31 octobre 2026

Croiseur Ecole Jeanne d'Arc 1953 1954 La Grandière Ecole navale

 Croiseur Ecole Jeanne d'Arc 1953 1954



« JEANNE-D’ARC » et « LA GRANDIÈRE »

ont quitté Brest le 15 Septembre

C'est le 16 septembre que le groupe « école d'application » croiseur Jeanne-d'Arc et aviso La Grandière, a quitté Brest pour sa seizième croisière d'instruction d'officiers-élèves, sortant de l'Ecole navale.

Un tel départ revêt chaque année un cérémonial traditionnel et reste empreint d'enthousiasme pour les jeunes hommes qui vont parfaire en mer les connaissances acquises au cours de deux années d'études.

Cette année la « Jeanne » emmène 167 officiers-élèves, dont 7 appartenant à des marines étrangères, son stage à notre Ecole navale, car la Jeanne-d'Arc et son bâtiment annexe, le La Grandière, constituent un groupement de flottant à bord duquel officiers de pont, ingénieurs mécaniciens et commissaires, continueront sans relâche des études pratiques et théoriques.

Les instructeurs, officiers du bord, seront chargés de leur entraînement qui, en dehors de la détente des escales, ne laissera guère de temps perdu pour l'étude.

Le programme d'instruction d'un officier de marine est, en effet, extrêmement chargé et il ne faut pas oublier que c'est à la mer que se fait le meilleur travail.



C'est dire que les manœuvres avec le La Grandière seront fréquentes et s'étendront dans les eaux françaises d'exercices avec des bâtiments divers : escorteurs, sous-marins, voire porte-avions.

Dans cette « université mouvante », les jeunes officiers doivent être aptes au bout des sept mois que durera la croisière à être affectés à des unités actives et combattantes de surface, d'aéronavale ou sous-marines.

Le La Grandière recevra par roulement, des groupes d'une trentaine d'élèves. Au retour, après un stage spécialisé, une série d'examens consacrera enfin les jeunes enseignes avant une courte permission précédant leur première affectation.

Jacques Gavini © Assemblée nationale
M. Jacques Gavini, secrétaire d'Etat à la marine, accompagné notamment du chef d'état-major général de la marine, du C. A. Cillier, directeur de son cabinet, de l'amiral commandant le groupe des Ecoles de la marine, a tenu, comme à l'habitude, à se rendre à Brest pour adresser quelques allocutions.

Arrivé à 11 heures, dans la matinée du 16, à l'aérodrome de Guipavas, il s'est rendu immédiatement à bord de la Jeanne-d'Arc où il a passé l'inspection des officiers-élèves et leur a adressé une allocution.

Il leur a précisé les devoirs auxquels ils devront faire face en soulignant que l'Ecole navale n'est pas seulement une école supérieure où ils doivent acquérir des qualités professionnelles, mais aussi une école où la formation morale qu'ils y recevront représente une grande part de leur valeur :

« Vous aurez, a souligné M. Jacques Gavini, un droit éminent entre tous, celui de commander, d'ordonner une chose qui devra être exécutée parfois même au péril de la vie.


Réfléchissez, dès à présent, à l'usage que vous en ferez, lorsque, l'année prochaine, à votre débarquement de la Jeanne-d'Arc vous en serez investis.

Ne croyez pas que commander signifie seulement donner des ordres, c'est aussi assujettir ses propres facultés à celles de ses subordonnés, c'est s'imposer par la dignité, c'est toucher les cœurs par la bienveillance, c'est assurer les volontés par l'exemple.

Pendant quelques mois, vous allez vivre auprès d'un équipage, partager ses quarts, ses travaux, efforcez-vous d'en comprendre les aspirations, les besoins, mettez à profit cette occasion que vous ne retrouverez plus pour développer en vous ces facultés de chefs, pour préciser dans vos esprits le rôle éminent de l'officier dans son aspect militaire aussi bien que dans son aspect social.

