Chercher dans le blog

Rechercher dans ce Blog

15 févr. 2016

1914 La guerre au Togo vue par un sous-officier allemand


1914 La guerre au Togo vue par un sous-officier allemand




En 1880, le Togo actuel n'existait pas encore. Les Britanniques et les Français, occupant respectivement la «Gold Coast» (actuellement le Ghana) et le Dahomey (actuellement le Bénin), installèrent des postes douaniers à leurs frontières, d'où ils tiraient l'essentiel de leurs ressources, prélevées sur des produits tels le tabac et l'alcool.




En 1883, le chancelier allemand Bismarck décida d'imposer un protectorat sur le Togo. L'année suivante, l'explorateur allemand Gustav Nachtigal signa un «traité de protectorat» le 5 juillet 1884 sur la plage de Baguida, avec le chef du lac Togo, Mlapa III de Togoville, représentant l’autorité religieuse du Togo, qui donna son nom au pays. 


C'est en 1885, lors de la conférence de Berlin qui délimita les zones d'influence économiques européennes en Afrique, que la côte togolaise fut officiellement attribuée à l'Allemagne.
Comme les autres puissances coloniales de l'époque, l'Allemagne s'empressa de faire valoir ses droits sur l'arrière-pays, ainsi elle annexa rapidement, en à peine quelques années 85 000 km² de territoires.













Les Allemands fondèrent le port de Lomé et mirent en place une économie de plantations, en particulier dans la région de Kpalimé, propice à la culture du cacao et du café




Dès le commencement de la guerre en Europe, il était évident au Togo que les Anglais et les Français voudraient conquérir notre colonie. Les signes en étaient les informations qui nous parvenaient de mouvements des troupes anglaises B notre frontière ouest, françaises A nos frontières nord et est. Nous fîmes donc nos préparatifs de défense à temps. Les Européens allèrent s'exercer au Les réservistes noirs, les gardes frontières et les policiers furent mobilisés. Nombre de cadres blancs de l'administration reçurent l'ordre d'entrer dans les compagnies noires (il y avait une compagnie à, Lomé et, je crois, .quatre en d'autres endroits : Missahoé, Sokodé, etc.).





On leva aussi une compagnie avec les Européens, appelée la 'I Compagnie européenne". Tous les Allemands qui n'avaient pas été affectés aux compagnies noires s'y retrouvaient. Dans cette compagnie se trouvaient beaucoup d'hommes qui appartenaient à la "Landsturm" ou réserve de secours", et qui donc ne connaissaient rien aux choses militaires. 















C'est pourquoi, certains jeunes hommes qui avaient été soldats furent volontaires pour les compagnies noires, car elles avaient plus de chances d'entrer en contact avec .l'ennemi. (De fait, la Compagnie européenne, qui,par la suite, fut envoyée 21 Atakpamé et s'y entraina aux exercices militaires avec zèle et courage , n'alla jamais au combat). Vinrent par exemple à la compagnie de Lomé - dite "Compagnie du premier-lieutenant Mans'' - les lieutenants de réserve Schmidt et Kloppenberg, les sergents-majors de réserve Stoëber et Lent, le sergent d'infanterie Bolnei et le mitrailleur réserviste Klempp. déjà y avait déjà, on l'a dit, six fonctionnaires coloniaux dans cette compagnie.




Quand,au début d'août, les Anglais,venant de l'ouest le long de la côte,nous envoyèrent l'ultimatum de rendre Lomé dans les 24 heures, nous le fimes sans résistance. Car nous avions la tâche plus importante de défendre Kamina, la grande et très importante station de radio. Et aussi, cela aurait été dommage de faire détruire Lomé, avec ses beaux bâtiments, comme le palais du gouverneur, les logements administratifs, les églises, les missions, les factoreries... Nous mimes à profit les 24 heures de délais, et, l'un après l'autre, les trains partirent pour Kamina, bourrés de gens, de provisions et de matériel de guerre.




Seuls les religieux catholiques et protestants et les gens mariés - ceux-ci sur ordre du Gouverneur - restèrent à Lomé. Toutefois, bon nombre de familles obtinrent la permission de venir avec nous, les hommes pour combattre, les femmes comme infirmières pour la "croix rouge". 




La Compagnie Mans quitta Lomé en dernier. Tous, nous étions bien tristes de nous en aller et d'abandonner Lomé sans résistance, et de nous éloigner de l'ennemi au lieu de nous en rapprocher. Bientôt nous voici à Kamina. 



La Compagnie européenne alla à Atakpamé pour, on l'a dit, y faire des exercices, des fortifications, etc.. . Kamina avait été transformé en une place relativement bien fortifiée : il y avait des tranchées bonnes tirs avaient été dégagés et ainsi de suite. une place relativement bien et profondes; les espaces de Mais son défaut était celui-ci : Kamina est dans une plaine surplombée de hauteurs. Et aussi : la distance entre les tours extérieures était de plus d'un kilomètres, et il était très difficile de défendre un pareil périmètre. Apres quatre jours (31, la Compagnie Mans s'avança vers le sud-est, dans la direction de Sagada, d'où, disait-on, les troupes françaises allaient venir. 



Nous fîmes une marche très dure jusqu'à Atakpamé (environ 60 km en 21 heures, et nous y installâmes une bonne position de défense. Mais les Français n'arrivèrent pas par là, et nous retournâmes à Kamina. Au même moment, deux compagnies (celle du lieutenant Schlettwein et celle du lieutenant de réserve Schuppius, sous l'autorité d'ensemble du capitaine Pfaehler) s'étaient également avancées vers le sud, par le train. Quand elles atteignirent Agbélouvé, il y eut-deux ou trois coups de feu. Au lieu de nettoyer les environs, elles continuèrent. Entre Agbélouvé et Tsévié; il y eu un accident et environ dix wagons sortirent des rails le 7 août avant 18 heures  (Krak, site aujourd'hui abandonne à l'ouest du Mono, à la hauteur de Tado).  Donc le 11 août les compagnies continuèrent à pied jusqu'à Tsévié, où se trouvaient quelques ennemis, qui furent refoulés apres un bref combat. Soudain arriva à cheval le Docteur Sengmüller, lieutenant de réserve, qui dit au capitaine Pfaehler que les Anglais étaient à Agbélouvé. Quand nos troupes arrivèrent à Agbélouvé, elles y furent attaquées de tous côtés. 




Malheureusement, c'était la nuit. Bientüt le capitaine Pfaehier fut tué, avec cinq autres Allemands, le Dr Sengmüller et le Dr Kolsdorf grièvement blessés. Sous la violence inattendue du feu, il était impossible de tenir les troupes noires, .qui semblaient avoir perdu leurs esprits. Quand les officiers blancs ordonnaient de charger et se lançaient eux-mêmes en avant, les Noirs ne suivaient pas, et même continuaient à tirer follement, bien que leurs chefs fussent devant leurs fusils. La fin de ce malheureux combat de nuit fut une retraite en désordre vers le nord. 






A Kamina, on n'avait reçu aucune information de ces deux compagnies depuis leur départ. Seul le conducteur blanc qui ramenait le train vide a pu raconter que le train et lui avaient essuyé un feu intense quand,au retour, ils avaient traversé Agbélouvé. Son chauffeur noir avait été tué et un autre grièvement blessé. Le conducteur fit son rapport à Kamina aussi vite que possible, depuis la station de Gamé. Quand ces nouvelles arrivèrent à Kamina, je reçus à peine arrivé de notre dure marche vers Aklamé, l'ordre suivant : "Le sergent-major Stoeber partira avec 30 hommes par le train jusqu'à Notsé. Il devra prendre contact avec les compagnies avancées, tenir Notsé et maintenir la communication téléphonique avec Kamina". J'arrivai à Notsé à minuit, et j'envoyai rapidement des patrouilles et des éclaireurs vers le sud. Le lendemain matin  ils revinrent, et avec eux les restes des deux compagnies. C'est ainsi que je fus informé du malheureux combat de nuit d'Agbélouvé, décrit ci-dessus. Je fis mon rapport à Kamina et reçu l'ordre de prendre avec moi les rescapés, de détruire le chemin de fer au sud de Notsé et de regagner Kamina. 




 C'est une compagnie du régiment de Gold Coast, commandée par le capitaine Potter, contre deux compagnies allemandes. Ce qui fut fait. Dans l'après-midi, nous quittâmes Notsé. Arrivés à Kra nous détruisimes le pont sur la rivière Kra, comme nous l'avions fait de tous les ponts plus au sud. A 4 heures du matin  nous arrivâmes à Kamina. L'après-midi, je reçus l'ordre suivant : "vous allez à Kra et vous essayez d'entrer en contact avec l'ennemi, pour éclaircir la situation au sud.  



Avec 20 hommes, j'arrivai à Kra à minuit. De nouveau, je postai des sentinelles, j'expédiai des patrouilles et des éclaireurs jusqu'à Notsè, et au-delà. Bientôt, je sus que les Anglais étaient arrivés à Gamé, puis quelques temps après, que son avant-garde - quatre Blancs et six Noirs en bicyclette - avait été vue à Notsé. J'en fis rapport à Kamina. Bientôt arriva un train avec à son bord le gouverneur le major von Doering (Par intérim : le duc de Mecklembourg était en congé en Europe) et les Compagnies Mans et von Raaven . Il fut décidé de prendre une position défensive à la limite sud du village de Kra, qui est situé au sommet d'une colline. A 600 m environ, en contrebas, il y a la rivière Kra . Nous installâmes une bonne position entre le rail et la route, ainsi que de part et d'autre. Nous creusâmes des tranchées pour tireurs à genoux; nous dégageâmes les espaces de tir en abattant la brousse et les champs de mars, et nous cachâmes nos tranchées avec de l'herbe,et ainsi de suite. Le troisième jour après l'arrivée. des deux compagnies, les patrouilles rapportèrent qu'un train était arrivé à Agbatitoè et que l'avant-garde ennemie était presque à portée de tir. Peu après,les Anglais et les Français commencèrent à tirer devant l'ensemble de notre front.  






