Landévennec à découvrir avec un article de Cols Bleus du 21 août 1999.
l'ultime escale Par Thomas Cousin
Rejoignant la rade de Brest, l'Aulne termine ici sa course en un majestueux méandre laissant place à la magnifique anse de Penforn. La quiétude, la beauté des lieux, abrités des vents, et la profondeur des eaux donnent au site de Landévennec une vocation maritime évidente. Ainsi, très tôt, le site rappelant les fjords de Norvège, suscite l'intérêt de la Marine, à laquelle son histoire est liée depuis le XVIIe siècle. Même si aujourd'hui Landévennec n'occupe plus une place stratégique de premier ordre, il n'en reste pas moins une propriété de la Marine nationale, étroitement surveillée.
Conquis par la situation exceptionnelle de l'anse de Landévennec et devant l'engorgement perpétuel du port de Brest, la Marine, au fil des siècles, a imaginé divers projets. Cependant, la grande majorité de ces desseins n'aboutirent jamais et furent rapidement enterrés. En effet, malgré d'incontestables atouts, le site présentait l'inconvénient de ne posséder qu'une seule issue : le goulet de Brest, sur lequel il eut été facile d'établir un blocus rendant les secours difficiles.
Un site convoité
Dès 1666, Duquesne fut enthousiasmé par l'idée de créer un grand port dans l'anse de Penforn afin d'y recevoir la totalité de la flotte du roi, reléguant le port de Brest au second plan. Cette idée demeura à l'état de projet. En 1683, Vauban reprit ce projet et voyait Penforn comme «un excellent port, supérieur à Brest, les navires pouvant tenir à flot sur 2 lieues».
Là aussi, l'idée fut vite abandonnée et seules des fortifications virent le jour. Puis, tout au long du XVIIIe siècle, Landévennec fut convoité par les autorités maritimes pour y construire une réserve et y aménager un port annexe pour pallier l'engorgement de Brest. Après divers projets sans suite, le site de Landévennec ne prit réellement son essor qu'à partir du Second Empire et de l'avènement de la Marine à vapeur, lors de la création d'une base maritime en 1856. En 1858, lors de son voyage en Bretagne, Napoléon III visita la Réserve en compagnie de l'impératrice Eugénie à bord du yacht Reine Hortense.
cL'âge d'or de Landévennec
La Marine prend alors possession des lieux pour longtemps. Penforn atteint son apogée entre les années 1870 et 1934. La Réserve est même baptisée Sémiramis, en l'honneur de quatre bâtiments amarrés à Landévennec, portant successivement ce nom. La présence des marins rejaillit alors sur la vie économique du bourg dont la prospérité des commerces doit tout aux équipages des bâtiments militaires.

À tel point, qu'en 1898, des commerçants et débitants de boissons présentent au commandant de la Réserve une pétition demandant l'application des règlements des ports de guerre aux équipages, pour qu'il leur soit accordé plus de permissions à terre. En effet, entre 1898 et 1910, 250 à 800 hommes sont régulièrement affectés à la base maritime de Landévennec. La Marine joue, sans conteste, un rôle économique sur la vie du bourg mais elle possède, de plus, un rôle culturel. Pour preuve, l'équipage du Dupleix forme en 1920 une équipe de football et une troupe de théâtre, égayant et animant alors la vie locale.
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Landévennec photo JM Bergougniou
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Cependant, l'occupation allemande, à partir de 1940, met un terme à l'âge d'or de la base nautique qui, depuis 1925, accueille une vingtaine d'unités parmi les plus prestigieuses de la Marine (les cuirassés Diderot, Voltaire, Metz, les avisos Vaillante, Porphyre et les sous-marins Gorgone, Amphitrite). Durant la guerre, seuls des navires-ateliers demeurent à Landévennec, ainsi que le bâtiment-école des mousses sabordé en 1944 par les Allemands et qui git toujours là, fidèle gardien du passé.
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| Landévennec photo JM Bergougniou |
L'abbaye de Landévennec
Sans conteste, au nom de Landévennec est attachée son abbaye, où une communauté bénédictine poursuit la vie monastique implantée ici en 485 par un moine breton: saint Gwenolé. Détruite par les Normands en 913, rebâtie, agrandie, l'abbaye bénéficia de la protection des comtes de Cornouaille avant de sombrer à la fin du XVIIIe siècle. Aujourd'hui, un important musée, bâti par le parc régional d'Armorique sur le site même de l'ancienne abbaye, présente ces quinze siècles où grandeurs et vicissitudes se succèdent au gré de l'histoire de la Bretagne. Cependant, le nouveau monastère, hébergeant une trentaine d'ecclésiastiques guidés par la Règle du «Très Saint Père Benoît», demeure toujours, à l'aube de l'an 2000, un lieu de prière et de méditation très actif.
Depuis 1950, l'anse laisse place, pour des bâtiments de la Marine nationale et des navires civils, à une ultime escale.
Le cimetière marin
Depuis la dernière guerre, la Réserve s'est éteinte lentement. Effectivement, dans les années 1950, elle laisse place au cimetière où des bâtiments de la Marine nationale et des navires civils viennent s'amarrer pour une ultime escale, en atltendant, bien souvent, leur dernier voyage vers les chantiers de démolition. Néanmoins, la Marine veille toujours jalousement sur ses bâtiments afin de les protéger des chasseurs de métaux (le bronze étant particulièrement recherché) et autres vandales ou simples curieux. La protection et la surveillance sont assurées, en permanence, par deux marins vivant nuit et jour pour une semaine à bord de l'un des bâtiments.
Une seconde équipe les relaie la semaine suivante. Ces gardiens ont pour mission de surveiller les mouvements des bâtiments, d'amarrer les nouvelles recrues aux coffres et de pallier les avaries qui peuvent survenir. Évidemment, en cas de gros problèmes et de dégâts, ce sont les marins-pompiers de Brest qui interviennent. Actuellement, cohabitent non seulement des bâtiments de la Marine nationale, mais aussi des bateaux de pêcheurs arraisonnés par les Douanes et amarrés là, attendant leur sort. Ici, en plein parc régional d'Armorique, dragueurs, chasseurs de mines, bâtiments océanographiques, coques d'acier et de bois se côtoient sans complexe, amarrés les uns aux autres. La plupart de ces unités sont promises aux chantiers de démolition. Cependant, en attendant leur funeste destin, certains navires sont ancrés là pour de nombreuses années, coulant une douce et paisible retraite, que seuls les oiseaux de la réserve ornithologique peuvent désormais troubler. a
Un cimetière marin où dragueurs, chasseurs de mines, bâtiments océanographiques, coques de bois et d'acier se côtoient sans complexe.
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| Le Président de la Marcophilie navale Bretagne Landévennec 2008 photo JM Bergougniou |
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| Landévennec 2008 photo JM Bergougniou |
merci à Claude Bélec pour le journal et pour l'idée d'article
Sources
Cols Bleus 21 août 1999 Bibliothèque nationale de France BNF _ Gallica