20 octobre 2026

Dakar 1941 l'Aéronautique navale Sénégal aéronavale CUERS PIERREFEU EGAN

 Dakar 1941 l'Aéronautique navale Sénégal

Les activités aéronavales s'organisent sur les sites de Dakar Bel-Air et une partie du terrain de Ouakam (organisée en Base d'aéronautique navale de Dakar-Ouakam entre fin 1940 et mars 1941).

Marque FM manuscrite- Cachet Service à la Mer - Par Avion
Marine en Afrique occidentale Française 
Base aéronautique navale de Dakar TàD Dakar SénégaL 10 NOV 41



Cette lettre de l'
Aéronautique Navale de Dakar envoyée à Cuers en 1941 bénéficie de la Franchise Militaire, ce qui rend le transport maritime gratuit. L'expéditeur a toutefois payé la surtaxe aérienne obligatoire pour un acheminement par avion. Les trois timbres du Sénégal totalisent un affranchissement exact de 7,00 francs. Ce montant correspond précisément à un pli de la deuxième tranche de poids (entre 5 et 10 grammes), taxé à 3,50 francs par tranche de 5 grammes selon le tarif du 1er juin 1941.

En 1941, l’aéronautique navale française est fortement présente à Dakar, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale et du maintien de l’Afrique-Occidentale française sous l’autorité du régime de Vichy. 

Après l’échec de l’opération franco-britannique contre Dakar en septembre 1940, la Marine renforce la surveillance aérienne des approches de la colonie et de l’Atlantique Sud. 



Plusieurs formations aériennes sont stationnées à Dakar ou y transitent au cours de l’année 1941. L’escadrille d’exploration 4E, héritière de l’ancienne E4, utilise notamment des hydravions à long rayon d’action. On y trouve des appareils de la famille Latécoère, dont l’Altaïr et l’Achernar, ainsi que des hydravions Loire 130 affectés au service aviation du cuirassé Richelieu. 

À partir de mai 1941, la 2e flottille de bombardement rejoint Dakar, avec les escadrilles 1B et 5B, bientôt désignées 1BR et 5BR. En août, la 7e flottille de torpillage, composée des escadrilles 5T et 6T, y est également réunie. Les missions comprennent la reconnaissance maritime, la surveillance des routes atlantiques et la protection des abords de Dakar.

Pierrefeu, dans le Var.



Le 22 avril 1941, la base d’aéronautique navale de Cuers-Pierrefeu est officiellement associée à l’EGAN. Le site assure des fonctions de soutien matériel et logistique au profit de l’Aéronautique navale, dans une période particulièrement difficile pour la Marine française, soumise aux restrictions imposées par l’armistice.

Cette implantation se poursuit jusqu’en novembre 1942, date du désarmement de la base, dans le contexte de l’occupation de la zone libre par les troupes allemandes et italiennes

https://aeronavale.org/lhistoire-de-laeronautique-navale/lalmanach/annee-1941/


19 octobre 2026

Déploiement de longue durée 2026 et escales annulées San Diégo - Saint-Pierre & Miquelon - Rota -Panama - Québec

BRF Jacques Stosskopf – Déploiement de longue durée 2026 et escales annulées



Parti de Toulon le 16 janvier 2026, le bâtiment ravitailleur de forces Jacques Stosskopf (A726) a effectué son premier déploiement de longue durée afin de valider ses capacités opérationnelles. 

Initialement orienté vers le Grand Nord, les Antilles et le Pacifique, son itinéraire a été modifié en raison de la situation géopolitique au Moyen-Orient.

Admis au service actif le 7 mai 2026, le bâtiment a rejoint le groupe aéronaval français en océan Indien. Il est rentré à Toulon le 19 juin, après 155 jours de mer, 38 000 milles nautiques parcourus et 40 ravitaillements à la mer.



Son itinéraire l’a conduit des eaux arctiques aux zones tropicales, avec le franchissement du cap de Bonne-Espérance, du détroit de Bab-el-Mandeb et du canal de Suez. Le bâtiment a également validé ses capacités opérationnelles lors de manœuvres complexes et participé aux missions ORION 26, JEANNE D’ARC 26 et LAFAYETTE 26.


La modification de son itinéraire initial a entraîné l’annulation de plusieurs escales prévues, notamment à Panama, San Diego, Saint-Pierre-et-Miquelon, Québec et Rota. 



