Dragueur B.273
Je me pose quelques questions sur ce DRAGUEUR B 273, qui aurait été rebaptisé ZINNIA car il existe un rapport de perte du bâtiment en 1944.
Le "rapport sur la perte" ne signifie pas forcément que le bâtiment a été définitivement perdu. Dans le langage administratif de l'époque, il pouvait s'agir d'un sinistre, d'un échouement ou d'une explosion de mine ayant nécessité une enquête. Il serait devenu le D.356 puis rebaptisé Zinnia. Une affaire à suivre.
Le D 273 est l'ancien USS YMS-227, un dragueur de mines côtier de la classe YMS construit en bois par les chantiers Frank L. Sample Shipyard près de Portland (Oregon). Mis sur cale le 4 avril 1942, lancé le 7 juillet 1942 et admis au service de l'U.S. Navy le 20 mars 1943, il est transféré à la Marine nationale le 20 mars 1944.
Sous pavillon français, il reçoit d'abord le numéro D 273. En 1945, il est renuméroté D 356, puis prend officiellement en 1947 le nom de Zinnia, conformément à la tradition de baptiser les dragueurs de mines du nom d'une fleur. Affecté aux divisions de dragueurs de mines, il participe au déminage des côtes françaises, indispensable à la réouverture des ports et à la sécurité de la navigation après la Libération.
Lors de la réorganisation de la flotte en 1951, le Zinnia reçoit le numéro de coque M 652. En 1957, il est transformé en patrouilleur et prend le nom de Lotus avec le numéro P 656. Après près de vingt ans de service dans la Marine nationale, il est condamné le 30 novembre 1961 sous le numéro Q 310.
Conscient de l'ampleur de la tâche, le Gouvernement provisoire de la République française choisit de ne pas confier cette mission au ministère de la Guerre, déjà mobilisé par la réorganisation de l'armée, mais au ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (MRU), créé en novembre 1944.
En février 1945, une Direction du Déminage fut mise en place sous l'autorité de Raymond Aubrac, ancien résistant et commissaire de la République à Marseille. Ce choix illustre bien que le déminage était considéré avant tout comme une opération de reconstruction nationale plutôt qu'une simple mission militaire.
Les premières opérations consistèrent à localiser les champs de mines. La capture des archives allemandes permit de récupérer de nombreux plans détaillés indiquant l'emplacement des dispositifs, leurs modes de pose et les différents systèmes d'amorçage. Ces renseignements se révélèrent précieux, même si les cartes étaient parfois incomplètes ou volontairement imprécises. Parallèlement, la France dut se doter d'un matériel spécialisé. Les premiers détecteurs de mines furent fournis par les Alliés avant que l'industrie française n'en produise sous licence dès l'automne 1945, marquant le véritable lancement des opérations à grande échelle.
Le manque de personnel constitua rapidement un problème majeur. Le déminage était un métier extrêmement dangereux : chaque intervention exposait les équipes à un risque permanent d'explosion. Les autorités recrutèrent environ 3 200 volontaires français, auxquels s'ajoutèrent près de 30 000 prisonniers de guerre allemands, largement employés aux travaux les plus dangereux. Beaucoup d'entre eux étaient d'anciens spécialistes du génie militaire ayant participé à la pose des champs de mines. Les pertes furent importantes : plusieurs centaines de démineurs français et plusieurs milliers de prisonniers allemands trouvèrent la mort ou furent grièvement blessés au cours de ces opérations.
À la fin de l'année 1947, les principaux champs de mines terrestres étaient neutralisés et la Direction du Déminage put réduire considérablement ses effectifs. Les opérations ne furent cependant pas totalement terminées : une centaine de spécialistes demeurèrent en activité afin de traiter les découvertes quotidiennes d'engins explosifs, mission qui se poursuit encore aujourd'hui sous d'autres structures.
Le déminage terrestre ne représentait d'ailleurs qu'une partie du problème.
Les ports, les rades, les estuaires et les chenaux maritimes étaient également encombrés de milliers de mines marines, d'épaves et de munitions immergées. Cette mission fut confiée à la Marine nationale, qui reconstitua dès 1945 des flottilles de dragueurs de mines, souvent composées d'anciens bâtiments américains, britanniques ou canadiens transférés à la France. Les 31e et 32e divisions de dragueurs de mines jouèrent un rôle essentiel dans la sécurisation de la Manche, de l'Atlantique et des grands estuaires français, notamment celui de la Loire entre Nantes et Saint-Nazaire. Leur action permit la réouverture progressive des ports, la reprise du commerce maritime, le retour de la pêche et la circulation des navires marchands dans des conditions acceptables de sécurité.