Vous comprendrez alors quel honneur vous échoit de guider non seulement dans leur formation militaire, mais aussi dans leur développement intellectuel de jeunes hommes, qui, plus tard, retournés à la vie civile, enrichiront le pays tout entier des disciplines que vous leur aurez inculquées.



Et, cependant, messieurs, toutes ces belles qualités qui feront de vous des conducteurs d'hommes, pourraient rester stériles si elles n'étaient comme exaltées par un idéal commun et fondues dans une unité spirituelle indispensable qui constitue l'esprit de discipline.

Puis, répondant au secret désir des jeunes « midships », le ministre précisa que leur avenir s'annonçait sous des auspices plus favorables qu'il y a deux ou trois ans encore et rappela les grandes lignes du programme naval, certes, encore modeste, de la France, mais qui, du moins, représente les premiers pas d'un redressement indispensable de notre marine : »

Le croiseur-école Jeanne d’Arc fait escale à Valparaíso (Chili) en novembre 1953, dans le cadre de ses campagnes d’instruction autour du monde.

« JEANNE D’ARC et LA GRANDIÈRE à Valparaiso le 29/11/53. » 
Les deux bâtiments participent à la 16e campagne d'application, partie de Brest le 16 septembre 1953 avec 176 élèves-officiers. L'itinéraire passe par Dakar, le canal de Panama et la côte pacifique de l'Amérique du Sud.









Sources 

Cols Bleus

https://www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche/3316


Torpilleur Chevalier chronique et faits divers A l'Abordage L'Audacieux manoeuvre abordage 1896

Torpilleur Chevalier

Le torpilleur de haute mer Chevalier a été lancé le 15 juin 1893 par les chantiers Augustin Normand au Havre. Conçu comme prototype de 130 tonnes, il s'est illustré dès ses essais en septembre 1893 en atteignant la vitesse record de 27,2 nœuds. 

Ce navire de guerre rapide a ensuite servi la Marine française, notamment durant la Première Guerre mondiale. Il a finalement été retiré du service le 1er octobre 1920 après près de trente ans de carrière.








 L'armement du torpilleur Chevalier comprenait les équipements suivants :
• 2 tubes lance-torpilles de 381 mm articulés sur le pont.
• 2 canons de 47 mm à tir rapide (système Hotchkiss).
• 2 torpilles en réserve à bord.
Les manœuvres navales en 1896. — Elles ont lieu, cette année, du 6 au 30/7 dans la Manche et la Méditerranée. On en trouvera les programmes et les comptes rendus dans la Marine française, le Moniteur de la Flotte et le Yacht des mois de juillet et d'août. 
C'est au cours de ces exercices qu'à la suite d'un abordage entre le torpilleur Chevalier et le torpilleur Audacieux, ce dernier a coulé.

L'Impartial des Pyrénées 12-7-1896 



L'Observateur du Centre 14-7-1896
NOUVELLES DIVERSES
Collision entre deux torpilleurs
Ajaccio, 10 juillet.
Le torpilleur Chevalier a coulé le torpilleur Audacieux, à 30 milles environ. Il n’y a eu aucun accident de personnes.
Le Chevalier a subi de légères avaries. Il est entré dans le port à onze heures, remorqué par le croiseur Milan.



Ajaccio, 10 juillet.
L’escadre de réserve, commandée par le vice-amiral de Duverville, a mouillé ici à deux heures.
Elle comprend les cuirassés : Duperré, Friedland, Terrible et Caïman, les croiseurs de premier rang Cécille et Sfax, le croiseur de troisième rang Lalande, les aviso-torpilleurs Orage, Léger et Chevalier.





Le torpilleur Chevalier qui a été abordé par l'Audacieux, a été halé sur une cale. Ainsi que nous l'avons annoncé , les avaries de coque de ce torpilleur sont graves et nécessiteront une immobilisation de deux mois. Grâce au cordon de bois qui entoure ce torpilleur et à la cornière en fer qui traverse, et sur laquelle le choc a eu lieu , le Chevalier n'a pas été coupé en deux. Néanmoins ses tôles sont hors de service sur une longueur de trois mètres.



