06 juin 2026

Lettre de Marseille à Toulon pour un ingénieur de la Marine 18 juin 1828 Adolphe Pironneau corvette La Favorite Laplace

Marseille Toulon Adolphe Pironneau corvette La Favorite

Une enveloppe de Marseille pour Toulon du 18 juin 1828 va nous permettre d'évoquer son destinataire Adolphe Pironneau ingénieur de la Marine à Toulon. 

lettre de Marseille à Toulon TàD 18 juin 1828
adressée à Adolphe Pironneau
Jean-Baptiste Adolphe Pironneau (1801-1869), ancien élève de l'École polytechnique (promotion 1819), consacre toute sa carrière au Génie maritime. D'abord sous-ingénieur à Toulon dans les années 1820-1830, il participe à la conception et à l'aménagement de nombreux bâtiments de guerre, notamment la corvette La Favorite, dont il dirige la construction d'après les plans de Campaignac. 


La corvette 'Favorite' franchissant Kororareka Pass (Nouvelle-Zélande)
Ce navire effectue entre 1829 et 1832 une prestigieuse circumnavigation à vocation diplomatique et scientifique. Pironneau apparaît également dans les projets d'aménagement du vaisseau Ville de Marseille (1832), témoignant de son rôle dans l'organisation intérieure des grands bâtiments de la flotte.

Cachet arrivée au verso 19 juin 1828

Promu ingénieur puis directeur des constructions navales à Toulon, il participe activement à la modernisation de la marine française au moment du passage de la voile à la vapeur. Il est l'auteur des plans de la frégate à vapeur Orénoque de 450 chevaux (1841) et de plusieurs projets d'emménagements pour ce bâtiment innovant. Dans les années 1850, devenu directeur des constructions, il supervise et vise de nombreux plans officiels, comme ceux de la corvette Cornélie (1858) ou le projet de transformation du vaisseau Duperré en hôpital flottant (1859). 

corvette la Favorite 

Ses signatures figurent ainsi sur plusieurs centaines de plans conservés au Service historique de la Défense, illustrant une carrière de plus de quarante ans au service de l'architecture navale française. Il décéde à Toulon le 21 juillet 1869 après avoir accompagné l'évolution de la Marine depuis l'âge de la voile jusqu'aux débuts de la propulsion mécanique.



Cachet arrivée au verso 19 juin 1828
Le timbre à date au type est utilisé à partir du premier janvier 1826 sur les lettres en arrivée et à partir du premier janvier 1828 sur les lettres au départ. 


Il est le premier timbre à date à être utilisé au départ. Auparavant un timbre à date était apposé au verso de la lettre à l'arrivée. Il est également le premier à être utilisé à Paris et en Province (les timbres à date de 1802 et de 1806 n'était utilisé qu'à Paris). 
Ce timbre à date, simple cercle, se caractérise par l'absence du numéro de levé et l'année sur 4 chiffres. Il est facilement identifiable. 
Il existe 3 trois taille différentes : 23 mm, 20 mm et 17 mm. Les timbres à date de 20 mm et de 17 mm n'ont été utilisé qu'à Paris.



La Favorite était commandé par Cyrille Pierre Théodore Laplace (1793-1875). 
Né en mer le 7 novembre 1793, il participe aux grandes campagnes navales de son époque. Promu capitaine de frégate en 1830, il reçoit le commandement de la corvette La Favorite.Iil effectue entre 1830 et 1832 un tour du monde à vocation diplomatique, scientifique et commerciale, parcourant l'océan Indien (Tromelin), l'Asie du Sud-Est, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Chili et le Brésil. 

Lettre de Saint-Brieuc pour Paris 7 frimaire an 8 manufacture armes Versailles novembre 1799 chouannerie révolution Saint-Brieuc

 Les Chouans en Côtes du Nord 

St-Brieux 7 frimaire an 8

Une lettre du 7 frimaire an VIII ( 27 novembre 1799) adressée à un homme de loi à Paris depuis Saint-Brieux.

La situation en Bretagne est alors compliquée.


Le chouannage est affaire de longue durée. 
Réprimé en 1793, il est de nouveau actif en 94 et en 95, il est réveillé par le débarquement anglo-émigré de Quiberon qui échoue à faire la jonction avec le mouvement breton mais diffuse ses rescapés dans toute la péninsule.

En 1799, on en est au troisième temps de la chouannerie. Le pouvoir du Directoire est affaibli. Le moment est venu de lancer des raid-éclairs contre Coutances, Le Mans, Nantes... 

Et, le 5 brumaire de l'an VIII, contre le chef-lieu des Côtes du Nord.



Cachet  21 St BRIEUX 
taxe II décimes cachet arrivée au verso  8I
Dans la nuit du 25 au 26 octobre 1799, environ 400 Chouans attaquent Saint-Brieuc pour libérer des prisonniers royalistes. Ils surprennent la garnison républicaine, prennent l’hôtel de ville, exécutent le procureur Poulain-Corbion et délivrent 247 détenus. Le général Casabianca reste inactif. Les Chouans se retirent au matin avec peu de pertes, remportant une victoire symbolique importante dans le cadre de la Chouannerie.


St Brieuc 7 frimaire an 8

Citoyen

Les nouvelles de paix que vient de transmettre le télégraphe me donnent l’heureux espoir que mes soins vont encore redevenir fructueux à la chose qui m’est confiée. Je pars pour y aller passer quelques jours et prendre mes hauteurs pour tâcher d’y lever un nouveau ménage et réparer les dégâts que j’ai essuyés. Le fort ne s’est pas autant ressenti que je l’ai craint de ma courte absence, parce que le bois ne s’est pas encore fait sentir.

Dessin Boudriot


Je serai obligé de réarmer ceux des gardes qui ont perdu leurs fusils : quant à moi j’en ai perdu cinq et mes pistolets ; et comme il n’est pas possible d’habiter une forest sans armes, je vais emprunter un fusil, jusqu’à ce que vous me trouviez le moment favorable pour m’en faire passer un de la manufacture de Versailles. Je le voudrois à deux coups, peut être bien bronzé pour parer à la rouille, une bayonette dans la crosse, moule à balles, et surtout qu’il porte son



plomb si serré qu’à 60 pas il porte tout son coup dans une feuille de papier ; pour cela il faut que le canon soit foré un peu plus étroit de petit bout que de la culasse. Enfin, Mon cher Citoyen, vous ferez surement de votre mieux et comme pour vous.

Je voudrois aussi une paire de pistolets simples d’environ 16 à 17 pouces de canon, pour porter en poche d’habit ou à la ceinture, qui ayent des batteries qui ne ratent pas ; moyennant ces précautions et un bois domestique qui me servira, je serai en état de repousser aux instans qui me sont confiés.

J’ai écrit aux héritiers Du Cayo qu’ils peuvent venir prendre ici mille écus que j’ai en ordre de leurs compter ; je les laisse, en partant, à ma femme qui me charge de mille sincères complimens pour vous. Je suis encore en état de vous en envoyer autant, lorsque je trouverai une lettre de change, ce qui va devenir bien commun, si les nouvelles de la paix se confirment.

Je n’ai encore payé que 1650. à le compte des 3000 d’impôt de la forêt pour l’an 7 ; on m’a fait espérance des réductions, mais cela n’avance pas.



Il était tenu que la loi des otages fut reportée ; le pauvre Thomas père fut arrêté, mais personne n’ayant voulu donner dénonciation soit de la conspiration, il fut remis en liberté.

Salut, Respect et sincère amitié
Thierry

Arquebusier ordinaire du roi à partir de 1788,
Nicolas-Noël Boutet est nommé
directeur-artiste de la Manufacture de carabines
de Versailles en 1792. 

Pistolet de luxe à silex de la Manufacture de Versailles, canon en acier damas à ruban, piqueté et grisé, octogonal, légèrement tromblonné à la bouche, le tonnerre damasquiné d'or porte quatre poinçons de Boutet non lisibles (“B C” dans un carré, sur chaque pan incliné, “N B” dans un rectangle et “N B” dans un octogone sur le pan supérieur), il est damasquiné d'or et orné sur chaque pan d'un navire voguant sur les flots, le reste du canon est orné d'un semis d'étoiles d'or, calibre 15 mm rayé cheveux ; platine à corps plat ouvragée à l'arrière et signée dans un losange : “Boutet Directeur

04 juin 2026

L’aviso Altaïr : de la Grande Guerre aux mers d’Extrême-Orient Flower Trolley de Prévaux

L’aviso Altaïr : de la Grande Guerre aux mers d’Extrême-Orient

Timbre à date TIENTSIN – 11 JANV. 1929 (
lecture probable mais non totalement certaine)


L’aviso Altaïr appartient à une série de huit avisos de type Flower commandés par la Marine française aux chantiers britanniques pendant la Première Guerre mondiale. Construit chez Hamilton & Co à Glasgow, il est mis sur cale le 28 février 1916, lancé le 6 juillet suivant et admis au service actif le 14 septembre 1916. Déplaçant 1 470 tonnes, long de 84 mètres et capable d'atteindre 17,5 nœuds, il est considéré comme un excellent bâtiment de patrouille et d'escorte.

Dès son entrée en service, l'Altaïr est affecté aux patrouilles de Méditerranée occidentale. Pendant la Grande Guerre, il opère principalement sur les côtes de Provence et de Tunisie, où il participe à la lutte contre la menace sous-marine allemande. En 1918, il est intégré à la 8e escadrille de contre-torpilleurs de l'Armée navale aux côtés des avisos Antarès, Aldébaran, Bellatrix et Cassiopée.

Après l'armistice, il est envoyé en mer Noire en 1919. Il participe alors à la surveillance des côtes russes et à l'évacuation de réfugiés fuyant les combats de la guerre civile russe autour d'Odessa.



À partir de 1920, l'Altaïr rejoint la Division navale d'Extrême-Orient. Durant près de quinze années, il sillonne les eaux d'Asie, faisant escale à Bassorah, Bouchir, Bangkok, au Japon et sur les côtes chinoises. Sa mission consiste à protéger les intérêts français, les concessions étrangères et les ressortissants établis dans cette région alors marquée par de fréquentes crises politiques.




Son intervention la plus connue se déroule en janvier 1925 à Shanghai. Alors que les armées rivales des seigneurs de la guerre chinois s'affrontent aux portes de la ville, plusieurs milliers de soldats cherchent refuge dans les concessions étrangères. Le consul de France mobilise alors la police de la concession française ainsi qu'une cinquantaine de marins de l'Altaïr et de la canonnière Balny. Les détachements français contrôlent les accès, désarment les militaires chinois et contribuent au maintien de l'ordre. Plus de 6 000 soldats sont ainsi internés dans les concessions, évitant que les combats ne s'étendent aux quartiers étrangers.

rue de Shanghai vers 1925

Après plusieurs années de service en Extrême-Orient, l'Altaïr est placé en réserve à Saïgon en novembre 1934. Entre 1936 et 1938, il est encore employé à des missions hydrographiques en Indochine. Rayé des listes de la flotte le 8 mars 1939, il est finalement vendu à la démolition à Saïgon en 1940, mettant fin à près d'un quart de siècle de service sous pavillon français.

L'Ouest-Eclair 9 mai 1925





LE MINISTRE DE LA MARINE RÉCOMPENSE LES GLORIEUX DÉFENSEURS DE LA CONCESSION FRANÇAISE DE CHANGHAI

Paris, 8 mai. — La concession française de Changhaï a été au début de l'année 1925 le théâtre d'événements qui auraient pu avoir de graves conséquences diplomatiques. Le maréchal Tchang Sou Lin venait de remporter une victoire à Nankin et marchait vers Changhaï. Le succès de la tâche d'unification des provinces de Mouken à Changhaï paraissait ainsi assuré, quand le maréchal Tsi Tsie Yuen, ancien gouverneur de Nankin, réfugié dans la concession internationale, attaqua brusquement dans la nuit du 10 au 11 janvier le gouverneur général Tchang Yung Ming, commissaire militaire de Changhaï et ami du maréchal Tchang Sou Lin.



Tsi Tsie Yuen possédait un quartier général constitué dans les faubourgs de la ville et avait dirigé pendant les jours précédents l'armée de Sun, qui était devenue hétéroclite pour s'approcher de la concession française, position avancée au sud-est de la concession internationale. Sur la demande du consul de France, le capitaine de frégate Weverbergh prit la direction de la défense. Il avait à sa disposition une centaine de marins des bâtiments présents, l'Altaïr et le Balny, qu'il fallut débarquer en hâte et environ 400 soldats annamites et volontaires internationaux. Ceux-ci eurent à s'opposer à l'envahissement de la concession par 15 000 hommes. Ils le firent avec succès et eurent, après la journée du 12, désarmé 3 000 prisonniers.

