Aviso à roues "GASSENDI"
"Le banc de Terre-Neuve n’est en aucune façon une étendue de sable plus ou moins couverte d’eau. C’est la pleine mer, et les navires flottent sans crainte au-dessus et le traversent dans tous les sens. On y trouve trente, quarante, quatre-vingts brasses et davantage. Mais autour de ces profondeurs qui restent toujours à peu près les mêmes dans une étendue de cent lieues, la sonde n’obtient plus de fond. On a conclu avec raison, ce semble, que les bancs étaient de vastes plateaux sous-marins entourés de plaines encore plus déprimées." Arthur de Gobineau
Construction, missions et présence aux pêcheries de Terre-Neuve
Construit à Brest en 1842, l’aviso à roues Gassendi illustre une phase décisive de l’évolution navale française, à la charnière entre la propulsion traditionnelle à voile et l’adoption progressive de la vapeur. Appartenant à la génération des navires de type Véloce — désignation générique pour les bâtiments rapides à roue latérale — il est conçu pour exécuter des missions de liaison, d’escorte côtière et de présence navale plutôt que le combat de ligne, grâce à une machine à vapeur de puissance modérée et une voilure auxiliaire.
Fiche technique
Type : aviso à roues (paddle steamer) Construction : Brest, 1842 Propulsion : machine à vapeur entraînant deux roues à aubes + gréement auxiliaire Déplacement : env. 800 tonnes Longueur : env. 55 m Vitesse : 10-12 nœuds Armement : canons de petit calibre Équipage : ~130 marins La propulsion à roues offre une meilleure manœuvrabilité en eaux peu profondes ou le long des côtes, mais reste fragile par rapport aux hélices modernes.En 1860 commandé par M. de Montaignac de Chauvence, capitaine de vaisseau, il transporte le comte Arthur de Gobineau. (auteur d'un ouvrage intitulé voyage à Terre Neuve)
Un rôle élargi : présence aux pêcheries de Terre-Neuve
Les Terre-Neuvas français, embarqués depuis des ports comme Saint-Malo ou Fécamp, pratiquent dès le printemps la pêche aux bancs de morue au large de l’île de Terre-Neuve, précieuse ressource pour les marchés métropolitains et coloniaux. La France maintient une présence navale dans ces zones pour prévenir les conflits avec d’autres nations, soutenir ses marins pêcheurs face aux rigueurs climatiques et assurer l’ordre sur ce qui constitue une extension maritime de ses droits économiques. Dans ce contexte, des bâtiments comme Gassendi sont déployés — parfois par rotation — pour assurer des missions de souveraineté, escorter les flottilles pêcheuses, et servir d’intermédiaires entre armateurs, pêcheurs et autorités maritimes. Ces opérations s’inscrivent dans la politique navale du XIXᵉ siècle, qui voit la Marine nationale soutenir non seulement la stratégie militaire, mais aussi la protection des intérêts économiques français outre-mer. Fin de carrière Avec l’essor des navires à propulsion à hélice et les progrès techniques rapides du second XIXᵉ siècle, les avisos à roues deviennent rapidement obsolètes. Après plus de vingt ans de service, le Gassendi est radié en 1865, marquant la fin d’une étape transitoire dans la modernisation de la flotte française.
"Sur ces plateaux abondent les mornes. Toutes les fois que le vapeur de guerre le Gassendi qui nous portait s’arrêta pour sonder, les amateurs de pêche laissèrent filer d’énormes lignes, et les désœuvrés suivirent ces opérations avec le plus vif intérêt, mais on ne prit rien. Cependant le Gassendi faisait de la route malgré le temps, et, au milieu du vingtième jour depuis son départ de Brest, on découvrit au loin une espèce de brouillard plus opaque que de coutume, et qui n’occupait qu’une petite place dans le sud-ouest. C’était l’île Saint-Pierre, et un peu plus loin Miquelon." Arthur de Gobineau
Mission à Terre-Neuve
En 1859-1860, Le Gassendi se rend à Terre-Neuve dans le cadre d’une mission officielle liée aux pêcheries de Terre-Neuve, sous les ordres d’une commission mixte franco-britannique chargée de délimiter et d’inspecter les zones de pêche françaises et britanniques sur la côte de Terre-Neuve.
