400 ans de la Marine Souvenirs réalisés par la section Ile de France
La France dans le monde en 1626
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| Statue de Richelieu à Luçon © JM Bergougniou |
Louis XIII règne. Richelieu monte en puissance. L’Europe est en ébullition avec la guerre de Trente Ans. Les Habsbourg d’Espagne et d’Autriche encerclent littéralement la France. Au sud, l’Espagne domine les mers avec ses galions et l’or américain. Au nord, les Provinces-Unies et l’Angleterre deviennent des puissances maritimes redoutables.La France possède deux façades maritimes stratégiques:

l’Atlantique et la Manche vers les routes commerciales du Nord et l’Amérique,
la Méditerranée face aux Espagnols et aux Barbaresques.
Mais le royaume reste avant tout terrestre. L’armée absorbe l’essentiel des moyens. La mer passe après.
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| Détail d'un vitrail de l'église de Brouage © JM Bergougniou |
Les colonies françaises existent déjà, mais elles ressemblent encore à des graines dispersées:
Québec est fondée en 1608 par Champlain,
l’Acadie survit difficilement, quelques comptoirs apparaissent aux Antilles, le commerce avec Terre-Neuve pour la morue est vital, des pêcheurs bretons, normands et basques traversent l’Atlantique chaque année.
La France n’a pas encore d’empire colonial comparable à celui de l’Espagne ou du Portugal. Elle possède surtout des promesses.
Le roi dispose:
de quelques vaisseaux royaux,
de galères en Méditerranée,
de navires loués à des armateurs privés,
de bâtiments fournis par les ports ou les villes,
et surtout de corsaires et marchands mobilisés en cas de guerre.
La flotte royale est faible et dispersée. Certaines estimations évoquent moins de vingt véritables navires de guerre utilisables immédiatement.
Face à elle:
l’Espagne aligne des galions puissants,
les Provinces-Unies possèdent une marine marchande gigantesque,
l’Angleterre développe des navires d’artillerie modernes.
La France ressemble alors à un chantier en retard tandis que ses voisins lancent déjà des escadres océaniques.

Les ports du royaume
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| Brouage les remparts © JM Bergougniou |
Chaque façade maritime vit presque dans son propre monde.
Sur l’Atlantique:
Brouage,
La Rochelle,
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| St-Malo et St-Servan © JM Bergougniou |
Rochefort n’existe pas encore comme arsenal royal,
Nantes commerce surtout,
Saint-Malo arme pour la course,
Le Havre devient important.
En Méditerranée:
Marseille domine le commerce,
Toulon reste modeste mais stratégique,
les galères sont basées notamment à Marseille.
Brest n’est pas encore le géant naval qu’il deviendra sous Colbert et Louis XIV. En 1626, c’est davantage une rade remarquable qu’un grand arsenal moderne.Construire un navire: une forêt transformée en forteresse flottante
Un vaisseau du XVIIe siècle est une cathédrale de bois.
Pour construire un grand bâtiment, il faut:
- des milliers de chênes,
- du pin pour les mâts,
- du chanvre pour les cordages,
- du goudron,
- du fer,
des voiles en toile de lin ou de chanvre.
La marine dévore les ressources du royaume.
Un seul grand navire peut nécessiter:
plus de 2 000 chênes,
plusieurs kilomètres de cordages,
des dizaines de tonnes de fer.
Le cordage est un enjeu stratégique majeur. Sans cordes, pas de manœuvre. Sans manœuvre, un navire devient un château immobile livré au vent.
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Statue de Richelieu Eglise de Brouage © JM Bergougniou |
Les voiles, elles aussi, demandent une immense industrie textile. Les ateliers de corderie et de voilerie sont les poumons invisibles de la puissance maritime.
En 1626, la marine française repose surtout sur les pêcheurs, marchands, corsaires et marins côtiers, tandis que les équipages professionnels restent peu nombreux et dispersés. La vie à bord est très dure, marquée par les maladies, la mauvaise nourriture et une discipline sévère. Les capitaines sont avant tout des hommes d’expérience plus que des officiers formés, dans une navigation encore incertaine et dépendante des éléments. Richelieu comprend alors qu’une grande puissance ne peut exister sans force navale solide. Il lance ainsi les bases d’une véritable marine royale avec arsenaux, vaisseaux, administration et organisation centralisé
Merci à Joël Moreau