12 octobre 2026

Sous-marin Bonite et Thon Naïade Gaston Ramazzoti



Sous-marin Bonite et Thon

Toujours aussi provocateur notre Marius quand il commente les articles du blog... 

Aujourd'hui il nous parlera de deux sous-marins : le Thon et la Bonite... 

La Bonite (Q19), le sous-marin qui confondait plongée et abordage



La Bonite porte un nom de poisson, mais sa carrière ressemble parfois à celle d’un bélier des mers. Conçue pour défendre les rades et les ports, elle va surtout se distinguer par une série d’accidents qui lui vaudront une réputation pour le moins singulière au sein de la Marine nationale.



Entre quai percuté, cuirassé abordé, jetée rencontrée en plongée et sous-marins amis malmenés, la Bonite semble avoir eu quelque difficulté à maîtriser son environnement immédiat. Une carrière qui rappelle qu’au début du XXe siècle, la navigation sous-marine est encore une aventure technique pleine d’incertitudes.

Un sous-marin de nouvelle génération


Construite à l’arsenal de Toulon, la Bonite, portant le numéro de coque Q19, appartient à la classe Naïade, une série de petits sous-marins conçus par l’ingénieur Gaston Romazzotti. 

Gaston Romazzoti  ingénieur du Génie maritime français,
joue un rôle important dans le développement
des sous-marins
Elle est lancée le 4 février 1904 selon certaines sources, le 6 février selon d’autres, puis admise au service actif le 27 février 1905. 

Ces bâtiments sont alors désignés comme des « torpilleurs sous-marins ». Leur mission consiste principalement à protéger les rades et les ports, en s’approchant discrètement des navires ennemis pour les attaquer à la torpille.



La Bonite dispose d’une propulsion thermique en surface et électrique en plongée. Mais ces premiers sous-marins opérationnels restent des machines délicates : leur pilotage exige une coordination rigoureuse entre le commandement, les mécaniciens et l’équipage. La navigation sous la surface, sans visibilité directe sur les navires environnants, constitue un défi considérable.
1906 : des débuts pour le moins mouvementés

16 janvier 1906 : le quai est plus près que prévu

Une erreur dans la transmission de l’ordre de « marche avant » à la salle des machines conduit la Bonite à heurter son quai d’amarrage. Les ailerons et l’hélice sont endommagés. Premier incident, première réparation.

5 février 1906 : le cuirassé Suffren entre dans l’histoire


Au cours d’un exercice d’attaque sous-marine au large des îles d’Hyères, la Bonite entre en collision avec le cuirassé Suffren, navire amiral de l’escadre de la Méditerranée.

À la suite d’une erreur de position, le sous-marin fait surface à environ 30 mètres du cuirassé. Le choc survient alors que la Bonite se trouve encore à sept mètres d’immersion. Les deux bâtiments subissent des dégâts importants, mais aucune victime n’est signalée. Pour éviter de sombrer, le sous-marin largue ses plombs de sécurité. 

11 mai 1906 : la jetée de Toulon au rendez-vous

Alors qu’elle rentre en rade en plongée, la Bonite heurte l’extrémité sud de la grande jetée. L’étrave doit être remplacée et le gouvernail, faussé, réparé.

À ce stade, la Bonite semble avoir développé une aptitude particulière à rencontrer les obstacles, qu’ils soient flottants ou solidement ancrés au fond de la rade.

1907 : entre prouesse technique et plongée imprévue


28 juin 1907 : 90 mètres sous la surface

La Marine fait réaliser un essai d’immersion profonde à l’aide d’un ponton-grue. La Bonite est soumise à une profondeur de 90 mètres. Le résultat est jugé satisfaisant : la déformation de la coque ne serait que d’un millimètre. Un résultat encourageant pour une technologie encore jeune.

5 juillet 1907 : la baignade n’était pas au programme

Quelques jours plus tard, lors d’un essai d’étanchéité au bassin, le sous-marin coule à quai. Une vanne de coque est restée ouverte. Heureusement, aucun membre de l’équipage ne perd la vie et le bâtiment est renfloué.

La Bonite vient ainsi de démontrer qu’un sous-marin peut aussi effectuer une plongée sans quitter le port, même lorsque personne ne l’a demandé.

Novembre 1907 : deux abordages pour le prix d’un


Le 22 novembre 1907, au large de Toulon, la Bonite aborde en plongée le sous-marin Souffleur. Les deux bâtiments sont sérieusement endommagés.

Le Souffleur est immobilisé tandis que son équipage examine les dégâts. Mais la Bonite, rendue incontrôlable par les avaries, revient à la charge et heurte une seconde fois son camarade.

Difficile de parler d’une attaque coordonnée : les deux sous-marins français viennent de faire l’expérience d’un combat naval sans ennemi.

Cet accident illustre l’un des grands dangers des premières opérations sous-marines : deux bâtiments évoluant sous l’eau, sans visibilité directe, pouvaient se retrouver sur une même trajectoire sans parvenir à s’éviter. 

1910 : l’Alose croise la route de la Bonite


Le 4 novembre 1910, nouvel incident. La Bonite heurte en plongée le sous-marin Alose. Cette fois, les dégâts restent légers sur les deux bâtiments.




La répétition de ces collisions témoigne des difficultés rencontrées par les équipages de cette première génération de sous-marins. La maîtrise de la profondeur, de la position et de la trajectoire demeure essentielle, mais les moyens de détection et de communication sous-marines sont encore rudimentaires.

En 1910, la Bonite est intégrée à la flottille des sous-marins de la Méditerranée. Elle poursuit donc son service malgré ce palmarès d’accidents peu ordinaire. 

1914-1920 : fin de carrière pour la Bonite

La carrière opérationnelle de la Bonite prend fin à la veille de la Première Guerre mondiale. Elle est condamnée le 27 mars 1914, puis désarmée le 21 mai de la même année, selon les chronologies habituellement retenues.

Le bâtiment est finalement vendu pour démolition à Toulon le 14 avril 1920, pour la somme de 351 964 francs. Il disparaît ainsi après une quinzaine d’années d’existence, dont une bonne partie aura été consacrée aux réparations et aux essais. 

La Bonite : une conserve qui prenait l’eau ?


La Bonite appartient à cette génération pionnière qui a permis à la Marine française d’acquérir une véritable expérience de la navigation sous-marine. Ses accidents ne doivent pas faire oublier les progrès techniques accomplis à cette époque : chaque essai, chaque avarie et chaque collision apportaient des enseignements sur les limites des machines, les procédures de navigation et la formation des équipages.

Mais pour notre mascotte Marius, le bilan est tout trouvé : avec un sous-marin nommé Bonite, accompagné de son camarade le Thon, la Marine nationale avait de quoi ouvrir une conserverie flottante !Encore fallait-il que les boîtes soient étanches et que les poissons ne se cognent pas entre eux au fond de la cale…

Une nouvelle sorte de conserve ? Marius, lui, préfère vérifier la date de péremption avant de plonger.




L'Ouest-Eclair 23/11/1907

L'Ouest-Eclair 27/11/1907

L'Ouest-Eclair 5/11/1910

Navigazette

BNF Gallica 

11 octobre 2026

Toulon l'Observatoire de la Marine astronomie abbé Grégoire

 Toulon - l'Observatoire de la Marine




L’histoire de l’Observatoire de la Marine de Toulon est particulièrement intéressante : il ne servait pas seulement à observer les astres. Il participait à la navigation, à la détermination de l’heure exacte et aux travaux scientifiques nécessaires au fonctionnement d’un grand port militaire.



Le 25 juin 1795, pendant la Révolution française, l’abbé Grégoire prend la parole devant les députés de la Convention nationale. Il rappelle cette formule attribuée à Thémistocle, homme d’État et stratège grec de l’Antiquité : « Qui maîtrise la mer maîtrise aussi la terre. »



Par cette citation, il veut convaincre les députés qu’une marine puissante est indispensable à la France. Il propose donc de créer un organisme scientifique chargé d’aider la Marine à progresser, notamment dans les domaines de la navigation et de l’astronomie : le futur Bureau des longitudes.


Cercle de réflexion de Borda


L’astronomie est une science essentielle à cette époque. Elle permet d’établir des mesures précises, mais elle est surtout indispensable aux marins pour se repérer en mer et calculer leur longitude, c’est-à-dire déterminer leur position géographique.

L’abbé Grégoire prend l’Angleterre en exemple. Les Anglais ont compris que, sans progrès en astronomie, il était impossible de développer efficacement le commerce maritime et la marine de guerre. Ils ont donc investi des sommes considérables pour faire avancer cette science.

Pour Grégoire, la France doit suivre leur exemple. Les succès remportés par la marine anglaise, notamment pendant la guerre de 1761, montrent qu’une flotte supérieure à celle de l’adversaire peut souvent décider de l’issue d’une guerre.

Au XVIIIe siècle, le seul observatoire français installé dans un port et officiellement consacré à la Marine se trouve à Marseille.

Il a été fondé en 1702 par les Jésuites, avec l’aide financière de la Marine. Il est installé dans la montée des Accoules, sur les hauteurs de la ville, afin de bénéficier d’un emplacement favorable aux observations astronomiques.

Après le départ des Jésuites, sa direction est confiée à un astronome civil, Guillaume Saint-Jacques de Silvabelle (1722-1801). L’établissement reste placé sous la responsabilité du ministère de la Marine.

Octant


L’observatoire dispose alors d’un bâtiment imposant et d’instruments scientifiques de grande qualité. Mais, lorsque la Révolution française commence, il est en très mauvais état. Son directeur, vieillissant, peine à maintenir l’établissement à son niveau d’excellence.

En 1796, le chevalier de Borda et l’astronome Jérôme Lalande proposent de créer un observatoire de la Marine à Toulon. Le projet est soutenu par le Bureau des longitudes, nouvellement créé, qui cherche à développer les connaissances astronomiques utiles aux marins.



Le Bureau propose d’abord le poste de directeur à l’astronome d’Angos, ancien officier et correspondant de l’Académie, qui entretient depuis plusieurs années des relations scientifiques avec Lalande. Celui-ci le considère comme un ami et un excellent observateur. D’Angos refuse cependant le poste. Le Bureau se tourne alors vers Flaugergues, un astronome installé à Viviers, qui possède son propre observatoire.

Le ministre lui ordonne de se rendre rapidement à Toulon pour préparer la création de l’établissement. Il doit travailler avec les responsables de la Marine afin de trouver un emplacement adapté et de déterminer s’il faut construire un nouveau bâtiment ou en aménager un existant.

Cet observatoire doit avoir trois fonctions principales : faire progresser l’astronomie, former les marins aux observations nécessaires à la navigation et conserver le matériel scientifique utilisé à bord des navires. Les instruments doivent notamment comprendre des horloges et des montres marines, des compas, des quarts de cercle et des cercles astronomiques. Le matériel doit pouvoir être vérifié, entretenu et embarqué sur les navires de l’État selon les besoins.

Chronomètre de marine

Le ministre souhaite également installer une petite bibliothèque spécialisée en astronomie, géométrie et physique. Les marins pourraient y étudier sous la direction de l’astronome responsable de l’établissement.



Le choix de l’emplacement est important. L’observatoire doit être situé près du port, facilement accessible aux marins et bénéficier d’une vue dégagée, notamment sur l’horizon maritime.

Plusieurs sites sont envisagés, mais le plus prometteur semble être le donjon de l’ancienne maison des Jésuites, alors utilisé comme hôpital de la Marine. Ce lieu avait déjà accueilli un observatoire astronomique au XVIIIe siècle, dirigé par le père Laval. Cependant, cet établissement avait progressivement périclité et, à la fin du siècle, il n’en restait plus rien.

Sacré Marius toujours la tête dans les étoiles

Sous-marin Bonite et Thon Naïade Gaston Ramazzoti

Sous-marin Bonite et Thon Toujours aussi provocateur notre Marius quand il commente les articles du blog...  Aujourd'hui il nous parlera...