C’est pendant les manœuvres de nuit, à deux heures vingt du matin, que les torpilleurs Chevalier et Audacieux se sont abordés ; grâce au sang-froid des équipages, aucun accident de personnes n’est à déplorer. Une voie d’eau s’est déclarée dans l’Audacieux ; on a essayé de le remorquer comme le Chevalier, mais il a fallu l’abandonner et il a coulé.
Les avaries du Chevalier sont insignifiantes.



Réveil du Cantal 6-11-1907
Que contenait ce code ?

Le Réveil du Cantal 6-11-1907
Il pouvait comprendre :

  • les signaux par pavillons et flammes ;

  • les signaux sémaphoriques ;

  • les combinaisons conventionnelles ;

  • les ordres de manœuvre ;

  • les messages de service et de sécurité.





Chroniques et faits divers



Le Soleil 6 octobre 1908
Né à Brest en 1883, Louis Alfred Marie Lagadec intègre l'École navale en 1900 à l'âge de 17 ans. Nommé aspirant de 1re classe en 1903, il est promu au grade d'enseigne de vaisseau deux ans plus tard. En 1908, il rejoint la Défense mobile de Toulon pour servir à bord du torpilleur Chevalier. Décrit comme un officier brillant et estimé de ses chefs, sa carrière s'interrompt brutalement à la mi-octobre 1908 par son suicide à l'âge de 25 ans.

Le Torpilleur 


Lancé le 15 juin 1893, le torpilleur Chevalier s'illustre d'abord en Méditerranée après avoir décroché un record mondial de vitesse. Devenu technologiquement obsolète au début du XXe siècle face aux nouveaux contre-torpilleurs, il maintient pourtant une activité continue. 


Durant la Première Guerre mondiale, il reprend un service actif essentiel pour des missions de patrouille et de surveillance côtière. Ce prototype affiche une longévité exceptionnelle en étant retiré du service le 1er octobre 1920, après 27 ans de carrière.

La Croix des marins 11-11-1900

30 octobre 2026

Emile Hourst à Saint-Malo Torpilleur Alarme Afrique Chine Côte d'Emeraude

Emile Hourst à Saint-Malo

la défense mobile


À la fin du XIXe siècle, la défense mobile des ports repose sur des flottilles de torpilleurs chargées de protéger les côtes et les accès aux rades contre les navires ennemis.
Rapides et discrets, ces bâtiments peuvent mener des attaques surprises, notamment de nuit, mais leur faible autonomie et leur fragilité limitent leur efficacité.
Leur entretien coûteux, leur vulnérabilité par mauvais temps et les difficultés de coordination suscitent de nombreuses critiques.


En 1897, le lieutenant de vaisseau Émile Hourst est chargé de la défense côtière du secteur de Saint-Servan, près de Saint-Malo.





Le Démocrate malouin du 28 août 1898 annonce sa nomination au commandement de la défense mobile de Saint-Servan et du torpilleur de haute mer Alarme.


Il doit prendre ses fonctions le 1er octobre 1898.

Le journal du 25 septembre précise qu’il succède à M. Pigeon de Saint-Pair, après dix-huit mois de commandement.


Hourst est alors connu pour son exploration du Niger, qu’il a descendu à bord du Davoust en 1895-1896.

Le Gaulois du 24 septembre 1898 le présente comme commandant de la défense mobile de Saint-Malo.





Les articles attestent ainsi son rôle dans la défense maritime du secteur malouin à l’automne 1898.

Le 27 novembre, le Démocrate malouin le mentionne toujours comme commandant de l’Alarme à Saint-Servan.

Le journal signale également qu’un prix de 1 000 francs de l’Académie française lui a été attribué pour son livre Sur le Niger et au pays des Touaregs.

