lettre de la république d'Argentine pour le croiseur Ecole Jeanne d'Arc
Le quotidien L'Ouest-Éclair du 3 mars 1939 annonçe une mesure particulière de l'Administration des Postes destinée à faciliter les échanges entre les familles et les marins embarqués. Les lettres adressées aux officiers et équipages des bâtiments de la Marine nationale en croisière bénéficiaient d'une surtaxe aérienne réduite de 1,60 franc jusqu'à 10 grammes et de 3 francs jusqu'à 20 grammes. Cette disposition concernait notamment le croiseur-école Jeanne d'Arc ainsi que les bâtiments des Forces navales d'Extrême-Orient, dont le Lamotte-Picquet. Le journal précise également la forme exacte de l'adresse à employer, en indiquant « via Paris-Aviation-Étranger », preuve que le courrier transitait par le service aérien parisien avant d'être dirigé vers le navire selon sa position. Cette organisation explique le cheminement particulier de nombreuses correspondances adressées aux marins de la Jeanne d'Arc durant la campagne de 1939 et constitue un élément précieux pour l'étude des plis de cette période.

Courrier aérien
Par mesure spéciale de l'Administration des Postes, la correspondance-avion destinée aux officiers et marins embarqués à bord des bâtiments de la Marine de guerre en croisière, quelle que soit leur position, bénéficie d'une surtaxe aérienne réduite de 1,60 franc pour une lettre pesant jusqu'à 10 grammes, et de 3 francs pour une lettre ne dépassant pas 20 grammes.
Au-dessus de 20 grammes, la surtaxe aérienne normale est appliquée, quelle que soit la destination.
Cette surtaxe réduite s'applique notamment aux navires faisant partie des Forces navales d'Extrême-Orient ainsi qu'au croiseur-école Jeanne-d'Arc.
Les adresses doivent être rédigées de la manière suivante :
« M. X..., à bord du croiseur-école d'application Jeanne-d'Arc, via Paris-Aviation-Étranger »
ou encore :
« M. X..., à bord du croiseur Lamotte-Picquet, Forces navales d'Extrême-Orient. »
Mais notre courrier par avion n'est pas concerné par ces mesures car adressé à un Ingénieur Mécanicien embarqué sur le Croiseur Ecole Jeanne d'Arc depuis Buenos-Aires en Argentine le 21 avril 1939.
Le Cachet d'arrivée au verso Croiseur-Ecole Jeanne d'Arc porte la date du 29 avril soit 16 jour après le retour à Brest. Notre ingénieur à quitté le bord pour l'Emile Bertin.
En avril 1939, le croiseur-école Jeanne d'Arc achève sa campagne d'application 1938-1939, la dernière croisière de paix avant la Seconde Guerre mondiale.
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TàD Croiseur Ecole Jeanne d'Arc 29-4-39 / Buenos Aires ARGENTINA 21 ABR 39 |
Itinéraire d'avril 1939
30-31 mars 1939 : escale à Fort-de-France (Martinique).
7-11 avril 1939 : escale à Dakar (Sénégal).
16 avril 1939 : retour à Brest, fin de la campagne d'application des élèves-officiers.
Une traversée sous haute surveillance
Le contexte international est particulièrement tendu. Après l'occupation de Prague par l'Allemagne en mars 1939, la Marine nationale craint une action des cuirassés de poche allemands contre le croiseur-école, qui rentre des Antilles.
Pour cette raison, le puissant cuirassé Dunkerque est chargé d'escorter la Jeanne d'Arc du 14 au 16 avril 1939 lors de son approche des côtes françaises.
À bord
La campagne embarque :
environ 156 élèves-officiers,
plus de 570 officiers, officiers mariniers et marins,
un total d'environ 730 hommes à bord.
Les ingénieurs mécaniciens de la Marine nationale formaient un corps d'officiers distinct. À bord de la Jeanne d'Arc, ils avaient la responsabilité de l'ensemble de la propulsion :
les chaudières Indret,
les turbines,
les auxiliaires,
la production électrique,
les ateliers de mécanique,
ainsi que l'encadrement des mécaniciens, chauffeurs et ouvriers de la machine.
Au printemps 1939, le croiseur léger Émile Bertin est l'un des bâtiments les plus modernes et les plus rapides de la Marine nationale. Navire amiral d'une flottille de douze contre-torpilleurs de l'Atlantique, il est alors basé à Brest, où il achève une période d'entretien après plusieurs mois d'activité. Le 25 avril 1939, il appareille pour une croisière d'instruction et de représentation vers Gibraltar, où il arrive le 28 avril. Après une escale officielle marquée par la visite du consul de France, il gagne Tanger le 1er mai, puis revient à Gibraltar avant de rejoindre Oran le 3 mai. Cette mission s'inscrit dans un contexte international de plus en plus tendu, quelques mois avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Rapide, doté de neuf canons de 152 mm et capable de dépasser 39 nœuds, l'Émile Bertin est alors considéré comme l'un des fleurons de la flotte française. Cette période précède de peu les missions secrètes qui lui seront confiées dès septembre 1939, notamment le transport vers la France de l'or de la Banque nationale de Pologne.
À son arrivée à Gibraltar, le 28 avril 1939, le croiseur léger Émile Bertin reçoit à son bord le consul de France, monté officiellement de 15 h 45 à 16 h 15. Cette visite de courtoisie, conforme aux usages diplomatiques de l'époque, témoigne de l'importance accordée à la présence de la Marine nationale dans le détroit de Gibraltar, point stratégique contrôlant l'accès entre l'Atlantique et la Méditerranée.
Quelques jours plus tard, le 1er mai, lors de son escale à Tanger, c'est le commandant du croiseur léger allemand Leipzig qui est reçu à bord de l'Émile Bertin pour une visite officielle. À quelques mois seulement du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ces échanges illustrent le maintien des traditions de courtoisie navale entre marines étrangères, malgré une situation internationale devenue extrêmement tendue après l'occupation de la Tchécoslovaquie par l'Allemagne en mars 1939. Ces visites protocolaires permettaient aux commandants d'échanger leurs salutations, de signer le livre d'or du bâtiment et de respecter les usages diplomatiques, sans pour autant masquer la rivalité croissante entre les grandes puissances européennes. Quelques mois plus tard, ces mêmes marines se retrouveraient engagées dans un conflit mondial.
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