Tchang Sou Lin

le 11, vers midi, les troupes de Tsi Tsie Yuen, parti blanc, prenant l'avantage, commencèrent à refouler les troupes rouges (parti de Tchang Yung Ming), tandis que sur les lisières de l'Arroyo, qui borde la concession française, se massaient déjà les troupes bleues, détachements de la 4e division du Tché-Kiang, qui s'étaient déclarées neutres dans le combat en cours et ne cherchaient qu'à fuir et à piller. Le soir, vers cinq heures, les rouges et les bleus, en pleine débandade, commencèrent à traverser l'Arroyo en jonques, avec armes et bagages, protégés par des tirailleurs qui engagèrent le combat avec les défenseurs de la concession. Ils furent d'ailleurs tous pris et désarmés par les 500 hommes du commandant Weverbergh.

La concession française était sauvée, mais elle n'échappa en somme que de peu au pillage que la cité chinoise subit à côté d'elle. L'allant des troupes, marins, tirailleurs annamites et volontaires internationaux, fut remarquable. Le ministre de la Marine vient, après avoir reçu les rapports des autorités présentes, d'accorder un certain nombre de récompenses, croix de guerre des théâtres d'opérations et témoignages officiels de satisfaction, à ceux qui se sont le plus distingués au cours de cette opération.



Les distinctions accordées sont les suivantes :

Citations à l'ordre de l'armée
Capitaine de frégate Weverbergh, commandant l'Altaïr et les troupes de la défense ;
Capitaine d'artillerie de réserve Fiori, commandant la garde municipale de Changhaï ;
Matelot chauffeur Péron, de l'Altaïr, qui, dans un engagement au cours duquel il mit en fuite neuf pillards qui l'avaient attaqué.
Citations à l'ordre de la brigade
Quartier-maître mécanicien Larrégain, du Balny ;
Matelot de 1re classe Clot, de l'Altaïr.
Témoignages officiels de satisfaction
Enseigne de vaisseau Bosvieux ;
Enseigne de vaisseau Baudouin ;
Second-maître canonnier Ghio ;
2e maître canonnier Kermagoret ;
2e maître timonier Madec ;
2e maître armurier Catherine.

— TROLLEY de PRÉVAUX Jacques Marie Charles, capitaine de frégate, du port de Toulon. 
Nommé à ce commandement par un décret du 19 mars 1931 (J.O. 20 mars 1931, p. 3.140). Commandement pris à Shanghai (Chine). Forces navales de l’Extrême-Orient.

03 juin 2026

Toulon - CUVERVILLE ou le génie de la Navigation statue fesses Louis-Joseph Daumas

CUVERVILLE ou le génie de la Navigation 

Le conseil d'administration de la Marcophilie naval s'est tenu à Toulon le 21 mai 2026 mais nous reviendrons sur cette réunion. Notre propos est aujourd'hui de parler de celui qui d'un index vengeur désigne le large... 

À Toulon, il existe une étrange boussole monumentale. Elle ne donne pas seulement le nord. Elle indique surtout le large… tout en tournant un postérieur magistral à la ville. Un exploit d’équilibriste urbain que seul le fameux Génie de la Navigation pouvait accomplir avec autant de panache.

Planté sur le quai Cronstadt depuis la fin du XIXᵉ siècle, le colosse regarde la Méditerranée comme un capitaine qui aurait déjà vu trois tempêtes, deux mutineries et un déjeuner raté à bord. Le bras tendu vers l’horizon, l’index impérieux, il semble dire :



« Là-bas, matelots ! L’aventure ! Les océans ! Les escales exotiques ! »

Mais derrière lui, les Toulonnais contemplent surtout… ses fesses. Et quelles fesses.

Rondes, massives, sculptées avec une conviction quasi patriotique. Les habitants, jamais avares d’un surnom bien senti, baptisèrent rapidement la statue : 

"Cul-vers-ville" 

qui devint « Cuverville ». Certains prétendent que c’était une petite pique adressée à un amiral du même nom. À Toulon, l’humour local aime autant les marins que les taquiner.



Le Génie, œuvre du sculpteur Louis-Joseph Daumas, fut inauguré en 1847. Daumas n’était pas un artiste de salon peignant des bouquets en soupirant devant des rideaux en velours. Non. C’était un sculpteur officiel, né à Toulon en 1801, connu pour ses statues monumentales et son goût des héros virils, des chevaux cabrés et des personnages qui regardent loin avec gravité. On lui doit notamment plusieurs œuvres militaires et impériales. Avec le Génie de la Navigation, il offrit à sa ville natale une sorte de demi-dieu marin, robuste et théâtral, comme si Neptune avait décidé d’entrer dans la Royale.


