21 mai 2026

400 ans de la Marine Dunkerque phare corsaire port Dynamo aviation maritime amiral Lhermitte 1626 2026

 Dunkerque et les 400 ans de la Marine

Le phare de St-Pol et l'amiral Lhermitte © JM Bergougniou





Dunkerque et la Marine française partagent surtout une histoire commune depuis le retour définitif de la ville à la France en 1662, lorsque Louis XIV rachète le port aux Anglais. 


Dunkerque sous Louis XIV © JM Bergougniou

Ancien repaire de corsaires, Dunkerque devient alors un port militaire stratégique du royaume, marqué par la figure populaire de Jean Bart. Pendant des siècles, la ville vit de la mer : guerre, commerce, pêche et construction navale. En 1940, l’opération Dynamo fait entrer Dunkerque dans l’histoire mondiale avec l’évacuation de plus de 330 000 soldats alliés. Aujourd’hui encore, la ville garde une forte identité maritime, profondément liée à l’histoire de la Marine nationale.

Dunkerque les fortifications  © JM Bergougniou

Depuis des siècles, la ville vit tournée vers la mer du Nord. Ici, les tempêtes, les marées et les navires font partie du paysage autant que les maisons de briques ou les cafés du port.


Dunkerque et les corsaires © JM Bergougniou


Quand Richelieu crée en 1626 une véritable Marine royale française, Dunkerque n’est pas encore française. La ville appartient alors aux Pays-Bas espagnols. Mais elle est déjà connue dans toute l’Europe grâce à ses corsaires. Ces marins, autorisés par leur gouvernement à attaquer les navires ennemis, deviennent redoutés des Hollandais et des Anglais. Les « corsaires de Dunkerque » savent parfaitement naviguer dans les eaux difficiles de la mer du Nord. Ils connaissent chaque banc de sable, chaque courant, chaque coup de vent.


Musée maritime figure de proue © JM Bergougniou

Dunkerque devient française une première fois en 1658. Cette année-là, Turenne, allié aux Anglais d’Oliver Cromwell, reprend la ville aux Espagnols après la bataille des Dunes. Mais les Anglais réclament leur part du marché : Dunkerque leur est remise. Pendant quelques années, le drapeau anglais flotte donc sur la ville.


Le retour définitif à la France a lieu en 1662. Le roi Louis XIV rachète Dunkerque au roi d’Angleterre Charles II pour cinq millions de livres. Beaucoup d’Anglais considèrent alors cette vente comme une erreur historique. Pour la France, c’est une chance immense : Dunkerque devient un grand port militaire et commercial.

Jean Bart © JM Bergougniou


Vauban renforce les fortifications et développe le port. Puis arrive celui qui reste la grande figure populaire de la ville : Jean Bart. Né à Dunkerque en 1650, fils de marin, il commence très jeune sur les bateaux. À cette époque, beaucoup de marins dunkerquois parlent flamand autant que français. Jean Bart n’est ni noble ni savant. Mais il connaît la mer mieux que personne. Pendant les guerres de Louis XIV, il mène des combats spectaculaires contre les Hollandais. En 1694, il reprend un convoi de blé capturé par l’ennemi, évitant une grave famine au royaume. Louis XIV le fait entrer dans la noblesse, mais Jean Bart reste dans la mémoire collective comme un homme du peuple devenu héros par son courage.

Cirage Jean Bart © JM Bergougniou


Pendant tout le XVIIIe siècle, Dunkerque reste un port stratégique. On y construit des navires, on arme des corsaires, on surveille les côtes anglaises. La ville vit de la mer sous toutes ses formes : commerce, pêche, guerre et construction navale.


Au XIXe siècle, le port change de visage avec la révolution industrielle. Les bassins s’agrandissent, les usines apparaissent, les quais se remplissent de charbon, d’acier et de marchandises venues du monde entier. 


Dunkerque et la grande pêche © JM Bergougniou


Beaucoup de familles vivent alors de la pêche à Islande ou à Terre-Neuve. Les campagnes de pêche durent des mois. Les conditions sont dures, parfois terribles, mais elles forgent toute une culture maritime populaire.







le phare de Saint-Pol  © JM Bergougniou

Durant la Première Guerre mondiale, Dunkerque sert de grand port de ravitaillement pour les armées alliées. La ville subit des bombardements mais continue à faire tourner le port malgré les dangers.



