400 ans de la Marine à Paris
Paris et la Marine
Quatre siècles de puissance navale… au coeur des terres
L’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris, fut pendant plus de deux siècles le cœur administratif de la Marine française. Construit au XVIIIe siècle par Ange-Jacques Gabriel, il abrita le Garde-Meuble royal avant de devenir le siège du ministère de la Marine en 1789. De ses salons partirent ordres navals, expéditions lointaines et décisions stratégiques jusqu’en 2015.
Paris n’est pas un port de mer, pourtant la capitale fut pendant quatre siècles le cerveau, l’atelier et parfois même le champ de bataille de la Marine française. Ici se décidaient les expéditions, se dessinaient les navires, se fabriquaient moteurs, canons et avions. Même les crises de la capitale ont souvent vu apparaître marins, canonnières ou amiraux.
Au XVIIe siècle, Richelieu puis Colbert fondent la grande Marine royale. Depuis Paris et Versailles, ils créent arsenaux, ports militaires et compagnies maritimes.
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| Colbert |
Le XVIIIe siècle devient celui des grandes expéditions scientifiques. Bougainville, La Pérouse, Fleurieu ou d’Entrecasteaux préparent leurs voyages à Paris, dans les académies, observatoires et cabinets de cartographie. La capitale devient une fabrique de savoir maritime : cartes, chronomètres, astronomie navale et hydrographie y prospèrent.
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| Hôtel de la marine Bougainville © JM Bergougniou |
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| Caserne La Pépinière © JM BERGOUGNIOU |
1870 : la Marine défend Paris contre la Prusse
Pendant la guerre franco-prussienne, la Marine fournit des milliers de fusiliers marins et d’artilleurs pour défendre la capitale assiégée. Des canons de marine sont débarqués puis installés dans les forts autour de Paris.
Les marins combattent à Saint-Denis, au Bourget, à Champigny ou à Buzenval. Les lourdes pièces navales deviennent une artillerie terrestre improvisée, faisant résonner dans Paris un tonnerre venu des ports militaires.
La Seine elle-même devient stratégique. Des embarcations militaires surveillent ponts et approvisionnements. Les ateliers parisiens fabriquent en urgence affûts, obus et équipements.
La Commune de Paris
En 1871, après la défaite contre la Prusse, certains marins participent à la répression de la Commune aux côtés des troupes versaillaises. D’autres, plus rares, rejoignent les insurgés. La Marine apparaît alors dans un rôle ambigu, reflet des fractures nationales de l’époque.
La Seine, axe militaire et industriel
Durant tout le XIXe siècle, la Seine sert d’artère industrielle pour la Marine. Des péniches transportent acier, charbon, machines et canons. À Paris et en proche banlieue se développent ateliers mécaniques et usines militaires. Les bassins de Grenelle, Javel ou Saint-Denis participent à cet immense réseau technique.
L’aéronautique navale en banlieue parisienne
Au XXe siècle, la région parisienne devient un centre majeur de l’aviation maritime et militaire. À Issy-les-Moulineaux décollent les premiers avions militaires français.
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| Décoration des fusiliers marins de Dixmude et Nieuport dans la cour de la Pépinière par l'amiral Lacaz et Ronarc'h © JM Bergougniou |
À Saint-Cloud et Suresnes, Blériot puis Dassault développent appareils et prototypes.
À Argenteuil et sur les boucles de Seine apparaissent hydravions et ateliers aéronautiques.
Le Bourget devient une vitrine mondiale de l’aviation.
Boulogne-Billancourt et Renault produisent moteurs et matériels militaires.
L’aéronautique navale française naît largement dans cette couronne industrielle parisienne, entre usines fumantes et terrains d’aviation encore herbeux.
Les lieux symboliques
L’Hôtel de la Marine, place de la Concorde, ancien centre du pouvoir naval français.
Le Grand Canal de Versailles et ses embarcations royales.
Les anciens terrains d’aviation d’Issy-les-Moulineaux.
Les usines aéronautiques de Saint-Cloud, Suresnes et Le Bourget.
Les grandes figures
Richelieu, Colbert, Suffren, Bougainville, La Pérouse, Dupuy de Lôme, les fusiliers marins de 1870, les pionniers Blériot et Dassault, puis Cousteau et les ingénieurs du nucléaire naval composent cette longue fresque.
Ainsi, Paris fut bien plus qu’une capitale administrative. Pendant quatre siècles, la ville fut un port invisible. Une rade de pierre et de papier où se préparaient voyages, batailles et inventions avant de rejoindre l’Atlantique ou la Méditerranée.
Un grand merci à Joël

















