Louis Mizon, un marin explorateur à Mayotte
La sortie prochaine d'un timbre sur la résidence du gouverneur à Mayotte me fait souvenir de la tombe d'un marin rencontrée au vieux cimetière chrétien de Pamanzi. Je vous propose d'en reparler.
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| La tombe de Mizon au cimetière de Pamanzi © JM Bergougniou |
A Mayotte, dans le vieux cimetière chrétien de Petite-Terre, également appelé cimetière de Pamanzi ou de Sandravouangué créé en 1843. je suis tombé sur cette plaque dédiée à Louis Mizon (1853-1899). Elle rappelle le parcours peu ordinaire d’un officier de marine devenu explorateur de l’Afrique.
Louis Mizon, un marin explorateur au destin tragique
Au cimetière de Petite-Terre, à Mayotte, parmi les tombes et les croix de fer, une plaque attire le regard. Quelques mots gravés dans le métal : « Officier de Marine, Explorateur de l’Afrique, Gouverneur de Mayotte ». Le nom de Louis Mizon est là, discret, mais derrière lui se cache une vie riche en aventures et une fin tragique.
Né à Paris le 16 juillet 1853, Louis Alexandre Antoine Mizon choisit très jeune la Marine. Mais c’est vers l’Afrique que son goût de l’aventure va bientôt le conduire.
En 1890, il se lance dans une grande expédition. Il remonte le Niger et la Bénoué, atteint Yola et explore l’Adamaoua.
Les voyages sont difficiles, les obstacles nombreux. Sur place, il doit aussi affronter la méfiance et les manœuvres de la Royal Niger Company britannique, qui défend ses propres intérêts commerciaux. L’affaire prend une dimension politique et provoque des tensions entre la France et l’Angleterre.
Mizon ne se laisse pourtant pas décourager. Il cherche à nouer des relations avec les chefs locaux et à développer la présence française dans la région. Ses explorations lui valent une certaine célébrité et la Légion d’honneur en 1892.
Après les pistes africaines vient le temps de l’administration. En 1896, il est nommé résident français à Majunga, à Madagascar, puis administrateur de Mayotte en 1897. Une nouvelle étape commence, loin des grandes expéditions, mais toujours au service de la France.
Il n'arrivera jamais à Djibouti
En mars 1899, une nouvelle nomination l’attend : il doit rejoindre Djibouti, à la tête de la Côte française des Somalis. Pourtant, il ne prendra jamais ses fonctions.
Les journaux annoncent d’abord sa mort en évoquant une mystérieuse « fièvre chaude ». Puis les courriers arrivés de Mayotte révèlent la vérité. Le 22 mars 1899, vers neuf heures du soir, une détonation retentit près du bâtiment du gouvernement. Dans sa chambre, Louis Mizon est retrouvé mort, atteint d’une balle tirée avec un fusil Winchester transformé.
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| La résidence du gouverneur Mayotte Dzaoudzi © JM Bergougniou |
Que s’est-il passé ? Une correspondance de presse évoque la visite d’un inspecteur des finances peu avant le drame. Mais les documents disponibles ne permettent pas d’établir un lien certain. Les raisons de son geste restent donc incertaines.
À quarante-cinq ans, l’explorateur disparaît ainsi à Mayotte, au moment même où une nouvelle mission s’ouvrait devant lui.
Aujourd’hui, sa plaque au cimetière de Petite-Terre nous invite à remonter le fil de cette existence singulière.
Derrière le nom gravé, on retrouve un marin parti explorer des territoires inconnus, un homme pris dans les rivalités coloniales de son époque et un destin brutalement interrompu.
Il suffit parfois d’une vieille plaque pour qu’une histoire oubliée reprenne vie.
« Le lieutenant de vaisseau Mizon meurt à quarante-cinq ans sur cette terre d’Afrique qu’il aimait tant, au moment où, se reposant de ses admirables explorations, il venait d’être nommé gouverneur de la côte française des Somalis. Il était né à Paris le 16 juillet 1853 et avait pris du service à seize ans. Aspirant de marine le 9 décembre 1872, enseigne de vaisseau le 27 avril 1875, lieutenant de vaisseau le 10 juillet 1882, il était officier de la Légion d’honneur depuis le 22 juin 1892. Après la conquête de Madagascar, il avait été nommé, en 1896, résident de France à Majunga, puis administrateur de Mayotte, d’où il était passé, il y a un mois, au gouvernement de Djibouti, en remplacement de M. Lagarde.
Ce Parisien de Paris, né place des Vosges, avait l’amour du continent noir. Il accomplit, au sortir du Borda, ses premiers embarquements sur les croiseurs des côtes africaines. Il explora une première fois le Congo, puis entreprit un long et périlleux voyage au centre de l’Afrique. Puis, en 1890, il s’aperçut que l’on était en train de nous couper la route du Tchad ; il quitta alors la marine et traversa le delta du Niger.
On se souvient qu’à cette époque le lieutenant Mizon fut arrêté par l’ordre de la Royal Niger Cy, et interné à Akassa, alors qu’il voulait pénétrer dans le Bornou et l’Adamaoua. Ce jour-là notre compatriote fut victime d’un acte arbitraire, indigne, qui était une violation monstrueuse de l’acte de Berlin. Relâché sur l’ordre du gouvernement anglais, il continuait crânement sa marche en avant, remontait la Bénoué et pénétrait dans l’Adamaoua, où il fut fort bien reçu par le sultan du pays. »



« D’autre part, une autre correspondance nous annonce que c’est après la visite d’un inspecteur des finances, envoyé par le ministère des colonies, que M. Mizon s’est suicidé.
Louis Mizon était âgé de 48 ans. Enseigne de vaisseau en 1875, il fut, dès cette époque, un des auxiliaires les plus précieux de M. de Brazza.
Lieutenant de vaisseau sept ans après, il partit en octobre 1890 pour son grand voyage d’exploration. Il traversa le delta du Niger, explora ce fleuve et le Congo, remonta la Bénoué et pénétra dans l’Adamaoua qu’il put visiter en dépit des difficultés et des périls que lui créaient à tout instant les agents de la Royal Niger et Cie. Ses démêlés donnèrent lieu à de vives contestations entre la France et l’Angleterre. Grâce à son énergie, il triompha cependant et parvint à entrer dans Yola, où il signa avec le sultan un traité d’amitié et de commerce. Il rentra en France par Porto-Novo, et pour récompense fut nommé officier de la Légion d’honneur.
En 1895, le lieutenant de vaisseau Mizon fut envoyé à Majunga comme résident de 1re classe. Deux ans plus tard, il était transféré comme gouverneur à Mayotte. »
Sources
BnF Gallica
https://parcoursdeviesdanslaroyale.fr/officiers_mizon_louis.htm
L'Eclair / 29 mars 1899
La Dépêche / 16 avril 1899






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