Guérigny 400 ans de la Marine
forges royales
Les forges royales de Guérigny, dans la Nièvre, furent créées au XVIIIᵉ siècle pour fournir la Marine royale française en ancres, chaînes et pièces métalliques indispensables aux navires de guerre.
À première vue, leur implantation loin des côtes paraît étrange, presque comme un arsenal perdu au milieu des forêts du Nivernais.
Mais ce choix répondait à une logique industrielle très précise.
La région possédait alors trois richesses essentielles : le minerai de fer, le bois et l’eau.
Le bois des vastes forêts alimentait les hauts fourneaux en charbon de bois, véritable carburant des forges avant l’arrivée du coke.
Les rivières actionnaient soufflets et marteaux hydrauliques avec une énergie continue et gratuite.
Le minerai extrait localement limitait aussi les coûts de transport.
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| Guérigny les forges d'après photo B.N. Chagny |
La monarchie cherchait surtout à éloigner les productions stratégiques des attaques maritimes anglaises. Installer les forges à l’intérieur des terres protégeait cette industrie militaire des bombardements et des raids côtiers.
Guérigny devenait ainsi une forteresse industrielle discrète, cachée derrière les collines et les forêts.
Les ancres produites y étaient gigantesques pour l’époque.
Certaines équipaient les plus grands vaisseaux de la flotte française, dont ceux de Brest, Rochefort ou Toulon.
Les pièces forgées rejoignaient ensuite les arsenaux grâce au réseau fluvial de la Loire puis par route.
Le canal latéral à la Loire améliora encore ces transports au XIXᵉ siècle.
Les forges devinrent progressivement un établissement majeur de la Marine nationale.
Des ouvriers hautement spécialisés y développaient un savoir-faire réputé dans toute l’Europe.
Le site fonctionnait presque comme une petite cité industrielle organisée autour des besoins militaires.
On y trouvait ateliers, logements, écoles et bâtiments administratifs.
Au XIXᵉ siècle, Guérigny participa à la modernisation de la flotte française à vapeur et cuirassée.
Même éloignées de l’océan, les forges restaient reliées au monde maritime par le fer, la technique et la puissance navale.
De l'Ancre
La fabrication d’une ancre de marine ancienne était une opération spectaculaire, mélange de force brute, de précision et de feu continu. Dans les forges royales comme celles de Guérigny, chaque ancre ressemblait à une sculpture métallique née d’un volcan domestiqué.
On commençait par préparer le fer dans les hauts fourneaux. Le minerai était fondu grâce au charbon de bois, puis transformé en barres ou en masses de métal appelées lopins.
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| Pierre Badaud de La Chaussade (peintre inconnu) |
La tige principale, appelée verge, était forgée la première.
On chauffait le métal jusqu’au rouge-blanc dans d’immenses foyers. Les forgerons manipulaient ensuite la pièce avec des pinces géantes pendant que les marteaux hydrauliques frappaient le fer incandescent comme des battements de tonnerre réguliers.
Les bras de l’ancre étaient fabriqués séparément puis soudés à chaud à la verge.
Cette soudure au feu était l’étape la plus délicate : les pièces chauffées presque à fusion étaient martelées ensemble pour ne former qu’un seul bloc.
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| Guérigny entrée de l'usine © JM Bergougniou |
Une mauvaise soudure pouvait condamner l’ancre entière.
On ajoutait ensuite les pattes et les becs destinés à s’accrocher au fond marin. Chaque angle devait être précis afin que l’ancre “morde” correctement dans le sable ou la vase.
Le jas, autrefois en bois puis parfois en fer, était fixé transversalement en haut de l’ancre. Il servait à faire basculer l’ensemble pour qu’un bras plonge dans le fond marin.
Après forgeage venait l’épreuve. Les ancres étaient testées par traction et par chocs.
La Marine royale puis nationale imposait des contrôles très sévères : une ancre défectueuse pouvait entraîner la perte d’un navire entier.
Les plus grosses ancres des vaisseaux de ligne pesaient plusieurs tonnes. Leur transport jusqu’aux arsenaux était déjà une aventure : chars renforcés, convois de chevaux, routes consolidées, puis acheminement par rivière vers Rochefort, Brest ou Toulon. Dans les ateliers, le vacarme devait être immense : souffle des fours, grincement des chaînes, choc des martinets, pluie d’étincelles.
Sources
BNF Gallica
La Marine à voile Baudouin Editeur
https://museeforgesetmarines.fr/










Merci Jean-Michel, tes articles sont non seulement des plus intéressants mais qui plus est, superbement illustrés.
RépondreSupprimerNe m'oublie pas, je compte sur toi pour agrémenter notre bulletin. Amitiés, Paul