Le sauvetage de l'or de la Banque de France (1939-1940)
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| La souterraine Les sous-sols de la Banque de France |
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, le 3 septembre 1939, la Banque de France possède l'une des plus importantes réserves d'or du monde, avec 2 168 tonnes. Une partie a déjà été transférée à l'étranger dès 1939 afin de garantir les achats d'armement, mais l'essentiel demeure en France. L'invasion allemande rend indispensable son évacuation.
Le 16 mai 1940, alors que la percée allemande menace directement le territoire, le ministre des Finances Lucien Lamoureux ordonne au gouverneur de la Banque de France Pierre-Eugène Fournier de faire évacuer la totalité des réserves encore présentes en métropole.
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| Lucien Lamoureux Ministre des Finances |
Les opérations reposent sur une logistique exceptionnelle. En quelques jours, des milliers de sacs de pièces et de caisses de lingots arrivent par trains spéciaux dans les ports de Brest, Toulon et Le Verdon. Les marins de la Marine nationale assurent le chargement à bord sous surveillance permanente.
Premier convoi : Toulon
Le regroupement des réserves destinées au premier départ s'achève le 18 mai 1940.
Le soir même, les caisses sont embarquées sur le porte-avions Béarn, sous la responsabilité du contrôleur général Barreau.
Le 19 mai 1940, le Béarn, escorté par les torpilleurs Forbin et Fortuné, quitte Toulon pour Casablanca, puis Madère, où il doit rejoindre le convoi parti de Brest avant de poursuivre sa route vers Halifax.
Deuxième convoi : Brest
À Brest, le contrôleur général Jean Faure supervise l'arrivée de l'or provenant notamment de Paris, Rennes, Vannes, Quimper et Morlaix.
Le 22 mai 1940, 224 tonnes d'or, réparties dans 4 947 caisses, sont chargées à bord du croiseur-école Jeanne d'Arc et du croiseur léger Émile Bertin.
Les deux bâtiments appareillent le jour même pour Halifax. Les archives de la Banque de France donnent le tonnage global du convoi, mais ne répartissent pas cette charge entre les deux navires.
Le convoi du Pasteur
Le 2 juin 1940, le paquebot Pasteur, qui n'a encore jamais assuré de ligne commerciale, reçoit à Brest 213,32 tonnes d'or, réparties dans 3 700 sacs, sous la responsabilité du contrôleur général Jean Poissonnier.
Le bâtiment quitte Brest le jour même. Il est escorté dans un premier temps par les contre-torpilleurs Le Triomphant et Le Milan avant de poursuivre seul sa traversée de l'Atlantique.
Le 7 juin, il arrive à Halifax. L'or est immédiatement transféré dans un train spécial à destination de la Banque du Canada à Ottawa.
Le dernier départ de Brest
Le 11 juin 1940, le croiseur Émile Bertin, commandé par le capitaine de vaisseau Battet, revient à Brest.
Sous la direction du contrôleur général Katow, il embarque 254,15 tonnes d'or, représentant environ 12 milliards de francs, réparties dans 3 986 sacs de monnaies et 796 caisses de lingots.
Le 12 juin, l'Émile Bertin appareille, précédé du contre-torpilleur Gerfaut. Après quelques heures d'escorte, le Gerfaut fait demi-tour et le croiseur poursuit seul sa route à plus de 30 nœuds afin d'échapper aux sous-marins allemands.
Il atteint Halifax le 18 juin 1940.
L'armistice bouleverse les plans
Le 17 juin, le maréchal Pétain annonce la demande d'armistice.
Halifax, le déchargement de l'or de l'Émile Bertin est interrompu par un contre-ordre de l'Amirauté française.
Quelques heures plus tard, le croiseur reçoit l'ordre de gagner Fort-de-France, en Martinique, avec son chargement.
Au même moment, le Pasteur, qui revenait de New York avec une cargaison d'artillerie, ainsi que le Béarn et la Jeanne d'Arc, transportant des avions américains, reçoivent eux aussi l'ordre de rallier les Antilles.
Le Pasteur arrive à Fort-de-France le 20 juin, le Béarn et la Jeanne d'Arc le 27 juin, tandis que l'Émile Bertin y mouille le 24 juin avec son précieux chargement. Les 254,15 tonnes d'or sont transférées au fort Desaix, où elles resteront jusqu'à la Libération.
Les derniers convois
Pendant ce temps, les réserves encore disponibles sont dirigées vers l'Afrique.
Des paquebots de la Compagnie générale transatlantique et des Messageries maritimes, notamment le Ville d'Oran, le Ville d'Alger, l'El Djezaïr, l'El Mansour et l'El Kantara, évacuent les dernières réserves vers Casablanca, Dakar puis Kayes, au Soudan français.
Une réussite exceptionnelle
En juin 1940, la répartition des réserves est la suivante :
New York : 430,64 tonnes
Ottawa : 213,32 tonnes
Londres : 226,88 tonnes
Fort-de-France : 254,15 tonnes
Kayes : 652,36 tonnes
Casablanca et Alger : 317,22 tonnes
Grâce à la Banque de France, au ministère des Finances et à la Marine nationale, l'essentiel des 2 168 tonnes d'or françaises échappe à la capture allemande. Cette opération demeure l'une des plus remarquables réussites logistiques et stratégiques de la campagne de France.
Sources
Banque de France
Marine nationale
Avec la complicité de l'IA ChatGPT


















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