16 octobre 2026

Escadre de la Méditerranée Marseille Pourquoi Un bureau de Poste à Marseille? Une énigme pour Marius

 Escadre de la Méditerranée Marseille 1849-1885

L’Escadre de la Méditerranée : Marseille, port d’attache… postal ?

Escadre de la Méditerranée Type 1

Les marques « Escadre de la Méditerranée » sont parfaitement connues des collectionneurs, mais elles ont longtemps fait naviguer les spécialistes en eaux troubles. Déclinées en trois types de timbres à date, dont deux portent la mention « Marseille », elles apparaissent sur des plis datés de 1849 à 1885. Certaines empreintes, rarissimes, remontent même à 1849 et 1850. De quoi faire rêver les marcophiles… et leur donner quelques cheveux blancs !

Escadre de la Méditerranée Type 2

Car, à première vue, l’affaire semble entendue : puisque le cachet indique Marseille, il a été apposé dans cette ville. On pouvait donc imaginer l’existence d’un bureau postal spécialement affecté à l’Escadre de la Méditerranée, ce qui en aurait fait l’un des plus anciens établissements postaux de la Marine. Seulement voilà : l’escadre était basée à Toulon, où un bureau particulier, baptisé « Rade de Toulon », avait justement été créé pour elle. Alors, que venait faire Marseille dans cette histoire ? La flotte aurait-elle déménagé sans prévenir les collectionneurs ?


Une première hypothèse, plus sérieuse, a longtemps tenu la corde : ces cachets auraient été des marques d’entrée apposées par un bureau postal civil marseillais, à l’image des marques « Correspondances d’armées ». Un indice vient étayer cette piste : sur certains plis de 1849 à 1855, la marque « Escadre de la Méditerranée » apparaît en compagnie de losanges oblitérants à petits chiffres, notamment le 1896, puis à grands chiffres, dont le 2240. Or ces oblitérations sont connues pour avoir été utilisées par le bureau de Marseille-Étranger. Voilà qui fait sérieusement pencher la balance du côté du bureau civil !

Escadre de la Méditerranée Type 3

Mais une autre question surgit aussitôt : pourquoi avoir choisi la mention « Escadre de la Méditerranée » ? Un simple timbre à date « Correspondance de la Marine » aurait pourtant paru bien plus naturel. D’autant que cette dernière marque servait couramment pour le courrier de marins qui n’appartenaient pas à l’escadre d’évolution ou à celle de la Méditerranée. Des plis en provenance de l’océan Indien, du Tonkin ou encore du Mexique en témoignent. La Marine aurait-elle voulu afficher sa personnalité, voire marquer son territoire postal face aux services de la puissante Armée de terre ? L’idée est séduisante, mais les archives n’ont pas encore livré le moindre ordre de mission permettant de la confirmer.


Le fin mot de l’histoire ? La marque « Escadre de la Méditerranée » serait en réalité un cachet d’entrée utilisé par le bureau civil de Marseille-Étranger, et non la preuve de l’existence d’un bureau postal naval autonome à Marseille. C’est pourquoi elle figure dans les catalogues consacrés à la poste navale : sa couronne, avec son libellé si évocateur, peut facilement induire en erreur les collectionneurs non avertis.

Ainsi, l’escadre restait à Toulon, le courrier passait par Marseille et les philatélistes, eux, continuaient à enquêter. Une belle énigme où le cachet semble parler haut et fort, mais où il faut se garder de prendre sa légende pour argent comptant !



Toutes ces explications tiennent plus ou moins la mer, mais aucune ne permet de conclure. Les archives, elles, gardent un silence de grande rade. Pas un mot, pas un ordre, pas même une petite note de service pour éclairer notre lanterne !

Ainsi, pendant que les navires de l’escadre sillonnaient la Méditerranée, leur courrier, lui, nous laisse naviguer en pleine brume philatélique. Une chose est sûre : pour ces cachets, le port d’attache est Toulon, mais le port d’origine reste Marseille. Et le mystère, lui, n’a toujours pas levé l’ancre.

Marius s'en arrache les moustaches 


Nous laisserons donc au Prince de Joinville le soin de présenter l'Escadre de la Méditerranée .

L’ESCADRE DE LA MÉDITERRANÉE



L'escadre que la France entretient depuis plusieurs années dans la Méditerranée, cette escadre que chacun a pu voir à Cherbourg en 1850, est un des puissants éléments de notre force nationale. Chaque jour elle rend des services au pays, soit à coups de canon contre nos ennemis, soit par l'appui que sa présence prête à nos négociateurs, soit enfin comme une école toujours ouverte, où nos officiers, aussi bien que nos matelots, viennent apprendre leur métier et s'inspirer de cet excellent esprit dont ils n'ont cessé de donner des preuves si éclatantes.