Qui n'étaient pas dans la défaite d'Agbélouvé. La dénivellation est en fait faible, nais le fond marécageux de la rivière -représente un obstacle non négligeable.


Environ 300 Britanniques du commandant Bryant et 150 tirailleurs sénégalais du capitaine Castaing. Les troupes sont donc à égalité numérique (450 hommes environ de chaque côté). Mais ils essuyèrent de nos tranchées un tir bien ordonné. Nos trois mitrailleuses firent excellemment leur travail, et leur effet moral était un encouragement pour nos troupes, autant que leur effet moral - et réel - était décourageant pour l'ennemi (comme j'ai entendu les Anglais et les Français le dire plus tard à Kamina). Mais les Anglais obtinrent aussi un effet sinon réel du moins moral, avec leur canon. Nous, au premier coup, nous avons pensé que tout était fini et que ce canon allait tous nous enterrer. Le deuxième obus est tombé à 15 m devant nos tranchées, entre le rail et la route, et nous a aspergés de terre, de cailloux et de sable. Mais je ne me rappelle pas que quelqu'un ait été tué ou blessé par tous ces obus - environ 40 dans toute la journée. Soudain nous reçûmes des tirs dangereux sur notre aile gauche. Heureusement, des renforts arrivèrent peu après de Kamina par le train. C'était la Compagnie von Pappart qui fit aussitôt une violente contre-offensive et repoussa l'ennemi de notre flanc gauche. Je pense qu'il était environ 2 heures quand von Raaven, dont la compagnie était à l'aile droite, fut blessé. 



Je reçus l'ordre du premier lieutenant Mans, qui commandait le combat, de prendre s.a place. Tandis que j'y courrai, je rencontrai von Raaven couché dans le village. A ce moment un obus du canon est tombé à ses pieds sans exploser, ni lui faire de mal. Peu après, le mitrailleur blanc Klempp fut tué. Quand vint la nuit, les tirs cessèrent. Pendant la nuit, quand arriva l'ordre de se replier, nous n'en étions pas contents, car notre position avait été très bonne, et nos pertes faibles. Nous avions deux Blancs tués et un blessé, et environ dix Noirs tués ou blessés. Nous avons tous pensé qu'il aurait mieux valu que toutes nos troupes, en particulier la Compagnie européenne, vienne combattre avec nous dans les tranchées jusqu'au dernier homme. La dernière compagnie allemande en état de combattre. Alors que les Franco-Anglais ont perdu 23 tués (dont le lieutenant écossais Thomson et le sous-lieutenant français Guillemard, enterrés sur place) et 55 blessés. Ce que l'auteur ignorait - et que von Doering savait -, c'est que les Français du commandant Maroix arrivaient par le nord-est de Kamina, laissé sans défense. à Kamina, les neuf antennes de radio gisaient à terre, la centrale électrique était en feu. 





La Compagnie von Pappart repartit 'par le train, les Compagnies von Raaven et Mans par la route. Nous nous retrouvâmes le lendemain sur les rivières Amou et Amoutchou. Les ponts, comme ailleurs, furent détruits. Le gouverneur von Doering nous apprit qu'il avait capitulé devant les Anglais en saison de la trop grande force de l'ennemi. Nous distribuâmes aux soldats noirs leur argent et les laissâment partir. Dans l'après-midi, les Français arrivèrent à Kamina  puis ils s'en retirèrent. Le lendemain, les Anglais et les Français firent leur entrée. Il y avait à peu près 150 Allemands à se rendre Compagnie européenne était venue d'Atakpamé à Kamina). On nous conduit à Atakpamé, puis, deux jours après, à Lomé. De Lomé, à ce qu'on m'a dit la plupart des prisonniers allemands ont été emmenés en Angleterre.



Je n'ai pas écrit cela pour être utile aux Anglais ou aux Français, ni pour porter du tort à mes compatriotes. 

Sgt Stroeber Sergent-major de la réserve , Kumasi, le 9 septembre 1914. 


Les Français et les Britanniques se partagèrent l'occupation du territoire à partir de 1914-1916, décision qui fut confirmée le 10 juillet 1919. 

Le Togo devint alors un mandat de laSociété des Nations (SDN), partagé entre la partie française (à l'est appelée le « Togo français » ou Togoland oriental) et la partie britannique (à l'ouest appelée le « British Togoland







sources :

la guerre de 1914 au Togo vue par un combattant allemand


Par : Yves (trad.) Marguerat et ... Stroeber


http://www.documentation.ird.fr/hor/fdi:24344



Aucun commentaire: