16 septembre 2026

« Quand le pays de Rennes tissait les voiles des navires » H Porteu - de lin et de chanvre

« Quand le pays de Rennes tissait les voiles des navires » 


Du XVIᵉ au XIXᵉ siècle, les campagnes situées à l’est et au sud-est de Rennes furent le siège d’une importante industrie textile spécialisée dans la fabrication des noyales, solides toiles de chanvre utilisées notamment pour confectionner les voiles des navires. Leur nom vient de Noyal-sur-Vilaine, l’un des principaux centres de cette production, qui s’étendait également vers Châteaugiron, Piré, Amanlis, Janzé, La Guerche et le pays de Vitré.


Il ne s’agissait pas, à l’origine, d’une industrie concentrée dans de grandes manufactures. 



La production était essentiellement rurale et familiale. Dans les fermes, on cultivait le chanvre, puis les tiges étaient rouies, séchées, broyées et peignées afin d’en dégager les longues fibres. Celles-ci étaient filées avant de passer entre les mains des tisserands. Le métier à tisser pouvait être installé directement dans la maison, dans une pièce annexe et parfois même dans une étable. Une multitude de paysans, fileuses et tisserands participait ainsi à une véritable manufacture dispersée dans les campagnes.



La qualité recherchée était avant tout la résistance. Les noyales devaient supporter les efforts considérables exercés sur les voiles par le vent, les embruns et les longues navigations. Leur réputation dépassa rapidement le pays rennais et ces toiles furent employées par la marine de commerce comme par la Marine royale.



Rennes jouait un rôle différent mais essentiel. La ville n'était pas le principal lieu où se trouvaient les métiers à tisser : elle constituait surtout le grand centre commercial, administratif et réglementaire de cette industrie rurale. Les marchands y centralisaient les productions venues des campagnes, tandis que la fabrication et la qualité des toiles étaient soumises à des règlements précis. Un règlement concernant la manufacture rennaise est notamment promulgué en 1745.


L'ancienneté de cette activité est remarquable. Un mémoire rédigé en 1751 sur les fabriques bretonnes de toiles à voile présente celle des environs de Rennes comme la plus ancienne et la plus importante de Bretagne, devant celle de Locronan. Il mentionne même une réglementation remontant à 1512, époque où ces toiles étaient encore désignées sous le nom de « canevas », avant que l'appellation « noyales » ne s'impose.



Au XIXᵉ siècle, cette organisation traditionnelle commence néanmoins à évoluer. À Châteaugiron, la manufacture Desbouillons, installée en 1824 dans l'ancien prieuré Sainte-Croix, rassemble 76 métiers à tisser et produit plus d'un millier de pièces de toile par an pour la Marine royale et la marine marchande. Rennes se dote de son côté d'une Halle aux Toiles, fils et filasses, décidée par la municipalité en 1818 et établie place du Pré-Botté, près de la Vilaine.




Pendant plusieurs siècles, il exista donc autour de Rennes une véritable économie de la voile : le chanvre poussait dans les campagnes, les familles le transformaient et le filaient, les tisserands fabriquaient les noyales, les marchands les rassemblaient et les négociaient, puis ces longues pièces de toile rejoignaient les ports et les arsenaux où elles devenaient les voiles des navires. Derrière une voile déployée sur l'Atlantique se cachait ainsi tout le travail des campagnes du pays rennais.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

biscuit de mer et pain de munition Toulon et sa boulangerie

biscuit de mer et pain de munition Je reviens sur un article précédent qui parlait des approvisionnements à Toulon et de la cherté des prod...