottilles de dragage. Cette gabare de mer assure le ravitaillement en carburant, vivres, pièces détachées et matériel, permettant aux dragueurs de poursuivre leurs opérations de déminage en mer, notamment en Méditerranée. Sans ces bâtiments de soutien, les campagnes de dragage n'auraient pu être menées avec la même efficacité.

Enfin, le 5ᵉ groupe, créé le 31 mars 1946, est chargé de la Méditerranée avec les 33ᵉ et 7ᵉ divisions, renforcées par des vedettes portuaires transformées en dragueurs.

Cette organisation territoriale permet à la Marine nationale de conduire simultanément les opérations de déminage sur l'ensemble des côtes françaises, assurant progressivement la réouverture des ports, des estuaires et des principales voies maritimes indispensables à la reprise de la navigation commerciale, de la pêche et des activités militaires.

Le déminage maritime est une opération lente, méthodique et particulièrement dangereuse. Chaque mission débute par une reconnaissance aérienne, destinée à repérer les mines visibles à faible profondeur avant l'engagement des dragueurs.

Les bâtiments progressent ensuite à faible vitesse, 7 à 8 nœuds, selon une formation rigoureusement organisée. Alignés en ligne de front et espacés d'environ 150 mètres, les dragueurs avancent dans le sillage les uns des autres afin de limiter les risques et de couvrir progressivement toute la zone à nettoyer.

La mise en œuvre des dragues mobilise l'ensemble de l'équipage. De longs câbles flottants de près de 400 mètres sont déployés depuis la plage arrière, accompagnés de dispositifs spécialisés comme le divergent, qui écarte la drague du navire, le cochonnet, flotteur repéré par un pavillon, et le pendeur reliant ces deux éléments.

Selon le type de mines recherchées, les dragueurs utilisent également des équipements spécifiques, notamment des dragues magnétiques et des marteaux acoustiques, capables de déclencher à distance les mines sensibles au champ magnétique ou au bruit des hélices. Grâce à cette méthode rigoureuse, les flottilles ouvrent progressivement des chenaux sûrs, permettant la reprise de la navigation dans les ports, les estuaires et le long des côtes françaises.

Sources

« Les dragages vus par un dragueur » par le Q.M.  Quesmeneur, embarqué sur le D. 358 du 6e groupe de dragage, Cols bleus, 4, 11 et 18 octobre 1946

Dans l'ombre de la Libération. Le dragage des mines sous-marines le long des côtes françaises, septembre 1944-mars 1948


Merci à Daniel ALLANCON pour cette enveloppe

06 août 2026

BSAM Garonne BREST 11 juillet 2026 Brest fête la Marine 400 ans

BSAM Garonne BREST 11 juillet 2026


Ces 400 ans, c’est un anniversaire, mais un anniversaire qui se veut tourné vers l’avenir. Et ce que nous voulons avec Brest fête la Marine, c’est un moment de rencontres entre les marins et la population, pour faire découvrir la Marine d’aujourd’hui, résume le préfet marititime de l'Atlantique Jean-François Quérat. 

Lettre en date du 11 juillet à Brest et arrivée le 31 juillet 2026 à Tinténiac. Où est le temps des diligences et des Postiers Bretons?



Le BSAM Garonne (A605), bâtiment de soutien et d'assistance métropolitain basé à Brest. Mis en service en 2019, le Garonne appartient à la classe Loire et assure de nombreuses missions essentielles : 

assistance et remorquage des bâtiments de la Marine nationale, soutien logistique, lutte contre les pollutions maritimes, sauvetage en mer et interventions portuaires.

À l'occasion de cette manifestation, le Garonne figurait parmi les bâtiments ouverts au public au quai Malbert. Les visiteurs ont pu découvrir ses équipements, échanger avec son équipage et mieux comprendre le rôle souvent discret, mais indispensable, de ces navires de soutien dans les opérations de la Marine nationale.

Brest c’est la Marine, et la Marine c’est Brest ! Alors que la Marine nationale célèbre ses 400 ans, il était naturel que Brest soit au cœur de cette célébration historique. Du 10 au 14 juillet, nous allons vivre une fête populaire très importante : la fête de la Marine, la fête du port militaire, et la fête de Brest, se réjouit Stéphane Roudaut, maire de Brest. 

05 août 2026

La goélette Belle Poule à Halifax Canada Québec

La goélette Belle Poule à Halifax Canada 

De retour des Etats-Unis la goélette a fait escale à Halifax.

Ainsi l'ambassade de France communique : "La Goélette-école Belle-Poule de la Marine nationale française a fait escale à Halifax (Nouvelle-Écosse, Canada) du 12 au 16 juillet 2026, après un passage par New York et avant de mettre le cap sur Québec.

"Bienvenue! La goélette-école de la Marine française, le FS Belle Poule, est arrivée à Halifax pour une escale et est actuellement amarrée dans le front de mer de cette ville.

L’arrivée du navire Belle Poule souligne les liens maritimes de longue date entre la France et le Canada et offre aux visiteurs une occasion unique d’observer l’un des voiliers historiques de la Marine française.

📸 Mona Ghiz, MARLANT Public Affairs / Affaires publiques des FMAR(A)"


Etrange oblitération canadienne 


Après son escale à Halifax, le FS Belle Poule met le cap sur Québec !
Du 24 au 26 juillet, retrouvez la goélette-école de la Marine française au Rendez-vous naval de Québec et montez à bord pour la découvrir.

04 août 2026

Encore une fois la Marine méritait mieux collector 400 ans de la Marine timbre graphisme

Encore une fois la Marine méritait mieux

400 ans de la Marine nationale : un collector qui manque sa mission

La célébration des 400 ans de la Marine nationale aurait dû donner naissance à une émission philatélique exceptionnelle. Quatre siècles d'histoire, d'explorations, de combats, de progrès techniques et d'engagement au service de la France méritaient une création capable de marquer durablement les collectionneurs comme les amoureux du patrimoine maritime.

Le collector édité par La Poste laisse pourtant une profonde déception. Le constat est sévère, mais difficile à éviter : ce collector manque son objectif.

Un graphisme qui dessert le timbre

Le parti pris graphique est résolument contemporain. En soi, cela n'a rien de critiquable. La philatélie doit évoluer et s'ouvrir à de nouvelles expressions artistiques. Mais encore faut-il que le graphisme reste au service du timbre. Ici, ce n'est plus le cas.


Les grands aplats de bleu marine, de bleu nuit et de noir absorbent les détails. Les personnages se confondent avec le fond. Les uniformes perdent leurs volumes, les visages deviennent difficiles à distinguer et les équipements disparaissent dans une dominante sombre.



Le problème saute aux yeux dès que l'on observe les timbres à leur dimension réelle : on distingue mal les sujets. Un timbre est un objet de quelques centimètres. Il doit être immédiatement identifiable. Sa lecture doit être instantanée. Or ici, il faut s'approcher, chercher les détails et parfois même deviner ce qui est représenté. Ce n'est pas ce que l'on attend d'une émission philatélique.




Une lisibilité insuffisante

Le manque de contraste constitue probablement le principal défaut de cette création. Les intitulés des timbres se fondent dans le décor. La mention « 400 ans », pourtant raison d'être de cette émission, passe presque inaperçue. Même les silhouettes perdent leur force. À vouloir privilégier une esthétique très graphique, le collector oublie la fonction première du timbre : être vu, reconnu et compris en un instant.




Où sont les quatre siècles d'histoire ?

Le second reproche est plus profond. Cette émission ne célèbre pas véritablement quatre cents ans de Marine. Elle présente essentiellement six spécialités actuelles : Marine national ; Marin-pompier ; Fusilier commando ; Forces de surface ; Forces sous-marines ; Aéronautique navale.

Ces métiers méritent naturellement d'être mis à l'honneur. Mais ils ne racontent pas quatre siècles d'histoire maritime. Où sont Richelieu et la naissance de la Marine royale ? Où sont Colbert et les grands arsenaux ? Où sont les vaisseaux de ligne, les campagnes de Suffren, de Tourville, de Bougainville ou de Lapérouse ? Où sont les grandes découvertes, les expéditions scientifiques, les marins de la France libre, les bâtiments mythiques ou les grandes opérations humanitaires menées aujourd'hui par la Marine nationale ? L'émission donne le sentiment de célébrer la Marine d'aujourd'hui sans évoquer réellement celle d'hier. Pour un anniversaire aussi symbolique, cette absence de perspective historique est difficile à comprendre.

Une Marine sans lumière

La Marine nationale évoque spontanément les horizons marins, les embruns, les ports, les voiles, les reflets du soleil sur la mer, les silhouettes des navires au large.

Or ce collector est dominé par des tons sombres. Les bleus profonds occupent presque toute la surface. Les quelques touches orangées ne suffisent pas à créer du relief ni à guider le regard. L'ensemble apparaît uniforme et manque d'éclat. Cette palette atténue encore la lisibilité et prive l'émission de l'émotion que l'on pouvait attendre d'une telle commémoration.


Un choix artistique qui interroge

Cette déception est d'autant plus grande que la France possède un patrimoine artistique maritime exceptionnel. Les Peintres officiels de la Marine constituent depuis plus d'un siècle un vivier d'artistes dont le travail est intimement lié au monde maritime. Des peintres comme Marie Détrée ou Raphaëlle Goineau, parmi bien d'autres, savent restituer la lumière, les mouvements de la mer, la puissance des bâtiments et la vie des équipages avec une sensibilité immédiatement reconnaissable.

La récente nomination de nouveaux Peintres officiels de la Marine témoigne d'ailleurs de la vitalité de cette institution. Cette nouvelle génération explore des expressions variées tout en conservant un lien profond avec la mer et ceux qui la servent. Dans ces conditions, on peut s'interroger sur le choix d'un traitement graphique qui paraît davantage inspiré des codes de la communication visuelle contemporaine que de l'univers maritime lui-même. Le sujet appelait sans doute une œuvre plus incarnée, plus lumineuse, plus narrative et surtout plus évocatrice.

Une occasion manquée

Les grandes émissions philatéliques demeurent dans les mémoires parce qu'elles racontent une histoire tout en restant parfaitement lisibles. Ici, le graphisme prend le pas sur le message. Le style l'emporte sur le sujet. L'effet visuel prime sur la narration. Le résultat est un collector dont la cohérence graphique ne suffit pas à compenser un manque de contraste, une faible lisibilité et une évocation historique limitée.

Pour célébrer les 400 ans de la Marine nationale, la France méritait une création à la hauteur de son histoire maritime. Ce collector n'est pas dépourvu de qualités techniques, mais il ne parvient ni à transmettre l'émotion, ni à raconter l'épopée de quatre siècles de Marine. Il laisse ainsi le sentiment d'une occasion manquée, alors que le patrimoine naval français offrait une source d'inspiration quasiment inépuisable. Une émission plus ambitieuse, confiée à un artiste profondément imprégné de culture maritime ou conçue en collaboration avec les Peintres officiels de la Marine, aurait sans doute produit une œuvre plus intemporelle, plus lisible et plus fidèle à l'esprit de cet anniversaire exceptionnel.

Jean-Michel Bergougniou

03 août 2026

Dragueur D301 Le déminage des côtes françaises et de l’estuaire de la Loire, de 1945 à 1950 AMARANTE 3-8-1947

 Dragueur D301

Amarante


À la Libération, les eaux françaises comptent parmi les plus dangereuses d'Europe. Durant la guerre, Allemands, Italiens et Alliés ont mouillé des dizaines de milliers de mines pour défendre leurs positions ou empêcher les mouvements de l'ennemi.

En Méditerranée, les Allemands et les Italiens ont fortement miné le littoral méditerranéen et les abords de la Corse, jusqu'à des profondeurs de 500 mètres. Sur la façade atlantique, les Allemands ont principalement installé des champs de mines destinés à repousser un débarquement, tandis que les Britanniques ont fermé l'accès aux grandes bases sous-marines allemandes de Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Pallice et Bordeaux au moyen de nombreuses mines de fond.

En Manche et dans le Pas-de-Calais, la situation est encore plus complexe : les champs de mines alliés et allemands se superposent, rendant leur localisation et leur neutralisation particulièrement difficiles.

Les premières estimations évaluent à près de 32 000 km² les zones à déminer, soit 14 000 km² en Méditerranée et 18 000 km² sur la façade atlantique. Cette immense opération constitue l'un des plus grands chantiers de déminage maritime entrepris en Europe après la Seconde Guerre mondiale et conditionne la reprise de la navigation, de la pêche et du commerce maritime français.

Le déminage des côtes françaises après la Seconde Guerre mondiale


La Marine nationale entreprend cette mission dans des conditions particulièrement difficiles. Son tonnage a été réduit de moitié par la guerre, ses arsenaux sont dévastés, plusieurs grands ports militaires sont en ruines et la plupart des bâtiments encore disponibles sont anciens. Si les États-Unis et le Royaume-Uni apportent une aide précieuse en matériel, le gouvernement français tient à ce que le déminage soit essentiellement réalisé sous commandement français, symbole du rétablissement de la souveraineté nationale.

Très rapidement, l'État-Major de la Marine organise les opérations. Le Service hydrographique établit un plan général de dragage et une commission interministérielle fixe les priorités selon les besoins économiques et stratégiques. Le défi est d'autant plus grand que les mines ont considérablement évolué pendant la guerre. Aux mines à contact s'ajoutent désormais des mines magnétiques, acoustiques, magnéto-acoustiques et à dépression, capables d'exploser sans contact direct, simplement sous l'effet du passage d'un navire. Ces nouvelles armes imposent des techniques inédites et une formation spécifique des équipages.

Pour faire face à cette menace, la France reçoit des bâtiments spécialisés : les YMS (Yard Minesweepers) américains, construits en bois afin de limiter leur signature magnétique, les MMS (Motor Minesweepers) britanniques, ainsi que plusieurs dragueurs et vedettes allemands récupérés après la capitulation. Ces navires, modernes et polyvalents, sont capables de pratiquer le dragage mécanique, magnétique et acoustique.

Entre 1945 et 1946, la Marine met sur pied une vingtaine de divisions de dragueurs, réparties en cinq groupes opérationnels couvrant les trois régions maritimes françaises. Parmi elles, la 31ᵉ Division, équipée de dragueurs YMS, joue un rôle majeur sur les côtes de l'Atlantique, tandis que les autres divisions interviennent en Manche, en Bretagne et en Méditerranée.

Les opérations de dragage suivent une méthode rigoureuse. Après une reconnaissance aérienne destinée à repérer les mines visibles, les dragueurs progressent lentement, à 7 ou 8 nœuds, en formation parfaitement alignée. Chaque bâtiment déploie derrière lui de longues dragues de près de 400 mètres, équipées de divergents, de flotteurs, de câbles et de marteaux acoustiques destinés à déclencher les mines à distance. L'ensemble de l'équipage participe à ces manœuvres, longues, minutieuses et particulièrement dangereuses.


Grâce à cette organisation, au courage des équipages et aux moyens techniques progressivement réunis, la Marine nationale parvient à rouvrir progressivement les grands ports, les estuaires et les voies maritimes françaises. Ce travail, souvent méconnu, s'étend sur plusieurs années et constitue l'une des premières grandes étapes de la reconstruction du pays. Il permet le retour de la navigation commerciale, de la pêche, du trafic militaire et contribue au redémarrage économique de la France après la Seconde Guerre mondiale.

Sur la façade atlantique, l’estuaire de la Loire représente un enjeu prioritaire. La poche de Saint-Nazaire, l’une des dernières positions allemandes en France, ne capitule que le 11 mai 1945. Jusqu’à cette date, les installations portuaires de Saint-Nazaire, les passes extérieures et le chenal conduisant vers Nantes restent inaccessibles ou soumis à un risque militaire considérable. Après la reddition, il faut reconnaître les chenaux, localiser les champs de mines, enlever les obstacles et baliser des itinéraires sûrs. Cette mission ne concerne pas seulement les grands navires de commerce : elle conditionne également la circulation des remorqueurs, des chalands, des caboteurs, des bâtiments de service et des navires chargés d’approvisionner Nantes et sa région.

Le dragage ne consiste pas à repérer individuellement chaque mine, comme le feront plus tard les chasseurs de mines. Les dragueurs avancent généralement en formation et remorquent des appareils destinés à provoquer ou à neutraliser les engins. 

Pour les mines à orin, des câbles munis de cisailles coupent l’amarre qui retient la mine sous la surface. Celle-ci remonte alors et doit être détruite au canon ou au fusil. Pour les mines magnétiques, les bâtiments utilisent des câbles électriques créant un champ suffisamment puissant pour déclencher l’explosion à distance. Les mines acoustiques sont traitées au moyen de dispositifs produisant artificiellement le bruit d’un navire. 

Ce travail est effectué « en aveugle », sans que les équipages connaissent exactement la position de chaque engin, ce qui explique sa lenteur et son extrême dangerosité.

La 31e division de dragueurs

La 31e division de dragueurs appartient aux formations reconstituées par la Marine nationale autour de petits bâtiments transférés par les Alliés. Elle est notamment associée aux dragueurs américains du type YMS – Yard Minesweeper, construits avec une coque en bois afin de réduire leur signature magnétique. Ces navires, d’environ 40 mètres, sont assez maniables pour travailler près des côtes, dans les passes et à l’entrée des ports. Ils reçoivent dans la Marine française un numéro précédé de la lettre D, puis souvent un nom de fleur : le D316, par exemple, deviendra la Balsamine.



Dans l’estuaire de la Loire, ces opérations sont particulièrement délicates. Entre Saint-Nazaire et Nantes, les navires doivent composer avec un fleuve soumis aux marées, des bancs de sable changeants, des courants puissants et un chenal relativement étroit. Le déminage maritime est donc étroitement lié au travail des pilotes de Loire, des hydrographes, des baliseurs, des remorqueurs et des services du port. Une passe draguée doit ensuite être sondée et balisée. Les épaves qui réduisent la largeur navigable doivent être signalées, découpées ou renflouées. La sécurisation de la Loire ne résulte donc pas d’une seule campagne spectaculaire, mais d’une succession d’opérations quotidiennes menées pendant plusieurs années.

Les équipages de la 31e division vivent dans des conditions difficiles. Les bâtiments sont petits, humides, bruyants et peu confortables. Les hommes passent de longues heures à faible vitesse, sur une route imposée, en sachant qu’une erreur de navigation ou le mauvais fonctionnement d’un appareil peut entraîner l’explosion d’une mine sous la coque. Les travaux se poursuivent par mauvais temps, car la réouverture des ports constitue une nécessité économique nationale. Saint-Nazaire doit retrouver ses activités de construction et de réparation navales, tandis que Nantes doit pouvoir recevoir les matières premières et les marchandises indispensables à sa reconstruction.

La composition de la 31e division de dragueurs a varié entre fin 1944 et 1948 au gré des transferts, des indisponibilités et des changements d'affectation. Les documents officiels montrent qu'il n'existe pas une composition unique valable pour toute la période.

Pour la période qui nous intéresse (1945-1947, Saint-Nazaire et la Loire), on retrouve notamment les bâtiments suivants :

Numéro Nom ultérieur Type

D313 Armoise YMS américain

D314 Anémone YMS américain

D315 Ajonc YMS américain

D316 Balsamine YMS américain

D317 Bleuet YMS américain

D318 Bouton d'Or YMS américain



L'affranchissement de cette enveloppe est composé de trois timbres de la période de la Libération totalisant 70 centimes : un 20 c vert Mercure dessiné par Georges Hourriez, représentant le dieu Mercure, messager des dieux et symbole de la rapidité des communications, ainsi qu'un 40 c et un 10 c de la série Marianne de Dulac, œuvre de l'artiste Edmond Dulac, adoptée par le Gouvernement provisoire pour réaffirmer les valeurs de la République après la Seconde Guerre mondiale. Cette association de timbres illustre la coexistence, durant les années 1945 à 1948, de plusieurs séries courantes utilisées selon les besoins de l'affranchissement. Les timbres sont annulés par trois frappes manuelles du timbre à date circulaire du bureau de Saint-Nazaire (Loire-Inférieure). Le cachet, parfaitement lisible sur la frappe inférieure droite, porte la date du 3 août 1947. L'absence de flamme publicitaire montre qu'il s'agit d'une oblitération manuelle réalisée au guichet ou au service d'expédition. Cet ensemble constitue un témoignage caractéristique de la poste française de l'immédiat après-guerre, où les émissions de la Libération restaient en usage avant leur remplacement progressif par les nouvelles séries définitives.

Merci à Daniel Allançon

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/80-ans-de-liberation-renflouer-les-navires-coules-dans-la-loire-par-les-allemands-a-pris-cinq-ans-5481c648-2672-11ef-9d30-5a9c307764cc


https://www.youtube.com/watch?v=oAij1MlXfrw

02 août 2026

Patrouilleur Outre-mer POM Jean Tranape arrivée à Nouméa 18 juin 2026 Nouvelle-Calédonie

POM Jean Tranape - arrivée à Nouméa 18 juin 2026

Parti de Brest le 6 avril dernier, la navigation du Jean Tranape aura duré un peu plus de deux mois, passant par Saint-Pierre-et-Miquelon, Halifax, les Bahamas et le canal de Panamá avant de participer à l’exercice Marara avec les Forces armées en Polynésie française.


Le patrouilleur outre-mer Jean Tranape a rejoint son port-base de Nouméa. Après un transit de plus de 12 500 nautiques, le nouveau bâtiment de la Marine nationale a accosté le 18 juin 2026, date hautement symbolique marquée par l’anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940. 


Baptisé en hommage à Jean Tranape, compagnon de la Libération et héros de la Seconde Guerre mondiale, ce patrouilleur perpétue la mémoire de celles et ceux qui ont servi la France avec courage et engagement. Moderne, polyvalent et adapté aux enjeux maritimes actuels, le POM Jean Tranape renforcera la surveillance de la zone économique exclusive et la protection des intérêts français dans le Pacifique. Une nouvelle page s’écrit désormais à Nouméa, au service de la France et des Français.

En ce 18 juin, jour anniversaire de l’appel historique du général de Gaulle à la résistance, la base navale de Nouméa a accueilli avec fierté le patrouilleur. Le bâtiment honore la mémoire de Jean Tranape, héros calédonien fait Compagnon de la Libération par le général de Gaulle en 1944. 


Né à Nouméa en 1918, ce combattant intrépide s’est illustré lors de la Seconde Guerre mondiale, notamment à Bir Hakeim, pendant la campagne d’Italie et lors de la libération du territoire métropolitain.


Sources






01 août 2026

Jean Tranape Passage de la ligne 25 mai 2026 en route vers Nouméa

POM Jean Tranape Passage de la ligne 25 mai 2026


Le patrouilleur outre-mer Jean Tranape rejoint Nouméa ⚓️🌊


#Colsbleus | Le patrouilleur outre-mer Jean Tranape rejoint Nouméa ⚓️🌊


Après dix semaines de navigation depuis Brest, sept escales et de nombreux exercices, le Jean Tranape a rejoint son port-base de Nouméa.
Durant cette traversée, les 30 marins de l’équipage ont poursuivi la montée en puissance du bâtiment : entraînements à la lutte contre les incendies, évacuation, lutte asymétrique ou encore essais de matériels.