Le principe de la création du "Centre d'Aviation Maritime" (CAM) de Dunkerque date de décembre 1914 et devient effectif en février 1915, après un bref passage à Boulogne.

Le centre est composé des escadrilles suivantes :

Escadrille d’hydravions de patrouille

Escadrille d’hydravions de chasse

Escadrille de bombardiers terrestres

Mais c’est surtout 1940 qui marque profondément l’histoire de Dunkerque.



En mai 1940, les armées françaises et britanniques sont encerclées par l’armée allemande. Dunkerque devient le dernier accès à la mer. L’opération Dynamo est lancée le 26 mai 1940. Pendant plusieurs jours, sous les bombes et les tirs, des centaines de navires militaires et civils évacuent les soldats vers l’Angleterre.



La Royal Navy joue un rôle majeur, mais les marins français participent eux aussi à l’évacuation et surtout à la défense du périmètre autour de la ville. Beaucoup meurent pour permettre aux autres d’embarquer. Des pêcheurs, des remorqueurs, des bateaux de plaisance et des navires de commerce viennent également aider. Plus de 330 000 soldats sont finalement sauvés.

La Marine française perd 18 navires dont le Jaguar, le Chacal, l'adroit, l'Orage, la Bourrasque, le Siroco, le Foudroyant...



Dunkerque  © JM Bergougniou
La ville, elle, est dévastée. Les incendies détruisent une grande partie de Dunkerque. Le port est ravagé. Pourtant la population reste sur place autant qu’elle le peut. Les Dunkerquois connaissent alors les bombardements, les privations et l’occupation allemande. La poche de Dunkerque restera tenue par les Allemands jusqu’au 9 mai 1945, un jour après la capitulation officielle du Reich.


Le port de Dunkerque terminal  © JM Bergougniou

Après la guerre, tout est à reconstruire. Peu à peu, le port renaît. Dunkerque devient l’un des plus grands ports français. Le pétrole, l’acier, les minerais et les porte-conteneurs remplacent peu à peu les voiliers et les bateaux de pêche d’autrefois.

Sémaphore © JM Bergougniou


Aujourd’hui encore, la Marine nationale reste présente dans la mémoire de la ville. Les cérémonies autour de Jean Bart, les monuments aux marins disparus, les souvenirs de 1940 ou les vieux quartiers du port rappellent que Dunkerque a toujours vécu avec la mer.



croiseur cuirassé Dunkerque  © JM Bergougniou


Et ne pas oublier que la ville de Dunkerque a donné son nom à un croiseur cuirassé.


 Amiral Lhermitte © JM Bergougniou


Pierre Louis Lhermite, né le 20 décembre 1761 à Dunkerque (Flandre française) et mort le 22 mars 1828 dans cette même ville, est un corsaire dunkerquois et officier de marine français. Il termine sa carrière avec le grade de contre-amiral.

Marin au commerce et corsaire
Il embarque comme mousse au commerce à tout juste 9 ans (1770). Il sert sur différents corsaires pendant la guerre d’indépendance des États-Unis y compris comme capitaine (à vingt ans) de deux d’entre eux, la Gloire et le Courrier de Dunkerque. Il est blessé au combat en 1783. À la paix, il rejoint la navigation au commerce pour 10 ans essentiellement sur des bâtiments assurant le trafic entre Dunkerque et les Antilles.

Dunkerque le musée de la Marine  © JM Bergougniou



Officier de la marine républicaine
En juin 1793, il rejoint la marine de guerre comme lieutenant de vaisseau. Il sert sur le Tigre de l’escadre Van Stabel. Il participe au coup de main par lequel Van Stabel s’empare d’une part d’un convoi britannique très fortement escorté par l’escadre de Richard Howe. Toujours sur le Tigre, il fait partie de l’escorte du convoi d’Amérique que Van Stabel réussit à conduire avec succès jusqu’à Brest.