Source
BnF Gallica
Le Démocrate Malouin des
28-8-1898 / 25-9-1898 / 27-11-1898


29 octobre 2026

Le Buffle le Président Fallières embarque à Dunkerque 1908 aviso

 le président Fallières embarque sur le Buffle


M. Fallières prend passage à bord du Buffle qui va le conduire sur la Vérité.
Dans le coin en haut, M. Lanes, secrétaire général de la présidence,
qui accompagne M. Fallières ; en bas, M. Pichon, ministre des Affaires étrangères.


À DUNKERQUE

L’ARRIVÉE

DUNKERQUE, 18 juillet. – Le train présidentiel, après un court arrêt à Hazebrouck, arrive à 11 heures 25 à Dunkerque.


Le chef de l’État est salué sur le quai de la gare par MM. Vincent, préfet du Nord ; Maxime Lecomte, Potié, Bersez, Saulfort et Hayez, le docteur Guillain, l’abbé Lemire, Henri Cochin, Delacroix, députés ; le général Davignon, commandant le 1er corps d’armée ; l’amiral Bellue, préfet maritime ; Terquem, maire de Dunkerque, et les membres du Conseil municipal ; Herbart, président de la Chambre de commerce.

Dans une salle d’attente de la gare, le maire souhaite la bienvenue au Président. M. Fallières remercie en quelques mots. Puis il monte en voiture avec le maire, le préfet et M. Jean Lanes, pour se rendre à l’Hôtel de Ville. M. Pichon, ministre des Affaires étrangères, prend place dans une deuxième voiture avec M. Mollard, introducteur des ambassadeurs, et M. Dutasta, directeur de cabinet. Le cortège est escorté par des cuirassiers.

Sur tout le parcours, la population acclame le chef de l’État. La ville est magnifiquement décorée. La plupart des maisons sont décorées de drapeaux tricolores, à côté desquels flottent des drapeaux aux couleurs suédoises, norvégiennes et russes.

À l’entrée de l’Hôtel de Ville, une délégation de Dunkerquoises, vêtues de leur gracieux et pittoresque costume, offre à M. Fallières une gerbe de fleurs, ainsi qu’une petite goélette en argent massif, finement ciselée.

Les présentations ont lieu dans la grande salle des fêtes, où se trouvent réunis les membres de la Municipalité, de la Chambre de commerce et les délégations de fonctionnaires.

VERS L’ESCADRE

À midi vingt, le cortège se reforme et on se dirige vers le quai d’embarquement. À midi trente, le Président de la République, accompagné par le vice-amiral Boué de Lapeyrère, commandant en chef de l’escadre de la Baltique, entouré par son état-major, a pris place à bord de l’aviso « Buffle », qui le conduit à la coupée de la « Vérité ».

MM. Pichon, ministre des Affaires étrangères ; Mollard, chef du protocole ; Lanes, secrétaire général de la présidence, etc., montent à bord du vaisseau-amiral, dont la décoration est particulièrement réussie.

Bientôt, l’escadre formée par la « Vérité », le « Dupetit-Thouars », le « Cassini », le « Baliste » et l’« Arquebuse » prenait le large par une mer relativement bonne, tandis que les dernières acclamations retentissaient sur le rivage.

28 octobre 2026

Émile Hourst (1864-1940), un officier de marine explorateur Afrique Niger Chine

Émile Hourst (1864-1940), un officier de marine explorateur

Toujours sans courrier marcophile, nous allons nous pencher sur un autre marin Explorateur qui nous ménera de Marseille au Niger puis vers la Chine et le Yang-Tsé. 

CHRONIQUE AMUSANTE


Un volume que vient de publier la librairie Plon, contient sous le titre « La Mission Hourst », le récit de la navigation sur huit cents kilomètres du Niger.

Au début de son livre, avant de raconter ses péripéties de départ, M. Hourst écrit :

« Si quelque curieux vous demande :

« — Quelle est la première préparation pour aller explorer le centre de l’Afrique ?

« Répondez sans hésitation :

« — C’est d’être acheteur de soldes. »

Voici pourquoi :

La monnaie courante au Niger est généralement le couri, petit coquillage provenant de la côte du Mozambique. Il en faut trois à cinq mille pour équivaloir à cinq francs.