Le POM a également contribué au renforcement des coopérations dans le Pacifique, notamment lors de l’exercice interarmées Marara 26 consacré à l’assistance humanitaire en cas de catastrophe naturelle.
Désormais intégré aux forces armées en Nouvelle-Calédonie, le Jean Tranape participera aux missions de souveraineté de la Marine nationale dans les outre-mer : surveillance maritime, protection des intérêts nationaux et assistance en mer.


Chasseur 136 classe SC-497 Poulmic Rouen Le Havre avarie et accident

 Chasseur 136

Brest Poulmic Rouen



Le Chasseur 136 est un chasseur de sous-marins d'origine américaine de la classe des SC-497. Il est construit par la Donovan Contracting Company à Shelburne (Vermont). Sa quille est posée le 4 mai 1942, il est lancé le 31 août 1942 et entre en service dans l'US Navy le 16 novembre 1942 sous la désignation PC-1030. En avril 1943, il est reclassé SC-1030.

Au cours de son service sous pavillon américain, il participe aux opérations navales en Méditerranée lors de la campagne de Sicile. Endommagé à la suite d'une collision, il est remorqué à Oran, où il subit les réparations nécessaires avant de reprendre du service.

Le 2 octobre 1944, il est transféré à la Marine nationale dans le cadre des accords de Prêt-Bail (Lend-Lease). Il reçoit alors la désignation Chasseur 136 (CH 136) et rejoint la série des chasseurs de sous-marins américains remis à la France pour participer à la reconstitution de la flotte après la Libération.

Long d'environ 33,8 mètres, déplaçant près de 150 tonnes, le CH 136 est propulsé par deux moteurs Diesel entraînant deux hélices. Il atteint une vitesse d'environ 21 nœuds et embarque un équipage d'une trentaine d'hommes. Son armement comprend notamment un canon de 40 mm, des mitrailleuses de 12,7 mm et des équipements de lutte anti-sous-marine.

Les archives du Service historique de la Défense conservent un dossier consacré au bâtiment. Celui-ci renferme notamment un rapport de prise de commandement (1944), des ordres d'opérations, des rapports de travaux et des documents administratifs établis en 1945, témoignant de son activité au sein de la Marine française.


Le Chasseur 136 (CH 136) photographié à Toulon le 21 juillet 1945 par Marius Bar. Ancien SC-1030 de l'US Navy, ce chasseur de sous-marins est transféré à la Marine nationale le 2 octobre 1944 dans le cadre des accords de Prêt-Bail. 

Long de près de 34 mètres et capable d'atteindre 21 nœuds, il participe à la reconstitution des forces navales françaises à la Libération. Cette photographie montre le bâtiment dans sa configuration d'origine, avec son canon Bofors de 40 mm à l'avant et ses équipements de lutte anti-sous-marine.


Cols Bleus N° 193 du 05-08-1949

Voici un texte extrait de Cols Bleus concernant une avarie survenue sur le chasseur 136 







Quand le « Chasseur 102 » sort les apprentis gabiers

Les chasseurs « 102 » et « 136 » appareillent du Poulmic pour manœuvres. Vingt-quatre apprentis gabiers ont pris place à bord du « 102 ». Ils sont immédiatement incorporés dans l'équipage et traités comme les matelots.

Le lendemain, les chasseurs passent à l'aurore au large de La Hougue ; ils arrivent à 13 heures au Havre.

Puis, c'est le départ pour Rouen avec le changement de pilote à Villequier. Arrivée à 16 heures, amarrage à couple au quai Gaston-Boulet.