Dunkerque  © JM Bergougniou


Capitaine de vaisseau en octobre 1794, il commande le vaisseau Gasparin et participe à la désastreuse croisière du Grand Hiver. Il commande ensuite la flottille de Flessingue puis la frégate la Poursuivante de fin 1795 à 1802 avec une seule interruption fin 1797 – début 1798. Il commande ensuite le vaisseau Duguay-Trouin à Saint-Domingue dans l’escadre Villaret-Joyeuse ; il s’empare de la ville de Petit-Goave. Au Cap-Français le 24 juillet 1803, il repousse l’attaque d’une division britannique. Poursuivi par une escadre britannique au large du Ferrol en 1804, il réussit à lui échapper.

Dunkerque le port © JM Bergougniou


Amiral et préfet sous l’Empire
Il commande le Génois en Méditerranée de 1805 à 1809 notamment avec l’escadre Ganteaume (Honoré Joseph Antoine Ganteaume) lors de la campagne de Corfou en 1808. Il commande ensuite l’Albanais dans l’escadre de l’Escaut et y dirige la flottille. Il joue un rôle clé dans la défense victorieuse de Walcheren lors de la tentative de débarquement britannique de l’été 1809, ce qui lui vaut le grade de contre-amiral à la fin de l’année. Sur le Tilsit, il commande une division de l’escadre d’Anvers en 1811. Enfin il commande successivement les flottilles d’Ems et de Hambourg. La Première Restauration le laisse sans affectation mais il est préfet maritime de Dunkerque lors des Cent-Jours et mis en retraite dès le retour des Bourbons.



Malgré ses états de service sérieux, il n’est pas retenu dans la liste de l’Arc de Triomphe.
Pierre Lhermite était franc-maçon : il apparaît notamment sur le tableau de la Loge Amitié et fraternité de Dunkerque en 1799



20 mai 2026

SPID V A 400 Jordanie BAP Prince Hussein H5 chammal rafale drone

 SPID V A 400 Jordanie 

Déployées aux Émirats arabes unis, en Jordanie, au Qatar, au Liban, à Djibouti et, dans une moindre mesure, en Irak, les forces françaises pourraient être les victimes collatérales d’une guerre dans laquelle, aujourd’hui, la France n’est pas impliquée.


La base aérienne Prince-Hassan (en arabe, قاعدة الامير حسن الجوية - الصفاوي, en anglais, Prince Hassan Air Base, H5) est une base de la Force aérienne royale jordanienne située au nord-est d'Amman. Depuis 2014, des militaires français sont stationnés dans cette base

H-5 est à l'origine une station de pompage pour l'oléoduc de Mossoul à Haïfa, disposant d'une piste d'aviation qui est utilisée par les appareils de la Royal Air Force et de l'Iraq Petroleum Company qui, entre autres missions, transportent le courrier entre Bagdad, Amman et Le Caire.

La base aérienne projetée (BAP) H5 en Jordanie s’inscrit également dans le cadre de l’opération Chammal. Située à plus de 100 kilomètres au nord-est d’Amman, elle a joué un rôle majeur en 2015, lorsque la France a intensifié ses frappes en Irak après la vague d’attentats qui a touché le bassin parisien. 

Le site accueille environ 230 personnels français. Il est fermé aux journalistes et n’est accessible qu’à l’occasion de visites officielles encadrées, comme ce fut le cas en 2024 lors du déplacement d’Emmanuel Macron.

Opération Chammal

https://ladepeche.nc/2026/03/04/guerre-au-moyen-orient-ou-sont-positionnees-les-forces-francaises



Point d’appui stratégique au Levant, la BAP H5 accueille un détachement de drone Reaper dont la pleine capacité opérationnelle a été atteinte en octobre 2023 ainsi qu’un détachement RAFALE. Ces derniers effectuent des missions au profit de CHAMMAL ainsi que des coopérations bilatérales avec nos partenaires régionaux (Jordanie et Irak). Les drones réalisent aussi des missions sous le contrôle opérationnel du CDAOA dans le cadre de la surveillance du cessez-le-feu au Liban. Ils réalisent enfin des missions de recueil et de surveillance en mer Méditerranée sous le contrôle opérationnel de CECMED ou de l’OTAN. C’est également depuis la BAP H5 que l’AAE a réalisée des missions de largage par air (LPA) dans la bande de Gaza. Ces missions ont permis de larguer plus de 100 tonnes d’aide humanitaire en août 2025.



Depuis août 2024, un radar de surveillance aérienne est opérationnel sur la BAP H5. Il est un capteur essentiel permettant de partager notre appréciation de situation nationale avec nos partenaires jordaniens et de la coalition Inherent Resolve.