Dans bien des villages, nous dit M. Hourst, on compte exclusivement en marchandises :

— Combien ce mouton ?

— Cinq mètres de toile, ou cinquante perles dorées, ou dix miroirs à un sou, ou vingt-cinq feuilles de papier, ou un quart de sel.

Avec une tabatière, dite queue de rat, on peut avoir un bœuf, et pour une boîte de sardines vide, que les nègres se suspendent au cou les jours de grande cérémonie, on peut avoir une dent d’éléphant.

Évidemment, la camelote doit être le premier soin pour les voyageurs qui vont vers ces contrées inconnues encore, mais où s’étend cependant la civilisation française.



Né à Marseille le 20 mai 1864, Émile Auguste Léon Hourst est le fils d’Émilien Hourst, ancien mousse devenu capitaine au long cours, puis directeur du port de Marseille.

Devenu orphelin à onze ans, il connaît une jeunesse difficile qui contribue à forger son caractère indépendant et déterminé.

Attiré par la mer, il choisit la carrière navale et entre dans la Marine française. En 1883, il sert comme aspirant à bord du cuirassé Le Redoutable.



Le Redoutable premier cuirassé construit en acier


Ses premières affectations le conduisent en Extrême-Orient, où il participe aux opérations militaires françaises au Tonkin. Promu enseigne de vaisseau en 1885, il poursuit ensuite sa carrière dans un contexte d'expansion coloniale.


Il prend également part aux opérations françaises à Madagascar, où il se distingue notamment lors des combats de Sahonafy.

À partir de 1886, affecté en Afrique occidentale, il découvre un univers qui va profondément marquer son existence : celui des grands fleuves, des territoires encore imparfaitement cartographiés et des expéditions lointaines.

Promu lieutenant de vaisseau le 29 mars 1890, Hourst développe ses compétences en navigation et en hydrographie. Officier énergique, curieux et ambitieux, il manifeste un goût prononcé pour les missions qui exigent initiative et endurance.

Ses relations parfois difficiles avec sa hiérarchie témoignent également d'un tempérament peu disposé à accepter les contraintes administratives sans discussion.

Ses qualités d'organisateur et son expérience du terrain lui permettent néanmoins d'accéder à des responsabilités importantes.


Reconnu pour ses travaux d'exploration, il est nommé officier de la Légion d'honneur en 1897. Il se fait également connaître par ses récits, qui contribuent à populariser ses voyages auprès du public français.

Après ses grandes missions, il poursuit une carrière dans le secteur civil, notamment chez Michelin, avant de reprendre du service pendant la Première Guerre mondiale.



Il est alors affecté à l'artillerie territoriale, puis à des fonctions liées à l'aéronautique militaire.

Après la guerre, il exerce encore des responsabilités dans la vie civile et l'enseignement technique.

Émile Hourst meurt à Neuilly-sur-Seine le 24 janvier 1940, à l'âge de 75 ans.

A suivre  dans un prochain article l'exploration africaine

26 octobre 2026

Louis Antoine Mizon Marin explorateur Mayotte 1899

Louis Mizon, un marin explorateur à Mayotte

La sortie prochaine d'un timbre sur la résidence du gouverneur à Mayotte me fait souvenir de la tombe d'un marin rencontrée au vieux cimetière chrétien de Pamanzi. Je vous propose d'en reparler. 

La tombe de Mizon au cimetière de Pamanzi © JM Bergougniou

A Mayotte, dans le vieux cimetière chrétien de Petite-Terre, également appelé cimetière de Pamanzi ou de Sandravouangué 
créé en 1843. je suis tombé sur cette plaque dédiée à Louis Mizon (1853-1899). Elle rappelle le parcours peu ordinaire d’un officier de marine devenu explorateur de l’Afrique.



Louis Mizon, un marin explorateur au destin tragique

Au cimetière de Petite-Terre, à Mayotte, parmi les tombes et les croix de fer, une plaque attire le regard. Quelques mots gravés dans le métal : « Officier de Marine, Explorateur de l’Afrique, Gouverneur de Mayotte ». Le nom de Louis Mizon est là, discret, mais derrière lui se cache une vie riche en aventures et une fin tragique.

Né à Paris le 16 juillet 1853, Louis Alexandre Antoine Mizon choisit très jeune la Marine. Mais c’est vers l’Afrique que son goût de l’aventure va bientôt le conduire.

En 1890, il se lance dans une grande expédition. Il remonte le Niger et la Bénoué, atteint Yola et explore l’Adamaoua. 


Les voyages sont difficiles, les obstacles nombreux. Sur place, il doit aussi affronter la méfiance et les manœuvres de la Royal Niger Company britannique, qui défend ses propres intérêts commerciaux. L’affaire prend une dimension politique et provoque des tensions entre la France et l’Angleterre.


Mizon ne se laisse pourtant pas décourager. Il cherche à nouer des relations avec les chefs locaux et à développer la présence française dans la région. Ses explorations lui valent une certaine célébrité et la Légion d’honneur en 1892.

Après les pistes africaines vient le temps de l’administration. En 1896, il est nommé résident français à Majunga, à Madagascar, puis administrateur de Mayotte en 1897. Une nouvelle étape commence, loin des grandes expéditions, mais toujours au service de la France.

Il n'arrivera jamais à Djibouti

En mars 1899, une nouvelle nomination l’attend : il doit rejoindre Djibouti, à la tête de la Côte française des Somalis. Pourtant, il ne prendra jamais ses fonctions.


Les journaux annoncent d’abord sa mort en évoquant une mystérieuse « fièvre chaude ». Puis les courriers arrivés de Mayotte révèlent la vérité. Le 22 mars 1899, vers neuf heures du soir, une détonation retentit près du bâtiment du gouvernement. Dans sa chambre, Louis Mizon est retrouvé mort, atteint d’une balle tirée avec un fusil Winchester transformé.

La résidence du gouverneur Mayotte Dzaoudzi © JM Bergougniou


Que s’est-il passé ? Une correspondance de presse évoque la visite d’un inspecteur des finances peu avant le drame. Mais les documents disponibles ne permettent pas d’établir un lien certain. Les raisons de son geste restent donc incertaines.

À quarante-cinq ans, l’explorateur disparaît ainsi à Mayotte, au moment même où une nouvelle mission s’ouvrait devant lui.




Aujourd’hui, sa plaque au cimetière de Petite-Terre nous invite à remonter le fil de cette existence singulière. 

Derrière le nom gravé, on retrouve un marin parti explorer des territoires inconnus, un homme pris dans les rivalités coloniales de son époque et un destin brutalement interrompu.

Il suffit parfois d’une vieille plaque pour qu’une histoire oubliée reprenne vie.

« Le lieutenant de vaisseau Mizon meurt à quarante-cinq ans sur cette terre d’Afrique qu’il aimait tant, au moment où, se reposant de ses admirables explorations, il venait d’être nommé gouverneur de la côte française des Somalis. Il était né à Paris le 16 juillet 1853 et avait pris du service à seize ans. Aspirant de marine le 9 décembre 1872, enseigne de vaisseau le 27 avril 1875, lieutenant de vaisseau le 10 juillet 1882, il était officier de la Légion d’honneur depuis le 22 juin 1892. Après la conquête de Madagascar, il avait été nommé, en 1896, résident de France à Majunga, puis administrateur de Mayotte, d’où il était passé, il y a un mois, au gouvernement de Djibouti, en remplacement de M. Lagarde.

Ce Parisien de Paris, né place des Vosges, avait l’amour du continent noir. Il accomplit, au sortir du Borda, ses premiers embarquements sur les croiseurs des côtes africaines. Il explora une première fois le Congo, puis entreprit un long et périlleux voyage au centre de l’Afrique. Puis, en 1890, il s’aperçut que l’on était en train de nous couper la route du Tchad ; il quitta alors la marine et traversa le delta du Niger.