![]() |
| de Saint-Julien côte du Petit-Nord à Marseille Par le Marquis de Guines, Q.D.C. Que Dieu Conduise |
Déroulement de la mission 23 avril 1859 : départ de Brest. Le Gassendi se rend d’abord à Saint-Pierre-et-Miquelon, important port-base de la pêche française en Atlantique Nord, avant de faire une escale à Sydney (île du Cap-Breton, Nouvelle-Écosse) pour s’approvisionner en charbon.
![]() |
| Vue de Saint-Pierre. — Dessin de Le Breton d’après une photographie |
![]() |
| Lettre taxée à 7 decimes en France.
6 decimes pour une lettre de 8 gr 200‐300 km au tarif du 24‐4‐1806 + 1 decime taxe de mer. Colonies par La Rochelle |
17 juin 1859 : arrivée sur la côte de Terre-Neuve. Le navire entre dans la baie Saint-Georges (sur la côte ouest dite French Shore) où la commission mixte commence officiellement sa mission, en présence de représentants britanniques. L’importance de ce voyage est qu’il s’inscrit dans les efforts diplomatiques entre la France et la Grande-Bretagne pour clarifier les droits de pêche français sur le French Shore, une zone déjà définie par une longue série de traités (Utrecht 1713, Versailles 1783, Paris 1815, etc.) mais sujette à tensions.
![]() |
| lettre de Champaga pour St. Brieuc, (voie du commerce) .
Taxée à 10 decimes pour une lettre de 15 gr Colonies par St-Malo. 9 sept. 1825 |
Assistance aux pêches et aux pêcheurs L’assistance par des bâtiments français aux pêcheurs près de Terre-Neuve est une tradition bien antérieure et s’est développée au cours du XIXᵉ siècle.
Contexte des pêcheries françaises
La pêche de la morue sur les bancs de Terre-Neuve et du Golfe de Saint-Laurent était depuis le XVIᵉ siècle une activité majeure pour les marins français, surtout bretons et normands, qui venaient chaque printemps pour une saison de pêche intensive. Saint-Pierre-et-Miquelon servait de base logistique essentielle (provisions, abris, appâts) pour ces campagnes.
![]() |
| lettre du Cap-Rouge pour St-Brieuc taxée à 9 decimes dont un decime de mer Pays d'Outremer Cachet d'entrée Bordeaux août 1832 |
Les pêcheurs français exploitaient à la fois le « Grand Banc », plus éloigné, et la pêche sédentaire le long des côtes de Terre-Neuve, notamment sur ce que l’on appelait le French Shore — une portion de côte attribuée aux Français par traités, malgré des contestations avec les autorités britanniques et terre-neuviens. Rôle des bâtiments français dans l’assistance
![]() |
| LETTRE DE PETITES-OIES pour le Légué Taxée à 4 decimes (3 decimes au tarif du 1‐7‐54 et un decime taxe de mer. Via St. Pierre & Miquelon 14/JUIL./1858) Cachet arrivée rouge Col. Fra St Nazaire |
Les bâtiments de la Marine française envoyés dans ces parages (comme Le Gassendi, mais aussi d’autres avisos et croiseurs au fil des décennies suivantes) avaient souvent pour missions de : surveiller et défendre les droits de pêche français face aux navires britanniques ou aux tensions locales ; fournir de l’assistance aux pêcheurs français en mer : aide en cas de difficultés, rapatriement, informations nautiques et météorologiques ;
![]() |
| Pêche de la morue sur le grand banc de Terre-Neuve. — Les embarcations longent les lignes. — Dessin de Le Breton |
rappeler ou faire appliquer les accords conclus entre la France et la Grande-Bretagne concernant la pêche ; servir de point de contact diplomatique avec les autorités britanniques et terre-neuviens pour régler les problèmes qui surviennent sur zone. dai.mun.ca Ce rôle d’« assistance » n’était donc pas limité à la seule aide matérielle aux pêcheurs mais englobait un grand spectre d’actions administratives, diplomatiques et protectrices favorisant l’exercice pacifique de la pêche française dans les zones attribuées.
Sources
pour lire le livre d'Arthur de Gobineau
https://fr.wikisource.org/wiki/Voyage_%C3%A0_Terre-Neuve_(Arthur_de_Gobineau)










Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire