Escadre de la Méditerranée Marseille 1849-1885
L’Escadre de la Méditerranée : Marseille, port d’attache… postal ?
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| Escadre de la Méditerranée Type 1 |
Les marques « Escadre de la Méditerranée » sont parfaitement connues des collectionneurs, mais elles ont longtemps fait naviguer les spécialistes en eaux troubles. Déclinées en trois types de timbres à date, dont deux portent la mention « Marseille », elles apparaissent sur des plis datés de 1849 à 1885. Certaines empreintes, rarissimes, remontent même à 1849 et 1850. De quoi faire rêver les marcophiles… et leur donner quelques cheveux blancs !
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| Escadre de la Méditerranée Type 2 |
Car, à première vue, l’affaire semble entendue : puisque le cachet indique Marseille, il a été apposé dans cette ville. On pouvait donc imaginer l’existence d’un bureau postal spécialement affecté à l’Escadre de la Méditerranée, ce qui en aurait fait l’un des plus anciens établissements postaux de la Marine. Seulement voilà : l’escadre était basée à Toulon, où un bureau particulier, baptisé « Rade de Toulon », avait justement été créé pour elle. Alors, que venait faire Marseille dans cette histoire ? La flotte aurait-elle déménagé sans prévenir les collectionneurs ?
Une première hypothèse, plus sérieuse, a longtemps tenu la corde : ces cachets auraient été des marques d’entrée apposées par un bureau postal civil marseillais, à l’image des marques « Correspondances d’armées ». Un indice vient étayer cette piste : sur certains plis de 1849 à 1855, la marque « Escadre de la Méditerranée » apparaît en compagnie de losanges oblitérants à petits chiffres, notamment le 1896, puis à grands chiffres, dont le 2240. Or ces oblitérations sont connues pour avoir été utilisées par le bureau de Marseille-Étranger. Voilà qui fait sérieusement pencher la balance du côté du bureau civil !
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| Escadre de la Méditerranée Type 3 |
Mais une autre question surgit aussitôt : pourquoi avoir choisi la mention « Escadre de la Méditerranée » ? Un simple timbre à date « Correspondance de la Marine » aurait pourtant paru bien plus naturel. D’autant que cette dernière marque servait couramment pour le courrier de marins qui n’appartenaient pas à l’escadre d’évolution ou à celle de la Méditerranée. Des plis en provenance de l’océan Indien, du Tonkin ou encore du Mexique en témoignent. La Marine aurait-elle voulu afficher sa personnalité, voire marquer son territoire postal face aux services de la puissante Armée de terre ? L’idée est séduisante, mais les archives n’ont pas encore livré le moindre ordre de mission permettant de la confirmer.
Le fin mot de l’histoire ? La marque « Escadre de la Méditerranée » serait en réalité un cachet d’entrée utilisé par le bureau civil de Marseille-Étranger, et non la preuve de l’existence d’un bureau postal naval autonome à Marseille. C’est pourquoi elle figure dans les catalogues consacrés à la poste navale : sa couronne, avec son libellé si évocateur, peut facilement induire en erreur les collectionneurs non avertis.
Ainsi, l’escadre restait à Toulon, le courrier passait par Marseille et les philatélistes, eux, continuaient à enquêter. Une belle énigme où le cachet semble parler haut et fort, mais où il faut se garder de prendre sa légende pour argent comptant !
Toutes ces explications tiennent plus ou moins la mer, mais aucune ne permet de conclure. Les archives, elles, gardent un silence de grande rade. Pas un mot, pas un ordre, pas même une petite note de service pour éclairer notre lanterne !
Nous laisserons donc au Prince de Joinville le soin de présenter l'Escadre de la Méditerranée .
L’ESCADRE DE LA MÉDITERRANÉE
L'escadre que la France entretient depuis plusieurs années dans la Méditerranée, cette escadre que chacun a pu voir à Cherbourg en 1850, est un des puissants éléments de notre force nationale. Chaque jour elle rend des services au pays, soit à coups de canon contre nos ennemis, soit par l'appui que sa présence prête à nos négociateurs, soit enfin comme une école toujours ouverte, où nos officiers, aussi bien que nos matelots, viennent apprendre leur métier et s'inspirer de cet excellent esprit dont ils n'ont cessé de donner des preuves si éclatantes.
Les faits de guerre auxquels l'escadre a pris part ont été assez longuement racontés à chacune des époques où ils se sont passés : en reparler serait inutile ; mais il peut être intéressant, sans fatiguer le lecteur par des détails techniques, de lui faire connaître l'histoire de la formation de cette escadre, de le faire assister au travail de son organisation, de lui raconter le rôle qu'elle a joué au milieu des événements accomplis dans ces treize dernières années.
Une escadre, comme une armée, forme un grand corps qui se meut et agit suivant la volonté qui lui est imprimée ; mais ce corps n'a de force et de valeur réelle qu'en vertu de l'éducation qu'il a reçue. Si cette éducation a été bonne, elle donne infailliblement de bons résultats ; si, au contraire, elle a été défectueuse, elle a pour suite inévitable de grands mécomptes et quelquefois de grands malheurs. Or, l'éducation d'une escadre, comme celle d'une armée, est l'œuvre du temps. Les chefs qui l'ont successivement commandée, les événements auxquels elle a été mêlée, la part qu'elle a été appelée à y prendre, toutes ces circonstances et d'autres font partie de cette éducation. C'est à ce point de vue que l'on voudrait se placer pour raconter ici l'enfance de notre escadre, suivre ses premiers pas dans la carrière, montrer comment s'est formé l'esprit qui l'anime, dire enfin les grands services que, sans faste et sans ambition, elle a rendus au pays.
Publié en 1853, Essais sur la marine française, 1839-1852, du prince de Joinville, retrace la reconstruction de la puissance navale française et souligne le rôle essentiel de l’escadre de la Méditerranée. Créée en 1839, celle-ci se développe grâce à l’action de l’amiral Lalande, qui améliore l’instruction des équipages, les manœuvres et la cohésion entre les navires. L’escadre devient un instrument militaire et diplomatique au service des intérêts français, notamment lors des crises en Méditerranée orientale. Le prince de Joinville insiste sur l’importance de la continuité du commandement, de la discipline, de l’expérience et des traditions maritimes. Il dénonce les réductions budgétaires excessives et les bouleversements politiques qui risquent d’affaiblir la flotte. Face à la puissance britannique et aux progrès techniques, il préconise une modernisation de la marine fondée sur le développement des navires à vapeur, le maintien d’une escadre permanente et le renforcement des frégates chargées des stations lointaines. Il défend ainsi une politique navale durable, capable d’assurer la défense des côtes françaises, la protection du commerce et le maintien de l’influence de la France sur les mers.
Sources
Collection Historique de la Marcophilie navale
Jacques Mériaux, Histoire de la poste navale : acheminement et distribution du courrier dans la marine de guerre française, 1792-1992.





















































