Dragueur 327 - Gentiane
Un pli banal auquel on ne prêtera pas attention mais un pli qui raconte l'histoire, la petite histoire... Celle du déminage des côtes et des estuaires français, celle du "retour à la normale" avec des timbres imprimés aux Etats-Unis ou à Alger, des slogans pour redresser l'économie!
Dragueur de mines D 327 Gentiane
Construit par les chantiers Greenport Basin & Construction Company à Greenport (Long Island, État de New York), le YMS-20 est admis au service de l'U.S. Navy le 25 avril 1942. Il appartient à la classe des YMS (Yard Minesweeper), une série de dragueurs de mines côtiers à coque en bois conçus pour le dragage des mines dans les eaux littorales et les approches portuaires.
Dans le cadre du renforcement de la Marine française à la Libération, il est transféré à la Marine nationale en octobre 1944. Il reçoit d'abord le numéro de coque D 327, avant d'être baptisé ÉGentiane, conformément à la tradition française d'attribuer aux dragueurs de cette série des noms de fleurs.
Gentiane participe immédiatement aux opérations de déminage des côtes françaises, mission indispensable à la réouverture des ports et à la reprise de la navigation commerciale après la Seconde Guerre mondiale. Affecté aux divisions de dragueurs de mines, il contribue au nettoyage des chenaux et des approches portuaires encore fortement minés.
Au cours de sa carrière, le bâtiment sert également en Extrême-Orient, où les dragueurs de type YMS assurent des missions de dragage, d'escorte, de surveillance côtière et d'appui aux forces navales françaises engagées en Indochine.
Lors de la réorganisation des forces de dragage au début des années 1950, le bâtiment reçoit la nouvelle immatriculation M 664. Après près de vingt années de service sous pavillon américain puis français, il est retiré du service actif et condamné au début des années 1960.
Le Service historique de la Défense (Vincennes) conserve un dossier consacré au bâtiment comprenant notamment :
Rapport de prise de commandement (1944) ;
Compte rendu d'activité (1946) ;
Notice historique (sans date)
Les timbres au type Coq d'Alger
Les quatre timbres de 30 centimes lilas foncé appartiennent à la célèbre série dite du « Coq d'Alger », émise par le Gouvernement provisoire de la République française à partir de novembre 1944. Dessiné par Charles Mazelin, ce timbre représente le coq gaulois, symbole de la République, associé à la croix de Lorraine et au monogramme « RF », affirmant le retour de la légalité républicaine après la Libération. Imprimée en lithographie à Alger par l'imprimerie Typo-Litho Carbonnel, cette série fut largement diffusée en métropole dès la fin de 1944. La valeur de 30 centimes était principalement destinée à l'affranchissement des journaux et imprimés, bien qu'elle soit également fréquemment utilisée en complément d'affranchissement sur le courrier ordinaire.
Les timbres au type Arc de Triomphe
Les deux timbres de 10 centimes gris appartiennent à la série dite de l'Arc de Triomphe, réalisée aux États-Unis pour répondre aux besoins postaux des territoires libérés. Gravés d'après un dessin représentant l'Arc de Triomphe de l'Étoile, ils furent mis en circulation en 1944 par le Gouvernement provisoire. Le choix de ce monument emblématique traduisait la volonté de disposer d'une iconographie républicaine consensuelle durant la période de transition administrative. Comme le 30 centimes Coq, cette valeur était principalement destinée à l'affranchissement des journaux et des imprimés, mais elle servait également de timbre d'appoint dans les affranchissements composés.
L'oblitération
Les timbres sont oblitérés par une machine mécanique FLIER, reconnaissable à son timbre à date à double cercle associé à une flamme publicitaire placée à droite. La couronne porte la mention « NANTES GARE / LOIRE-INFÉRIEURE », permettant de situer l'expédition au bureau de poste de la gare de Nantes.
La flamme publicitaire reproduit le slogan :
BAISSE DES PRIX
SAUVEGARDE
DU FRANC
Cette empreinte appartient à la campagne nationale de propagande économique mise en œuvre par les pouvoirs publics en 1947 afin de lutter contre l'inflation et de soutenir la stabilité du franc. Diffusé par les machines à oblitérer de nombreux bureaux français, ce message constituait un moyen de communication quotidien auprès des usagers de la poste.L'oblitération mécanique n'a atteint que les quatre timbres de 30 centimes situés dans la partie supérieure de l'enveloppe. Les deux timbres de 10 centimes, placés plus bas à gauche, ont échappé au passage de la machine. Conformément à la réglementation postale, ils ont été annulés manuellement par de larges traits de crayon bleu afin d'interdire toute réutilisation. Cette annulation complémentaire, fréquemment rencontrée sur les plis de cette période, témoigne du soin apporté par les agents des Postes au contrôle de l'affranchissement.
Un grand Merci à Daniel Allançon pour ce pli pas si banal que ça.