Les faits de guerre auxquels l'escadre a pris part ont été assez longuement racontés à chacune des époques où ils se sont passés : en reparler serait inutile ; mais il peut être intéressant, sans fatiguer le lecteur par des détails techniques, de lui faire connaître l'histoire de la formation de cette escadre, de le faire assister au travail de son organisation, de lui raconter le rôle qu'elle a joué au milieu des événements accomplis dans ces treize dernières années.


Une escadre, comme une armée, forme un grand corps qui se meut et agit suivant la volonté qui lui est imprimée ; mais ce corps n'a de force et de valeur réelle qu'en vertu de l'éducation qu'il a reçue. Si cette éducation a été bonne, elle donne infailliblement de bons résultats ; si, au contraire, elle a été défectueuse, elle a pour suite inévitable de grands mécomptes et quelquefois de grands malheurs. Or, l'éducation d'une escadre, comme celle d'une armée, est l'œuvre du temps. Les chefs qui l'ont successivement commandée, les événements auxquels elle a été mêlée, la part qu'elle a été appelée à y prendre, toutes ces circonstances et d'autres font partie de cette éducation. C'est à ce point de vue que l'on voudrait se placer pour raconter ici l'enfance de notre escadre, suivre ses premiers pas dans la carrière, montrer comment s'est formé l'esprit qui l'anime, dire enfin les grands services que, sans faste et sans ambition, elle a rendus au pays.



Publié en 1853, Essais sur la marine française, 1839-1852, du prince de Joinville, retrace la reconstruction de la puissance navale française et souligne le rôle essentiel de l’escadre de la Méditerranée. Créée en 1839, celle-ci se développe grâce à l’action de l’amiral Lalande, qui améliore l’instruction des équipages, les manœuvres et la cohésion entre les navires. L’escadre devient un instrument militaire et diplomatique au service des intérêts français, notamment lors des crises en Méditerranée orientale. Le prince de Joinville insiste sur l’importance de la continuité du commandement, de la discipline, de l’expérience et des traditions maritimes. Il dénonce les réductions budgétaires excessives et les bouleversements politiques qui risquent d’affaiblir la flotte. Face à la puissance britannique et aux progrès techniques, il préconise une modernisation de la marine fondée sur le développement des navires à vapeur, le maintien d’une escadre permanente et le renforcement des frégates chargées des stations lointaines. Il défend ainsi une politique navale durable, capable d’assurer la défense des côtes françaises, la protection du commerce et le maintien de l’influence de la France sur les mers.


Sources 

Collection Historique de la Marcophilie navale

Jacques Mériaux, Histoire de la poste navale : acheminement et distribution du courrier dans la marine de guerre française, 1792-1992.

14 octobre 2026

Sous-Marin Thon une histoire d'espionnage et de capot 1904 1916

Sous-Marin THON

 une histoire d'espionnage et de capot





Le Thon (Q20) est un sous-marin français de la classe Naïade, construit à l’arsenal de Toulon sous la direction de l’ingénieur du Génie maritime Gaston Romazzotti. 

Lancement du sous-marin « Thon »

Toulon, 16 mars 1904

La dépêche de Brest - 17 mars 1904

Le 19 mars sera lancé, des cales du Mourillon, le sous-marin Thon. 
Ce sous-marin est du type Naïade.

Le Courrier de la Rochelle 20 mars 1910









Mis sur cale en juin 1902 et lancé en mars 1904, il entre en service en octobre 1905. Long de 23,76 mètres, il déplace environ 70 tonnes en surface et embarque un équipage d’une treizaine d’hommes. Sa propulsion associe un moteur thermique en surface à un moteur électrique en plongée. 


Mémorial des Vosges 20-11-1908

Son armement comprend deux torpilles de 450 mm. Destiné à la défense côtière, ce petit submersible est condamné en mars 1914, avant le début de la Première Guerre mondiale.





 Son histoire connaît pourtant un dernier épisode tragique : le 10 décembre 1916, alors qu’il est remorqué vers Corfou, il coule au large du cap Bon, en Tunisie. Les circonstances précises du naufrage et l’identité du remorqueur restent à établir.

Une affaire d'espionnage concernant le capot du sous-marin

Le Petit Caporal 16 mars 1908

La bande de Toulon

Toulon, 13 mars.

Le tribunal correctionnel a rendu ce matin son jugement dans l'affaire d'espionnage et de tentative d'espionnage.

Les inculpés tombaient sous le coup de la loi du 18 août 1896.

Ont été condamnés par défaut, les accusés ayant déclaré faire défaut au cours des débats : Auguste André, courtier en miroiterie, six mois de prison et 300 francs d'amende ; Jean Blain, directeur du Comptoir général d'électricité à Marseille, un an de prison et 500 francs d'amende ; Laurent Farget, ingénieur électricien à Marseille, dix-huit mois de prison et 1,000 francs d'amende ; Gaston Crépy, ex-quartier-maître mécanicien sur les sous-marins, deux ans de prison et 1,000 francs d'amende.


André a été le moins frappé parce que c'est lui qui avait remis entre les mains de M. Vigne, commissaire spécial, les documents de Farget et de Crépy. Ces deux derniers étaient les véritables instigateurs des tentatives d'espionnage et il a été établi que Crépy avait fourni à Farget les plans du capot du sous-marin Thon.

Les quatre inculpés sont, en outre, condamnés à cinq ans d'interdiction de séjour et cinq ans de privation de droits civils et civiques.



Affectation à Bizerte 

L'appel au peuple de la Charente 20 février 1910



La Croix des Marins 03-09-1911




12 octobre 2026

Sous-marin Bonite et Thon Naïade Gaston Ramazzoti



Sous-marin Bonite et Thon

Toujours aussi provocateur notre Marius quand il commente les articles du blog... 

Aujourd'hui il nous parlera de deux sous-marins : le Thon et la Bonite... 

La Bonite (Q19), le sous-marin qui confondait plongée et abordage



La Bonite porte un nom de poisson, mais sa carrière ressemble parfois à celle d’un bélier des mers. Conçue pour défendre les rades et les ports, elle va surtout se distinguer par une série d’accidents qui lui vaudront une réputation pour le moins singulière au sein de la Marine nationale.



Entre quai percuté, cuirassé abordé, jetée rencontrée en plongée et sous-marins amis malmenés, la Bonite semble avoir eu quelque difficulté à maîtriser son environnement immédiat. Une carrière qui rappelle qu’au début du XXe siècle, la navigation sous-marine est encore une aventure technique pleine d’incertitudes.

Un sous-marin de nouvelle génération


Construite à l’arsenal de Toulon, la Bonite, portant le numéro de coque Q19, appartient à la classe Naïade, une série de petits sous-marins conçus par l’ingénieur Gaston Romazzotti. 

Gaston Romazzoti  ingénieur du Génie maritime français,
joue un rôle important dans le développement
des sous-marins
Elle est lancée le 4 février 1904 selon certaines sources, le 6 février selon d’autres, puis admise au service actif le 27 février 1905. 

Ces bâtiments sont alors désignés comme des « torpilleurs sous-marins ». Leur mission consiste principalement à protéger les rades et les ports, en s’approchant discrètement des navires ennemis pour les attaquer à la torpille.



La Bonite dispose d’une propulsion thermique en surface et électrique en plongée. Mais ces premiers sous-marins opérationnels restent des machines délicates : leur pilotage exige une coordination rigoureuse entre le commandement, les mécaniciens et l’équipage. La navigation sous la surface, sans visibilité directe sur les navires environnants, constitue un défi considérable.
1906 : des débuts pour le moins mouvementés

16 janvier 1906 : le quai est plus près que prévu

Une erreur dans la transmission de l’ordre de « marche avant » à la salle des machines conduit la Bonite à heurter son quai d’amarrage. Les ailerons et l’hélice sont endommagés. Premier incident, première réparation.

5 février 1906 : le cuirassé Suffren entre dans l’histoire


Au cours d’un exercice d’attaque sous-marine au large des îles d’Hyères, la Bonite entre en collision avec le cuirassé Suffren, navire amiral de l’escadre de la Méditerranée.

À la suite d’une erreur de position, le sous-marin fait surface à environ 30 mètres du cuirassé. Le choc survient alors que la Bonite se trouve encore à sept mètres d’immersion. Les deux bâtiments subissent des dégâts importants, mais aucune victime n’est signalée. Pour éviter de sombrer, le sous-marin largue ses plombs de sécurité. 

11 mai 1906 : la jetée de Toulon au rendez-vous

Alors qu’elle rentre en rade en plongée, la Bonite heurte l’extrémité sud de la grande jetée. L’étrave doit être remplacée et le gouvernail, faussé, réparé.

À ce stade, la Bonite semble avoir développé une aptitude particulière à rencontrer les obstacles, qu’ils soient flottants ou solidement ancrés au fond de la rade.

1907 : entre prouesse technique et plongée imprévue


28 juin 1907 : 90 mètres sous la surface

La Marine fait réaliser un essai d’immersion profonde à l’aide d’un ponton-grue. La Bonite est soumise à une profondeur de 90 mètres. Le résultat est jugé satisfaisant : la déformation de la coque ne serait que d’un millimètre. Un résultat encourageant pour une technologie encore jeune.

5 juillet 1907 : la baignade n’était pas au programme

Quelques jours plus tard, lors d’un essai d’étanchéité au bassin, le sous-marin coule à quai. Une vanne de coque est restée ouverte. Heureusement, aucun membre de l’équipage ne perd la vie et le bâtiment est renfloué.

La Bonite vient ainsi de démontrer qu’un sous-marin peut aussi effectuer une plongée sans quitter le port, même lorsque personne ne l’a demandé.

Novembre 1907 : deux abordages pour le prix d’un


Le 22 novembre 1907, au large de Toulon, la Bonite aborde en plongée le sous-marin Souffleur. Les deux bâtiments sont sérieusement endommagés.

Le Souffleur est immobilisé tandis que son équipage examine les dégâts. Mais la Bonite, rendue incontrôlable par les avaries, revient à la charge et heurte une seconde fois son camarade.

Difficile de parler d’une attaque coordonnée : les deux sous-marins français viennent de faire l’expérience d’un combat naval sans ennemi.

Cet accident illustre l’un des grands dangers des premières opérations sous-marines : deux bâtiments évoluant sous l’eau, sans visibilité directe, pouvaient se retrouver sur une même trajectoire sans parvenir à s’éviter. 

1910 : l’Alose croise la route de la Bonite


Le 4 novembre 1910, nouvel incident. La Bonite heurte en plongée le sous-marin Alose. Cette fois, les dégâts restent légers sur les deux bâtiments.




La répétition de ces collisions témoigne des difficultés rencontrées par les équipages de cette première génération de sous-marins. La maîtrise de la profondeur, de la position et de la trajectoire demeure essentielle, mais les moyens de détection et de communication sous-marines sont encore rudimentaires.

En 1910, la Bonite est intégrée à la flottille des sous-marins de la Méditerranée. Elle poursuit donc son service malgré ce palmarès d’accidents peu ordinaire. 

1914-1920 : fin de carrière pour la Bonite

La carrière opérationnelle de la Bonite prend fin à la veille de la Première Guerre mondiale. Elle est condamnée le 27 mars 1914, puis désarmée le 21 mai de la même année, selon les chronologies habituellement retenues.

Le bâtiment est finalement vendu pour démolition à Toulon le 14 avril 1920, pour la somme de 351 964 francs. Il disparaît ainsi après une quinzaine d’années d’existence, dont une bonne partie aura été consacrée aux réparations et aux essais. 

La Bonite : une conserve qui prenait l’eau ?


La Bonite appartient à cette génération pionnière qui a permis à la Marine française d’acquérir une véritable expérience de la navigation sous-marine. Ses accidents ne doivent pas faire oublier les progrès techniques accomplis à cette époque : chaque essai, chaque avarie et chaque collision apportaient des enseignements sur les limites des machines, les procédures de navigation et la formation des équipages.

Mais pour notre mascotte Marius, le bilan est tout trouvé : avec un sous-marin nommé Bonite, accompagné de son camarade le Thon, la Marine nationale avait de quoi ouvrir une conserverie flottante !Encore fallait-il que les boîtes soient étanches et que les poissons ne se cognent pas entre eux au fond de la cale…

Une nouvelle sorte de conserve ? Marius, lui, préfère vérifier la date de péremption avant de plonger.




L'Ouest-Eclair 23/11/1907

L'Ouest-Eclair 27/11/1907

L'Ouest-Eclair 5/11/1910

Navigazette

BNF Gallica 

11 octobre 2026

Toulon l'Observatoire de la Marine astronomie abbé Grégoire

 Toulon - l'Observatoire de la Marine




L’histoire de l’Observatoire de la Marine de Toulon est particulièrement intéressante : il ne servait pas seulement à observer les astres. Il participait à la navigation, à la détermination de l’heure exacte et aux travaux scientifiques nécessaires au fonctionnement d’un grand port militaire.



Le 25 juin 1795, pendant la Révolution française, l’abbé Grégoire prend la parole devant les députés de la Convention nationale. Il rappelle cette formule attribuée à Thémistocle, homme d’État et stratège grec de l’Antiquité : « Qui maîtrise la mer maîtrise aussi la terre. »



Par cette citation, il veut convaincre les députés qu’une marine puissante est indispensable à la France. Il propose donc de créer un organisme scientifique chargé d’aider la Marine à progresser, notamment dans les domaines de la navigation et de l’astronomie : le futur Bureau des longitudes.


Cercle de réflexion de Borda


L’astronomie est une science essentielle à cette époque. Elle permet d’établir des mesures précises, mais elle est surtout indispensable aux marins pour se repérer en mer et calculer leur longitude, c’est-à-dire déterminer leur position géographique.

L’abbé Grégoire prend l’Angleterre en exemple. Les Anglais ont compris que, sans progrès en astronomie, il était impossible de développer efficacement le commerce maritime et la marine de guerre. Ils ont donc investi des sommes considérables pour faire avancer cette science.

Pour Grégoire, la France doit suivre leur exemple. Les succès remportés par la marine anglaise, notamment pendant la guerre de 1761, montrent qu’une flotte supérieure à celle de l’adversaire peut souvent décider de l’issue d’une guerre.

Au XVIIIe siècle, le seul observatoire français installé dans un port et officiellement consacré à la Marine se trouve à Marseille.

Il a été fondé en 1702 par les Jésuites, avec l’aide financière de la Marine. Il est installé dans la montée des Accoules, sur les hauteurs de la ville, afin de bénéficier d’un emplacement favorable aux observations astronomiques.

Après le départ des Jésuites, sa direction est confiée à un astronome civil, Guillaume Saint-Jacques de Silvabelle (1722-1801). L’établissement reste placé sous la responsabilité du ministère de la Marine.

Octant


L’observatoire dispose alors d’un bâtiment imposant et d’instruments scientifiques de grande qualité. Mais, lorsque la Révolution française commence, il est en très mauvais état. Son directeur, vieillissant, peine à maintenir l’établissement à son niveau d’excellence.

En 1796, le chevalier de Borda et l’astronome Jérôme Lalande proposent de créer un observatoire de la Marine à Toulon. Le projet est soutenu par le Bureau des longitudes, nouvellement créé, qui cherche à développer les connaissances astronomiques utiles aux marins.



Le Bureau propose d’abord le poste de directeur à l’astronome d’Angos, ancien officier et correspondant de l’Académie, qui entretient depuis plusieurs années des relations scientifiques avec Lalande. Celui-ci le considère comme un ami et un excellent observateur. D’Angos refuse cependant le poste. Le Bureau se tourne alors vers Flaugergues, un astronome installé à Viviers, qui possède son propre observatoire.

Le ministre lui ordonne de se rendre rapidement à Toulon pour préparer la création de l’établissement. Il doit travailler avec les responsables de la Marine afin de trouver un emplacement adapté et de déterminer s’il faut construire un nouveau bâtiment ou en aménager un existant.

Cet observatoire doit avoir trois fonctions principales : faire progresser l’astronomie, former les marins aux observations nécessaires à la navigation et conserver le matériel scientifique utilisé à bord des navires. Les instruments doivent notamment comprendre des horloges et des montres marines, des compas, des quarts de cercle et des cercles astronomiques. Le matériel doit pouvoir être vérifié, entretenu et embarqué sur les navires de l’État selon les besoins.

Chronomètre de marine

Le ministre souhaite également installer une petite bibliothèque spécialisée en astronomie, géométrie et physique. Les marins pourraient y étudier sous la direction de l’astronome responsable de l’établissement.



Le choix de l’emplacement est important. L’observatoire doit être situé près du port, facilement accessible aux marins et bénéficier d’une vue dégagée, notamment sur l’horizon maritime.

Plusieurs sites sont envisagés, mais le plus prometteur semble être le donjon de l’ancienne maison des Jésuites, alors utilisé comme hôpital de la Marine. Ce lieu avait déjà accueilli un observatoire astronomique au XVIIIe siècle, dirigé par le père Laval. Cependant, cet établissement avait progressivement périclité et, à la fin du siècle, il n’en restait plus rien.

Sacré Marius toujours la tête dans les étoiles

Dakar 1941 l'Aéronautique navale Sénégal aéronavale CUERS PIERREFEU EGAN

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