Et robuste, il l’est.

La statue mesure environ 5 mètres de haut, sans compter son socle, et pèse plusieurs tonnes de bronze. Une véritable enclume patriotique tournée vers le large, campée comme un vieux quartier-maître refusant de quitter son quart malgré le mistral. À le voir ainsi, muscles tendus et draperies battues par un vent imaginaire, on pourrait croire qu’il est prêt à embarquer à la seconde même.


Les marins, eux, entretenaient avec le Génie une relation toute particulière. Dans la Marine, les anciens adorent chambrer les jeunes recrues avec une créativité parfois douteuse mais toujours appliquée. Ainsi, lorsqu’on partait vers Saint-Mandrier, certains vieux loups de mer montraient l’autre côté de la rade aux apprentis en lançant :

« Allez-y… moi j’en viens. »

Le geste était souvent accompagné d’une mimique éloquente indiquant que la vie militaire n’avait pas uniquement le goût des embruns et des médailles.

Puis vint 1944.



Toulon subit la guerre, les bombardements, les blessures de la Libération. Le Génie ne fut pas épargné. Il conserva héroïquement son arrière-train légendaire, mais perdit ses bras dans la tourmente. Comme un vieux marin amputé revenant de Trafalgar, il continua pourtant de tenir debout. On raconte qu’il fut déplacé pendant les travaux et les reconstructions avant de retrouver sa place sur le quai Cronstadt, fidèle au poste, fidèle au large… et fidèle à sa manière très personnelle d’ignorer la ville.


Aujourd’hui encore, les touristes lèvent les yeux vers son profil noble tandis que les Toulonnais, eux, gardent un sourire en coin. Car le Génie de la Navigation est peut-être le seul monument de France capable d’incarner à la fois l’héroïsme maritime, la grandeur sculpturale… et une gigantesque plaisanterie locale en bronze massif.







Depuis près de deux siècles, 



il montre la route aux marins...


Et ses fesses au reste du monde.


02 juin 2026

L’École spéciale de marine de Toulon sous le Premier Empire (1810-1814) 400 ans de la Marine

L’École spéciale de marine de Toulon sous le Premier Empire (1810-1814)

Firmin Didot

Une lettre de Toulon (78) adressée à l'imprimeur parisien Firmin Didot va nous amener à parler de la formation des officiers de Marine dans l'Empire après les déboires maritimes de la flotte impériale.








Firmin Didot prend, en 1789, la direction de la fonderie paternelle, à laquelle il apporte de très grandes améliorations. Il est chargé par l'Assemblée Nationale de la fabrication des assignats, dont il s'ingénie à rendre difficile la contrefaçon; en 1795, il imprime la table de logarithmes de Callet, grâce à un nouveau procédé de stéréotypie, puis il s'attaque au difficile problème de l'impression des cartes géographiques en plusieurs couleurs. 



lettre adressée à M. Firmin Didot imprimeur à Paris
et éditeur notamment de tables de logarithmes
chiffre taxe 11 sols
Rien d'étonnant alors que l'école de la Marine s'adresse à lui.

Le recto porte la marque linéaire 78 Toulon et est taxée à 11 décimes.

Cachet rouge 29 janvier 1813 -
Cachet Ecole spéciale de la Marine
Au verso la lettre porte le cachet rond rouge double cercle  avecla date du 29 janvier 1813 et le cachet  de l’École spéciale de marine de Toulon. Le cachet porte la lettre N dans un cercle au milieu de l'aigle impérial posé sur les pattes d'une ancre.


 Ce courrier est certainement une commande au libraire elle constitue un témoignage rare de l’effort entrepris par Napoléon Ier pour reconstruire la Marine impériale après les désastres d’Aboukir (1798), de Trafalgar (1805) et de l’île d’Aix (1809). 

Ces défaites privent la France d’une partie de ses navires, mais surtout d’un grand nombre d’officiers expérimentés. Conscient de cette faiblesse, l’Empereur signe le 27 septembre 1810 un décret créant deux Écoles spéciales de marine, l’une à Brest sur le Tourville, l’autre à Toulon sur le Duquesne




Leur mission est de former une nouvelle génération d’officiers capables de rivaliser avec la Royal Navy.