Enfin, la protection de la BAP a été renforcée par le déploiement d’un système de défense sol-air courte portée et d’un système de lutte anti-drones. Lors de la « guerre des 12 jours » entre Israël et l’Iran du 13 au 25 juin 2025, les capacités nationales de détection sur site ont permis d’observer au quotidien les tirs de missiles balistiques de l’Iran et des drones de type Shahed et de contribuer à l’interception de certains drones.

Dans un cadre bilatéral, l’AAE appuie notamment la montée en puissance de l’armée de l’air irakienne pour assurer la protection de son espace aérien au travers de capacités de défense sol-air. Le dispositif s’est adapté aux mutations sur le théâtre en portant une attention particulière au Partenariat Militaire Opérationnel (PMO), dans le but de préparer la phase post-OIR et de poursuivre l’appui aux forces irakiennes engagées sur le terrain dans la lutte contre Daech.



Les RAFALE ont ainsi été engagés dans plusieurs exercices communs aux côtés d’aéronefs irakiens. Une nouvelle édition de l’exercice ABABIL est prévue en septembre 2025. Des experts français du contrôle aérien réalisent régulièrement des formations au profit des Irakiens. Enfin, l’AAE arme également des postes au sein de la Nato Mission in Irak (NMI) dont la France a pris le commandement en mai 2025 pour un an.

Sources

https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion_def/l17b2048-tvi_rapport-avis

https://imagesdefense.gouv.fr/fr/operation-chammal-visite-de-la-ministre-des-armees-en-jordanie-des-31-decembre-2018-et-1er-janvier-2019.html

19 mai 2026

400 ans de la Marine Toulon Balaguier Eyguillette Saint-Mandrier CIN apprentis-mécaniciens Hyères Cuers Pierrefeu Napoléon Bonaparte

 400 ans de la Marine Toulon

« Depuis 400 ans, Toulon vit au rythme de la Marine… des coups de canon, des départs en campagne, des retours de marins et des histoires de quais qu’on raconte plus facilement après le troisième verre. 

Alors une question demeure : Toulon serait-elle vraiment devenue Toulon… sans Chicago ?

Car derrière chaque grand port militaire, il y a parfois une rue chaude, quelques nuits agitées, des accordéons fatigués… et des marins venus du bout du monde avec plus d’escales que de bonnes résolutions.


Une rade pour l’arsenal de Louis XIV



La rade de Toulon © JM Bergougniou
Ebauché par Richelieu, le rôle de Toulon comme port de guerre est confirmé par Colbert pour Louis XIV. À la veille de la guerre contre la Hollande, en 1672, la Marine décide de renforcer l’armement de la Grosse tour et de Balaguier : des batteries basses sont accolées de part et d’autre des deux tours pour décupler le nombre de leurs canons, tirant au ras des flots à travers des embrasures.



Le fort Balaguier © JM Bergougniou
À Balaguier, l’aile gauche est percée de 13 embrasures, celle de droite en compte 7. Pour parachever la protection de l’ouvrage, une enceinte à redents est construite du côté de la terre. Dans le même temps, le gouverneur de Provence, soucieux de « mettre la ville et les vaisseaux hors d’insulte », préconise de « faire une espèce de batterie à l’endroit de l’Eguillette où les vaisseaux peuvent mouiller quand ils sont entrés [dans la petite rade] et qu’ils ont passé les tours ». Construit entre 1674 et 1680, le fort de l’Eguillette est un ouvrage à deux batteries basses.


Le musée de la Marine © JM Bergougniou

C’est à cette époque que le réaménagement de l’arsenal est étudié pour accueillir une flotte de 60 vaisseaux. Après une décennie de projets, Vauban¹ est dépêché à Toulon par Colbert. Ebauché en 1679, le projet de Vauban est définitivement mis au point en 1682. Entre-temps le chantier d’agrandissement de l’arsenal vers l’ouest démarre ; il dure plus de 15 ans.

 
La préfecture maritime -l'amirauté  © JM Bergougniou
 
Durant son séjour de trois semaines (février-mars 1679), Vauban parcourt la région et la rade en tous sens. Ses observations sont admiratives : « La rade de Toulon est la plus belle et la plus excellente de la mer Méditerranée ».

Depuis plus de quatre siècles, Toulon entretient avec la Marine nationale une relation presque organique, comme si la rade battait au rythme des hélices et des marées militaires. 

La majorité © JM Bergougniou
En 1626, Richelieu pose les fondations de la puissance navale française moderne. Toulon devient alors l’un des grands ports stratégiques du royaume, puis de la République. Sa rade, souvent décrite comme l’une des plus belles d’Europe, offre un refuge naturel exceptionnel où s’abritent vaisseaux, sous-marins et bâtiments de haute mer.


Au fil des siècles, Vauban hérisse les collines et les caps de fortifications destinées à protéger l’arsenal : le fort Balaguier, le fort de l’Éguillette, le fort Saint-Louis ou encore les puissantes défenses du mont Faron composent une véritable couronne de pierre tournée vers la mer. Chaque bastion raconte une époque de siège, de guerre ou de vigilance silencieuse.


Saint-Mandrier © JM Bergougniou

Saint-Mandrier-sur-Mer occupe une place essentielle dans cette histoire maritime. La presqu’île est devenue un haut lieu de formation de la Marine nationale, notamment avec l’École des apprentis mécaniciens et plusieurs centres spécialisés. Entre pinèdes et quais militaires, Saint-Mandrier reste une sentinelle avancée à l’entrée de la petite rade.


Cuers-Pierrefeu © JM Bergougniou

Plus au nord-est, Cuers-Pierrefeu témoigne d’une autre dimension de la défense navale : l’aéronautique. La base aéronautique navale de Cuers-Pierrefeu fut l’un des premiers grands centres français dédiés aux dirigeables puis à l’aviation navale. Aujourd’hui encore, ce site historique participe aux expérimentations et au soutien technique aéronautique de la Marine.


Autour de Toulon, les batteries côtières, sémaphores, ouvrages militaires et anciennes poudrières rappellent que tout le territoire vivait autrefois au rythme des arsenaux et des escadres. De La Seyne-sur-Mer à Hyères, des îles d’Hyères jusqu’au cap Cépet, la présence maritime façonne paysages, mémoire et identité locale.


Célébrer les 400 ans de la Marine à Toulon, c’est donc célébrer une aventure humaine et stratégique exceptionnelle : celle des marins, ouvriers, ingénieurs, pilotes et familles qui ont fait de cette rade un cœur battant de la puissance maritime française. Toulon demeure aujourd’hui encore le principal port militaire français en Méditerranée, où l’histoire navigue chaque jour aux côtés du présent.


Bonaparte et Toulon

la prise de Toulon 28 frimaire an II © JM Bergougniou
En 1793, la ville est secouée par la Révolution française. Les royalistes livrent alors le port aux flottes anglaise et espagnole. Pour la jeune République, perdre Toulon signifie perdre l’un des plus grands arsenaux militaires du pays et ouvrir la Méditerranée aux ennemis.

Bonaparte au siège de Toulon © JM Bergougniou
Un jeune capitaine d’artillerie corse de vingt-quatre ans, encore peu connu, est envoyé sur place : Napoléon Bonaparte. Très vite, il comprend que la clé de la victoire ne se trouve pas dans une attaque frontale du port, mais dans la prise des hauteurs dominant la rade. Il fait installer ses batteries autour du fort de l’Éguillette et du fort Balaguier, positions stratégiques qui contrôlent l’entrée de la rade.


La  fuite précipitée des Anglais © JM Bergougniou

Sous un déluge de boulets et de fumée, les troupes républicaines reprennent progressivement les positions ennemies. La batterie surnommée « la Convention » devient l’un des symboles de cette offensive. Lorsque les Français s’emparent finalement des forts dominant la rade, la flotte anglaise comprend que le port est perdu et évacue Toulon dans la nuit de décembre 1793.

Cette victoire transforme immédiatement la destinée de Bonaparte. Promu général de brigade à seulement vingt-quatre ans, il attire l’attention des dirigeants révolutionnaires. Toulon devient ainsi le premier grand chapitre de la légende napoléonienne.

La ville gardera longtemps la mémoire de cet épisode fondateur. Les forts, les batteries côtières et plusieurs sites de la rade portent encore l’empreinte de cette campagne militaire où un jeune officier ambitieux révéla son génie stratégique. À Toulon, l’histoire de la Marine française et celle de Napoléon se croisent dans le fracas des canons, entre mer, pierre et destin impérial.

Toulon aujourd'hui

Le porte-avions Charles de Gaulle © JM Bergougniou

Aujourd’hui, Toulon est le principal port militaire français en Méditerranée et l’un des centres majeurs de la Marine nationale. La base navale accueille le porte-avions Charles de Gaulle, navire amiral de la flotte française, autour duquel s’organise le groupe aéronaval avec ses Rafale Marine, ses frégates d’escorte et ses bâtiments de soutien.

SNA entrant à Toulon © JM Bergougniou


Toulon est aussi le port d’attache des sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda, spécialisés dans les missions de renseignement, d’escorte et de protection stratégique. 


FDA Forbin et Chevalier Paul © JM Bergougniou
Les FREMM, frégates multimissions de dernière génération, assurent quant à elles la lutte anti-sous-marine, la défense aérienne et les opérations de projection.


Le contrôle de la rade de Toulon © JM Bergougniou

La rade de Toulon reste protégée par un ensemble historique de forts et de batteries côtières : fort Balaguier, fort de l’Éguillette, cap Cépet, fort Saint-Louis ou encore les ouvrages du mont Faron. Ces fortifications témoignent du rôle stratégique de Toulon depuis le XVIIe siècle.




Saint-Mandrier-sur-Mer conserve une fonction essentielle avec plusieurs écoles et centres de formation de la Marine nationale. À Cuers-Pierrefeu, les installations liées à l’aéronautique navale poursuivent des activités techniques et d’expérimentation.


La base d’aéronautique navale d’Hyères joue également un rôle majeur. Elle accueille des flottilles d’hélicoptères de la Marine nationale utilisées pour le sauvetage en mer, la lutte anti-sous-marine, le transport et les opérations spéciales. Située face aux îles d’Hyères, elle constitue un point clé des opérations aéronavales françaises en Méditerranée.

Cuverville "Allez-y moi j'en viens"
 © JM Bergougniou


Quatre siècles après Richelieu, Toulon demeure le cœur opérationnel de la puissance navale française



18 mai 2026

400 ans de la Marine à Paris Hôtel de la Marine Place Concorde Orly Le Bourget Trocadéro musée la pépinière

400 ans de la Marine à Paris



« Fluctuat nec mergitur… Paris flotte sans couler.
La Marine française, elle, fait ça depuis 400 ans… mais avec des canons et une carte marine.


Paris et la Marine

Quatre siècles de puissance navale… au coeur des terres

L’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris, fut pendant plus de deux siècles le cœur administratif de la Marine française. Construit au XVIIIe siècle par Ange-Jacques Gabriel, il abrita le Garde-Meuble royal avant de devenir le siège du ministère de la Marine en 1789. De ses salons partirent ordres navals, expéditions lointaines et décisions stratégiques jusqu’en 2015. 


Le bâtiment traversa Révolution, Empire et guerres mondiales comme une véritable passerelle de commandement terrestre. Restauré aujourd’hui, il conserve l’élégance d’un vaisseau amiral amarré au bord de la Concorde.






Paris n’est pas un port de mer, pourtant la capitale fut pendant quatre siècles le cerveau, l’atelier et parfois même le champ de bataille de la Marine française. Ici se décidaient les expéditions, se dessinaient les navires, se fabriquaient moteurs, canons et avions. Même les crises de la capitale ont souvent vu apparaître marins, canonnières ou amiraux.

Richelieu


Au XVIIe siècle, Richelieu puis Colbert fondent la grande Marine royale. Depuis Paris et Versailles, ils créent arsenaux, ports militaires et compagnies maritimes. 










Colbert
La France commence alors à penser “océan” depuis les bureaux du pouvoir. À Versailles, Louis XIV fait même naviguer sur le Grand Canal de véritables gondoles, galères miniatures et modèles réduits armés, utilisés autant pour le prestige que pour l’expérimentation nautique. Une petite mer de parade au milieu des jardins du Roi-Soleil
.



Hôtel de la marine Bougainville © JM Bergougniou


Le XVIIIe siècle devient celui des grandes expéditions scientifiques. Bougainville, La Pérouse, Fleurieu ou d’Entrecasteaux préparent leurs voyages à Paris, dans les académies, observatoires et cabinets de cartographie. La capitale devient une fabrique de savoir maritime : cartes, chronomètres, astronomie navale et hydrographie y prospèrent.