Ainsi, le déminage apparaît comme l'un des premiers grands chantiers de la reconstruction française. Souvent éclipsé par la remise en état des villes ou des infrastructures, il conditionna pourtant l'ensemble de ces travaux. Sans la neutralisation des mines terrestres et marines, il aurait été impossible de remettre les terres agricoles en culture, de reconstruire les habitations, de rouvrir les voies de communication ou de relancer l'activité portuaire. Cette œuvre, accomplie au prix de nombreux sacrifices humains, demeure l'un des fondements méconnus du retour à la paix après la Seconde Guerre mondiale.
Dès la Libération, l'État-Major de la Marine organise méthodiquement les opérations de déminage. Le Service hydrographique élabore un vaste plan de nettoyage des côtes, tandis qu'une commission interministérielle fixe les priorités en fonction des besoins économiques et militaires.
La tâche est rendue particulièrement difficile par l'apparition de nouvelles générations de mines. Aux mines à contact traditionnelles s'ajoutent des mines magnétiques, acoustiques, magnéto-acoustiques et à dépression, capables d'exploser sans contact direct, simplement au passage d'un navire. Ces innovations imposent l'utilisation de techniques et de matériels entièrement nouveaux.
Or, la Marine française ne dispose alors que d'une flotte de dragueurs réduite, souvent vieillissante et inadaptée. Les équipages doivent être rapidement formés à ces nouvelles méthodes de lutte contre les mines.
Pour renforcer ses moyens, la France reçoit des navires spécialisés de ses Alliés :
les YMS (Yard Minesweepers) américains, les MMS (Motor Minesweepers) britanniques, ainsi que plusieurs bâtiments allemands récupérés après la guerre (dragueurs M.35, M.40, vedettes KFK et chalutiers transformés). Cette flotte hétérogène constitue le cœur des premières flottilles de déminage françaises et permet d'engager le gigantesque chantier de sécurisation des ports, des côtes et des estuaires, indispensable au redémarrage du commerce maritime et de la pêche.
Face au manque de personnel formé et à la complexité des nouvelles mines, la Marine nationale met rapidement en place une importante documentation technique et des manuels de formation destinés aux équipages. Malgré ces efforts, les débuts sont difficiles : les marins découvrent des explosifs et des systèmes de mise à feu qu'ils connaissent mal, ce qui entraîne parfois des erreurs d'identification ou des interventions particulièrement dangereuses.
Pour renforcer les capacités françaises, les États-Unis livrent des YMS (Yard Minesweepers), petits dragueurs de mines modernes spécialement conçus pour la lutte contre les mines. Longs d'environ 41 mètres pour 203 tonnes, construits avec une coque en bois afin de limiter leur signature magnétique, ils embarquent un équipage d'une trentaine d'hommes.
Très polyvalents, les YMS peuvent effectuer le dragage mécanique, magnétique et acoustique. Ils disposent de protections contre les explosions de mines, d'un poste d'observation surélevé et sont armés d'un canon et de mitrailleuses permettant de détruire les mines remontées à la surface. Grâce à leur fiabilité et à leur équipement moderne, ces bâtiments deviennent l'un des principaux outils du déminage des côtes françaises entre 1945 et le début des années 1950.
Entre 1945 et 1946, elle met sur pied une vingtaine de divisions de dragueurs de mines, regroupées en cinq groupes opérationnels couvrant les trois régions maritimes françaises.
Le 1er groupe, créé le 31 mars 1946, est affecté à la 1ʳᵉ région maritime et rassemble les 32ᵉ, 36ᵉ et 37ᵉ divisions de dragueurs, ainsi que plusieurs divisions de dragueurs-baliseurs sous l'autorité du bâtiment hydrographique Nicolas.
L'Ingénieur Hydrographe Nicolas (P 664) était un bâtiment hydrographique de la Marine nationale française. Son histoire est assez singulière :
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| L'ingénieur hydrographe Nicolas |
Il est construit en Allemagne en 1937 comme chalutier de pêche sous le nom Otto Bröhan. Réquisitionné par la Kriegsmarine pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert comme Vorpostenboot (patrouilleur auxiliaire) sous les désignations V 207, puis V 206 Otto Bröhan.