On se souvient qu’à cette époque le lieutenant Mizon fut arrêté par l’ordre de la Royal Niger Cy, et interné à Akassa, alors qu’il voulait pénétrer dans le Bornou et l’Adamaoua. Ce jour-là notre compatriote fut victime d’un acte arbitraire, indigne, qui était une violation monstrueuse de l’acte de Berlin. Relâché sur l’ordre du gouvernement anglais, il continuait crânement sa marche en avant, remontait la Bénoué et pénétrait dans l’Adamaoua, où il fut fort bien reçu par le sultan du pays. »


« Après ce beau voyage il revint en France puis retourna dans l’Adamaoua ; il y fonda des factoreries françaises. Là encore il fut l’objet de manœuvres déloyales de la part de la Royal Niger, qui protesta contre les traités passés par lui avec les chefs du pays. Mizon revint en France sur ces entrefaites pour défendre nos droits méconnus et pendant son absence les Anglais firent saisir son bateau le Sergent-Molonune et brûlèrent ses factoreries. Ces faits sont bons à rappeler aux Anglais, qui nous reprochent en Afrique une politique de coups d’épingle. »



« Le lendemain du jour où paraissait à l’Officiel la nomination du lieutenant de vaisseau Mizon comme gouverneur du protectorat de la Côte des Somalis et dépendances, une dépêche de Mayotte annonçait sa mort, survenue dans un accès de fièvre chaude.

Aujourd’hui, que les courriers de Madagascar sont arrivés, nous avons, sur cette mort si soudaine, des renseignements qui ne laissent plus aucun doute sur le suicide du lieutenant Mizon. Voici, en effet, ce que nous écrit un de nos correspondants de Mayotte :

Le 22 mars, vers neuf heures du soir, nous entendions une forte détonation du côté du gouvernement. Nous sommes allés immédiatement de ce côté, et arrivés dans la chambre de M. Mizon, nous l’avons trouvé allongé et la poitrine trouée par une balle genre Lebel, qui s’était tirée avec un fusil Winchester transformé. La mort a été instantanée. Nous l’avons conduit à sa dernière demeure, et l’avons déposé côte à côte de feu M. Pereton, ex-administrateur de Mayotte. »

« D’autre part, une autre correspondance nous annonce que c’est après la visite d’un inspecteur des finances, envoyé par le ministère des colonies, que M. Mizon s’est suicidé.

Louis Mizon était âgé de 48 ans. Enseigne de vaisseau en 1875, il fut, dès cette époque, un des auxiliaires les plus précieux de M. de Brazza.

Lieutenant de vaisseau sept ans après, il partit en octobre 1890 pour son grand voyage d’exploration. Il traversa le delta du Niger, explora ce fleuve et le Congo, remonta la Bénoué et pénétra dans l’Adamaoua qu’il put visiter en dépit des difficultés et des périls que lui créaient à tout instant les agents de la Royal Niger et Cie. Ses démêlés donnèrent lieu à de vives contestations entre la France et l’Angleterre. Grâce à son énergie, il triompha cependant et parvint à entrer dans Yola, où il signa avec le sultan un traité d’amitié et de commerce. Il rentra en France par Porto-Novo, et pour récompense fut nommé officier de la Légion d’honneur.

En 1895, le lieutenant de vaisseau Mizon fut envoyé à Majunga comme résident de 1re classe. Deux ans plus tard, il était transféré comme gouverneur à Mayotte. »

Sources

BnF Gallica

https://parcoursdeviesdanslaroyale.fr/officiers_mizon_louis.htm

L'Eclair / 29 mars 1899

La Dépêche / 16 avril 1899

SANDY-HOOK - Georges TABOUREAU peintre officiel de la Marine Camouflage peintre de la Marine

SANDY-HOOK - Georges TABOUREAU  peintre officiel de la Marine 1830  Louis-Philippe Crépin Combat entre l'Aréthuse et la frégate Améli...