Pendant la traversée, les apprentis participent à un grand nombre de manœuvres. D'eux-mêmes, ils se sont mêlés à la vie du bord. Il y eut quelques « mal de mer », mais à bord d'un chasseur, cela n'a rien d'étonnant. Ils apprennent à gréer des aussières neuves, à confectionner des paillets ; aussi sont-ils très fiers de leurs premières réussites. Les corvées du bord ne leur sont pas épargnées ; ils mettent en ordre la soute de manœuvre, ils accomplissent les postes de veille et les fonctions au mouillage.

Tout cela ne les empêche pas de suivre les cours pratiques que leur donnent leurs instructeurs.

C'est à Rouen que l'accident arriva.

Au moment où le « 136 » appareillait en ligne de file derrière le « 102 », machine à 700 tours, le tronçon de l'arbre se porta vers l'arrière et l'hélice vint buter contre le gouvernail tribord. C'était l'avarie. Dans l'après-midi, le « 102 » remorque son frère au bassin aux Bois. Un scaphandrier examine l'arbre : seuls les ateliers du Havre peuvent réparer.

Alors, le lendemain, appareillage à 6 h 30. Le remorquage en flèche se révèle bientôt impossible : l'hélice tribord du « 136 » cogne sur le gouvernail.

Le remorquage à couple est décidé. Bord à bord, comme deux frères jumeaux, les chasseurs descendent la Seine. Dur travail. La moindre dérive, la moindre fausse manœuvre et les deux bâtiments se mettent au plein sur la rive.

Les apprentis aident comme ils peuvent.

À 15 heures, les chasseurs s'amarrent à Tancarville. C'est assez pour aujourd'hui.



Le lendemain, c'est encore pire : la visibilité moyenne est de 100 mètres et elle tombe vers 14 heures à 50 mètres. L'équipage du « 102 » est sur les dents. On arrive enfin à la base sous-marine du Havre, amarrage à 17 h 20. Le « 102 » fait le plein de gaz-oil. Le « 136 » fait examiner son avarie. Les ateliers du Havre sont insuffisamment outillés. Il faut aller jusqu'à Cherbourg.

On décide l'appareillage à 1 h 25 pour Cherbourg. À 8 heures, le chasseur « 136 » est largué. Il va essayer de se débrouiller tout seul, avec un moteur et une hélice. Il y arrive. Le « 102 » se tient près du « 136 », prêt à l'aider en cas de besoin.

À 13 h 15, une mine dérivante est aperçue et coulée.

Après douze heures d'une fort pénible traversée, le « 136 » s'amarre à Cherbourg. Le lendemain, le « 102 » appareille seul pour Brest. Traversée facile ; les manœuvres recommencent.

Mais le lendemain matin, c'est la « purée de pois ». On voit à peine à 10 mètres. Le « 102 » arrive au Poulmic à 11 heures et débarque ses passagers. Ceux-ci ont largement profité de leur sortie d'instruction. Toutes les péripéties de la traversée ont été pour eux des sujets d'apprentissage pratique. Quand il l'a fallu, ils ont aidé aux manœuvres.

Aussi le commandant du chasseur « 102 » adresse un rapport élogieux sur leur conduite et demande de les « sortir » de nouveau. Voici comment on forme des équipages.

Cols bleus n° 189 du 3 juin 1949


Sources 

Cols Bleus n° 47 du 11-1-1946

Cols Bleus N° 193 du 05-08-1949

Cols bleus n° 189 du 3 juin 1949

SHD

CHASSEUR 136, chasseur. – Activité et opérations : ordre (1945), rapport de prise de commandement (1944), rapport de fin de travaux (1945), état de travaux

(1945), devis de campagne (1945). 1944-1945

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Dragueur B.273 Zinnia YMS Tarentule Amiral Mouchez Ingénieur hydrographe Nicolas Mines guerre 1945

 Dragueur B.273 du déminage de l'après-guerre Je me pose quelques questions sur ce DRAGUEUR B 273, qui aurait été rebaptisé ZINNIA car i...