Sabordé à Caen en juin 1944, il est renfloué en 1945. Transformé en navire hydrographique pour la Marine française, il est rebaptisé Ingénieur Hydrographe Nicolas en hommage à un ingénieur hydrographe français. Il entre en service en 1949 (???) et est utilisé pour les levés hydrographiques jusqu'en 1960, date à laquelle il est retiré du service et démoli.
Caractéristiques principales : Longueur : 55,65 m Largeur : 8,44m
Déplacement : 1 050 t Vitesse : 12,5 nœuds Équipage : 68 hommes
Le 2ᵉ groupe, constitué dès le 24 septembre 1945, opère dans la 2ᵉ région maritime. Il réunit les YMS de la 31ᵉ division, les MMS de la 34ᵉ division et plusieurs vedettes allemandes récupérées, sous le commandement de l'amiral Mouchez.
L'Amiral Mouchez au service du dragage des mines![]() |
| l'amiral Mouchez |
À la Libération, les eaux françaises restent dangereuses, encombrées de milliers de mines. Affecté comme bâtiment-base du 2e Groupe de Dragage à La Pallice, l'Amiral Mouchez coordonne les opérations de déminage sur la façade Atlantique. Quelques années plus tard, il poursuit cette mission en Méditerranée, où il sert de bâtiment-base des dragueurs de mines côtiers. Une fois les principales routes maritimes sécurisées, il reprend ses campagnes hydrographiques, tout en retrouvant ponctuellement un rôle de commandement lors des opérations de déminage, notamment pendant la crise de Suez en 1956.
Le 3ᵉ groupe comprend principalement les 20ᵉ et 29ᵉ divisions, renforcées par le bâtiment Tarentule, tandis que le 4ᵉ groupe rassemble des dragueurs allemands de types M35 et M40, complétés par plusieurs divisions de baliseurs.
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| La Tarentule |
Tarentule (A 729)
Bien qu'il ne soit pas un dragueur de mines, le Tarentule joue un rôle essentiel auprès des flottilles de dragage. Cette gabare de mer assure le ravitaillement en carburant, vivres, pièces détachées et matériel, permettant aux dragueurs de poursuivre leurs opérations de déminage en mer, notamment en Méditerranée. Sans ces bâtiments de soutien, les campagnes de dragage n'auraient pu être menées avec la même efficacité.
Enfin, le 5ᵉ groupe, créé le 31 mars 1946, est chargé de la Méditerranée avec les 33ᵉ et 7ᵉ divisions, renforcées par des vedettes portuaires transformées en dragueurs.
Cette organisation territoriale permet à la Marine nationale de conduire simultanément les opérations de déminage sur l'ensemble des côtes françaises, assurant progressivement la réouverture des ports, des estuaires et des principales voies maritimes indispensables à la reprise de la navigation commerciale, de la pêche et des activités militaires.
Le déminage maritime est une opération lente, méthodique et particulièrement dangereuse. Chaque mission débute par une reconnaissance aérienne, destinée à repérer les mines visibles à faible profondeur avant l'engagement des dragueurs.
Les bâtiments progressent ensuite à faible vitesse, 7 à 8 nœuds, selon une formation rigoureusement organisée. Alignés en ligne de front et espacés d'environ 150 mètres, les dragueurs avancent dans le sillage les uns des autres afin de limiter les risques et de couvrir progressivement toute la zone à nettoyer.
La mise en œuvre des dragues mobilise l'ensemble de l'équipage. De longs câbles flottants de près de 400 mètres sont déployés depuis la plage arrière, accompagnés de dispositifs spécialisés comme le divergent, qui écarte la drague du navire, le cochonnet, flotteur repéré par un pavillon, et le pendeur reliant ces deux éléments.
Selon le type de mines recherchées, les dragueurs utilisent également des équipements spécifiques, notamment des dragues magnétiques et des marteaux acoustiques, capables de déclencher à distance les mines sensibles au champ magnétique ou au bruit des hélices. Grâce à cette méthode rigoureuse, les flottilles ouvrent progressivement des chenaux sûrs, permettant la reprise de la navigation dans les ports, les estuaires et le long des côtes françaises.
Sources
« Les dragages vus par un dragueur » par le Q.M. Quesmeneur, embarqué sur le D. 358 du 6e groupe de dragage, Cols bleus, 4, 11 et 18 octobre 1946
Dans l'ombre de la Libération. Le dragage des mines sous-marines le long des côtes françaises, septembre 1944-mars 1948
Merci à Daniel ALLANCON pour cette enveloppe



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