Installées à bord de vaisseaux-écoles, les élèves vivent toute l’année dans un cadre militaire organisés en brigades et en escouades, ils apprennent très tôt à commander, à rendre compte et à respecter la hiérarchie. L’objectif est de créer un véritable esprit de corps, alors que les officiers français proviennent d’horizons très différents et manquent souvent d’unité.

Le cursus associe enseignement théorique et formation pratique. Les élèves étudient les mathématiques, la géométrie, la trigonométrie, l’astronomie nautique et l’hydrographie. Ils apprennent à utiliser les instruments indispensables à la navigation : sextant, compas, chronomètre marin, horizons artificiels et lunettes astronomiques. Le dessin technique et la cartographie complètent leur formation scientifique.

L’instruction pratique est tout aussi importante. Les futurs officiers s’exercent à la manœuvre des voiles, au gréement, au matelotage, à l’artillerie navale et aux tactiques de combat en escadre. Ils effectuent des sorties d’instruction à bord de corvettes spécialement affectées à l’école afin de mettre en application les connaissances acquises.

Cependant, ces établissements naissent dans un contexte de guerre et de pénurie. Les vaisseaux-écoles eux-mêmes sont d’anciens bâtiments en fin de carrière recyclés pour l’instruction. Les instruments scientifiques, les livres et même l’huile nécessaire à l’éclairage des salles d’étude arrivent difficilement. Les professeurs et les commandants doivent souvent lutter contre les contraintes matérielles imposées par le blocus britannique et les besoins prioritaires de la flotte active.

L’encadrement est composé d’officiers expérimentés, souvent blessés au combat ou devenus inaptes au service en mer. Ces vétérans transmettent aux élèves leur expérience de la guerre navale et incarnent les sacrifices consentis pour la défense du pavillon français.

Malgré leurs moyens limités, les Écoles spéciales de marine constituent une étape importante dans l’histoire de l’enseignement naval français. Elles marquent la volonté de Napoléon de former des officiers à la fois savants, marins et militaires. 

Les officiers qui encadrent l’École spéciale de marine de Toulon appartiennent à une génération de marins dont la plupart ont déjà effectué l’essentiel de leur service actif. Par décret du 4 janvier 1811, l’école reçoit un état-major militaire conforme aux dispositions du décret du 27 septembre 1810. 

Le commandement est d’abord confié au capitaine Motard, assisté du capitaine de frégate Fourré. Les lieutenants de vaisseau sont MM. Vuisson, Venel, Albert et Pellé-Bridoire, tandis que les enseignes sont MM. Fréminville, Battendier, Montfort et Maud’huy.



Toutefois, un changement intervient avant l’ouverture de l’établissement : le capitaine de vaisseau Péridier est finalement nommé à la tête de l’École. Cette désignation éclaire la situation du corps enseignant. Dans une lettre adressée au ministre, le préfet maritime de Toulon souligne que Péridier, officier estimé pour ses talents, son zèle et son dévouement, ne peut plus prétendre à un service embarqué actif en raison des blessures reçues lors de la bataille de Lissa. Son affectation à l’école apparaît ainsi comme une récompense honorifique accordée à un officier valeureux dont l’expérience doit désormais profiter à la formation des futurs officiers de marine. 

Cette nomination illustre parfaitement l’esprit des Écoles spéciales de marine : transmettre aux élèves les connaissances et l’expérience acquises par des officiers vétérans que les blessures ou l’âge éloignent progressivement du service en mer.



Les difficultés matérielles de l’École illustrent parfaitement les contraintes de l’économie de guerre napoléonienne. Installée à bord du Duquesne, ancien vaisseau déjà dépassé pour le service actif, l’école manque de presque tout : bibliothèque, ouvrages scientifiques, sextants, chronomètres, lunettes astronomiques et autres instruments indispensables à l’enseignement de la navigation. Les études du soir sont perturbées par l’absence de lampes puis par les pénuries d’huile qui touchent l’arsenal de Toulon. 

Le commandement doit également lutter pour obtenir des vivres de qualité et des moyens d’instruction adaptés. Cette situation montre que les besoins immédiats de la flotte de guerre priment constamment sur ceux de la formation des futurs officiers. Dans ce contexte, toute demande adressée à l’administration revêt une importance particulière. 


Les vaisseaux-Ecoles de Brest et de Toulon

Afin de redonner du prestige à une marine durement éprouvée par les défaites et le blocus britannique, Napoléon choisit de placer les deux Écoles spéciales de marine sous les noms prestigieux de deux des plus grands amiraux du règne de Louis XIV : 


Anne Hilarion de Tourville
pour Brest et Abraham Duquesne pour Toulon. Ce choix symbolique entendait rappeler l'âge d'or de la marine française, même si la réalité matérielle était bien différente.

Le vaisseau-école de Brest, le Tourville, était un ancien navire espagnol de 74 canons, le San Genaro, cédé à la France en 1801. Rebaptisé successivement Ulysse puis Tourville en 1811, ce bâtiment lancé en 1765 était déjà âgé de près d'un demi-siècle lorsqu'il reçut sa mission pédagogique. Trop ancien pour reprendre la mer dans des opérations militaires, il servit néanmoins à la formation des futurs officiers jusqu'à la fin de l'Empire avant d'être transformé en ponton et démoli quelques années plus tard.

L'ex bateau russe Moskva devenu Duquesne,
devant la tour Royale 
Toulon.
peinture par André Moretti, 1812

À Toulon, le choix se porta sur un bâtiment tout aussi ancien mais dont l'histoire était plus singulière encore. Le futur Duquesne était à l'origine un vaisseau russe de 74 canons lancé en 1799 sous le nom de Moskva (Moscou). Capturé en Méditerranée, il entra au service de la marine française avec un autre bâtiment russe, le Saint-Pierre. Les experts chargés d'examiner ces prises dressèrent un constat sévère : leur conception était déjà dépassée et leur remise en état aurait nécessité des dépenses presque équivalentes à celles d'une construction neuve.


Inapte au service actif mais encore utilisable comme bâtiment stationnaire, le Moskva fut rebaptisé Duquesne en 1811 pour accueillir l'École spéciale de marine de Toulon. Les élèves y vivaient toute l'année, inscrits sur les rôles d'équipage et soumis à la discipline militaire comme de véritables marins. Toutefois, le navire n'était plus destiné à naviguer au combat ; il servait essentiellement de caserne flottante, de salle de cours et de lieu d'instruction.



La formation pratique nécessitait donc d'autres bâtiments. Le préfet maritime de Toulon, le contre-amiral Lhermitte, autorisa le commandant de l'école à disposer d'une corvette spécialement affectée aux exercices. Son choix se porta sur une modeste gabarre, l'Écurie, rebaptisée l'Émulation, armée de seulement six canons. C'est à bord de ce navire que les élèves apprenaient le matelotage, la manœuvre des voiles, les exercices d'artillerie et la conduite d'un bâtiment à la mer.

Le destin du Duquesne illustre parfaitement les difficultés de la Marine impériale. Né d'une prise de guerre, transformé en école faute de pouvoir servir dans les escadres, il symbolise cette marine qui, privée de moyens et enfermée dans ses ports par le blocus britannique, tente néanmoins de préparer l'avenir. C'est à son bord que furent formés les futurs officiers appelés à reconstruire la marine française après les guerres napoléoniennes. Après la chute de l'Empire, le bâtiment poursuivit quelque temps sa carrière comme ponton-école avant d'être utilisé comme ponton-bagne puis finalement démantelé vers 1830.

sources:

Condette, Jean-François, éditeur. Les Écoles dans la guerre. Presses universitaires du Septentrion, 2014, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.7175.

01 juin 2026

Corvette Gants Blancs Gdynia Pologne golfe de Gdansk Ménagerie Jaguard Lynx Leopard Tigre Chacal 22 mai 2026

Corvette Gants Blancs Gdynia Pologne golfe de Gdansk

 présence de cinq unités de la Ménagerie à Gdynia en mai 2026 constitue un événement assez remarquable, car il est rare de voir autant de bâtiments-école français regroupés dans un même port étranger. La presse polonaise y a vu un symbole visible du rapprochement stratégique entre la France, la Pologne et les pays de la Baltique.

Pour Gdynia suivez la flèche  © JM Bergougniou
Situé sur la côte sud de la Baltique le port de Gdynia est l’un des plus importants ports de commerce de la mer Baltique. Son histoire est intimement liée à la renaissance de l’État polonais après la Première Guerre mondiale. En 1918, la Pologne retrouve son indépendance mais ne dispose pas d’un grand port maritime sous son contrôle, la ville libre de Dantzig (Gdańsk) étant placée sous un statut international.