Hôtel de la marine Bougainville © JM Bergougniou
Au XIXe siècle, la Marine entre dans l’ère industrielle. Les ingénieurs du Génie maritime et de Polytechnique conçoivent cuirassés, hélices, blindages et vapeur. Dupuy de Lôme révolutionne l’architecture navale française. Les Expositions universelles de Paris exposent des maquettes de navires géants comme des palais d’acier.

Caserne La Pépinière © JM BERGOUGNIOU
Mais la Marine joue aussi un rôle militaire direct dans l’histoire de Paris.

1870 : la Marine défend Paris contre la Prusse




Pendant la guerre franco-prussienne, la Marine fournit des milliers de fusiliers marins et d’artilleurs pour défendre la capitale assiégée. Des canons de marine sont débarqués puis installés dans les forts autour de Paris. 

Les marins combattent à Saint-Denis, au Bourget, à Champigny ou à Buzenval. Les lourdes pièces navales deviennent une artillerie terrestre improvisée, faisant résonner dans Paris un tonnerre venu des ports militaires.

La Seine elle-même devient stratégique. Des embarcations militaires surveillent ponts et approvisionnements. Les ateliers parisiens fabriquent en urgence affûts, obus et équipements.

La Commune de Paris

En 1871, après la défaite contre la Prusse, certains marins participent à la répression de la Commune aux côtés des troupes versaillaises. D’autres, plus rares, rejoignent les insurgés. La Marine apparaît alors dans un rôle ambigu, reflet des fractures nationales de l’époque.

La Seine, axe militaire et industriel

Durant tout le XIXe siècle, la Seine sert d’artère industrielle pour la Marine. Des péniches transportent acier, charbon, machines et canons. À Paris et en proche banlieue se développent ateliers mécaniques et usines militaires. Les bassins de Grenelle, Javel ou Saint-Denis participent à cet immense réseau technique.

L’aéronautique navale en banlieue parisienne

Au XXe siècle, la région parisienne devient un centre majeur de l’aviation maritime et militaire. À Issy-les-Moulineaux décollent les premiers avions militaires français.
Décoration des fusiliers marins de Dixmude et Nieuport dans la cour de la Pépinière 
par l'amiral Lacaz et Ronarc'h © JM Bergougniou


À Saint-Cloud et Suresnes, Blériot puis Dassault développent appareils et prototypes.
À Argenteuil et sur les boucles de Seine apparaissent hydravions et ateliers aéronautiques.
Le Bourget devient une vitrine mondiale de l’aviation.
Boulogne-Billancourt et Renault produisent moteurs et matériels militaires.

Aéronautique maritime ORLY


L’aéronautique navale française naît largement dans cette couronne industrielle parisienne, entre usines fumantes et terrains d’aviation encore herbeux.

Les lieux symboliques
L’Hôtel de la Marine, place de la Concorde, ancien centre du pouvoir naval français.

Le musée national de la Marine au Trocadéro.
Le Grand Canal de Versailles et ses embarcations royales.



Les anciens terrains d’aviation d’Issy-les-Moulineaux.
Les usines aéronautiques de Saint-Cloud, Suresnes et Le Bourget.

Les forts de la ceinture de Paris armés de canons de marine en 1870.
Les grandes figures



Richelieu, Colbert, Suffren, Bougainville, La Pérouse, Dupuy de Lôme, les fusiliers marins de 1870, les pionniers Blériot et Dassault, puis Cousteau et les ingénieurs du nucléaire naval composent cette longue fresque.



Ainsi, Paris fut bien plus qu’une capitale administrative. Pendant quatre siècles, la ville fut un port invisible. Une rade de pierre et de papier où se préparaient voyages, batailles et inventions avant de rejoindre l’Atlantique ou la Méditerranée.


Un grand merci à Joël


400 ans de la Marine Dunkerque phare corsaire port Dynamo aviation maritime amiral Lhermitte 1626 2026

 Dunkerque et les 400 ans de la Marine Le phare de St-Pol et l'amiral Lhermitte © JM Bergougniou Dunkerque et la Marine française partag...