Pour remédier à cette situation stratégique, le gouvernement polonais décide en 1920 de construire un nouveau port à Gdynia, alors simple village de pêcheurs. Les travaux débutent en 1921 sous la direction de l’ingénieur et homme politique Eugeniusz Kwiatkowski. En quelques années, d’immenses bassins, quais et infrastructures ferroviaires sont aménagés.

Durant les années 1930, Gdynia connaît un développement spectaculaire et devient le principal débouché maritime de la Pologne pour l’exportation du charbon de Haute-Silésie. La ville passe de quelques milliers à plus de cent mille habitants. Des chantiers navals modernes y sont également implantés, participant à la construction de navires marchands et militaires.

Port de Gdynia ORP BLYSKAWICA © JM Bergougniou

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le port est occupé par l'Allemagne nazie et subit d'importants dommages. Reconstruit après 1945, il devient l'un des principaux ports de la Baltique orientale et un centre majeur de l'industrie navale polonaise. Les chantiers de Gdynia construisent alors de nombreux cargos, pétroliers et navires spécialisés exportés dans le monde entier.




Aujourd'hui, le port de Gdynia constitue avec les ports de Gdańsk et de Szczecin l'un des piliers du commerce maritime polonais. Il traite des millions de tonnes de marchandises chaque année et accueille également des navires militaires de l'OTAN, confirmant son importance économique et stratégique en mer Baltique.

La presse polonaise parle de la « Ménagerie »

Le média maritime polonais Trojmiasto.pl a publié le 22 mai 2026 un article intitulé « Drapieżniki w Porcie Gdynia » (« Les Prédateurs au port de Gdynia »), indiquant que cinq bâtiments-école français étaient présents simultanément dans le port. 

La journaliste précise que la visite avait un caractère logistique et d'instruction, pour le ravitaillement et la poursuite d'une croisière-école, et qu'elle n'était pas liée à l'exercice OTAN BALTOPS 2026.

Nie jeden, nie dwa, a aż pięć francuskich okrętów odwiedziło Port Gdynia. Wizyta ma charakter roboczy, a jej celem jest uzupełnienie zapasów.

Lion, Leopard, Jaguar, Chacal i Tigre, czyli drużyna "drapieżników" zawitała do Portu Gdynia. Nie są to jednak okręty bojowe. Jednostki te tworzą zespół okrętów szkolnych, należący do francuskiej marynarki wojennej (Marine Nationale). Są to okręty szkoleniowe typu Léopard, które służą do nauki nawigacji i praktyk morskich dla przyszłych oficerów. Wszystkie zbudowano na początku lat 80.



Le reportage polonais nous parle du Lion qui n'est pas cité sur le cachet de la mission et ne parle pas du Lynx qui semble être absent. A vérifier.

Parmi les navires historiques associés au port de Gdynia, plusieurs occupent une place particulière dans l'histoire maritime polonaise.

Dar Pomorza

Port de Gdynia Dar Pomorza © JM Bergougniou

Le plus célèbre est sans doute le Dar Pomorza, magnifique trois-mâts carré construit en 1909 en Allemagne. Acquis par la Pologne en 1929, il devient navire-école de la marine marchande polonaise. Pendant plus d'un demi-siècle, il forme des milliers de marins et effectue des voyages sur toutes les mers du globe. Retiré du service en 1982, il est aujourd'hui conservé comme navire-musée sur le quai de Gdynia.

ORP Błyskawica

Port de Gdynia ORP BLYSKAWICA © JM Bergougniou


Autre symbole du port : le destroyer ORP Błyskawica, lancé en 1936. Il participe à toute la Seconde Guerre mondiale aux côtés de la Royal Navy. Il est notamment connu pour avoir défendu la ville anglaise de Cowes lors d'un bombardement allemand en 1942. Depuis 1976, il est amarré à Gdynia comme navire-musée et constitue le plus ancien destroyer conservé au monde.


Port de Gdynia ORP BLYSKAWICA © JM Bergougniou


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Marseille Toulon  Adolphe Pironneau corvette La Favorite Une enveloppe de Marseille pour Toulon du 18 juin 1828 va nous permettre d'évoq...