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16 mars 2014

la lutte contre la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, 
sur la lutte contre la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée, à Pointe-Noire le 10 février 2014

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Déplacement en République du Congo, en République du Tchad et en République centrafricaine, du 9 au 12 février 2014





Mesdames et Messieurs,


Je suis heureux d'être avec vous aujourd'hui, à Pointe Noire. C'est pour moi l'occasion de partager avec vous mes réflexions et mes convictions sur la sûreté maritime dans le golfe de Guinée.

Permettez-moi de partir de quelques données simples, que vous connaissez mieux que moi. Le golfe de Guinée abrite l'un des plus grands gisements de pétrole de haute mer au monde, puisqu'il est estimé à environ 24 milliards de barils de réserve, soit 4,5% des réserves mondiales et une production potentielle de 5 millions de barils par jour. Dans le même temps, les flux maritimes au large des côtes de l'Afrique de l'Ouest, sans être aussi importants que dans l'Océan indien, sont désormais très significatifs. Dans ce contexte, l'insécurité maritime est une nuisance de plus en plus préoccupante dans le Golfe de Guinée, exactement comme dans le Golfe d'Aden il y a peu de temps encore.




Depuis 2010, plus de 117 000 tonnes de produits pétroliers, soit environ 100 millions de dollars, ont été détournées dans la région. Avec 154 attaques de navire officiellement déclarées par les armateurs – nos services estimant que le nombre réel d'attaque serait trois fois plus élevé – l'année 2013 constitue un record préoccupant.

Plus alarmant encore, trente prises d'otages ont été recensées en 2013. Deux de nos compatriotes, vos employés, en ont été les victimes lors de l'attaque du pétrolier l'Adour le 13 juin 2013, avant d'être libérés six jours plus tard. De toute évidence, la menace contre les intérêts français relevant de la sûreté maritime va croissant dans le golfe de Guinée. Le Congo reste par ailleurs proche de la zone de menace, comme l'a montré le piratage, dans des conditions encore floues, du MT Kerala le 18 janvier dernier au large de l'Angola. Je sais que c'est là une analyse partagée.

Cette situation appelle d'autant plus de vigilance qu'elle alimente l'instabilité en Afrique de l'Ouest, avec la persistance du risque terroriste au Sahel et la circulation des trafics de stupéfiants. L'office des Nations-unies contre la drogue et le crime estime ainsi que 20 à 40 tonnes de cocaïne, pour un coût de 600 millions de dollars, transitent chaque année via le golfe de Guinée à destination de l'Europe. Ce qui représente 3 milliards d'euros à la revente dans nos rues.

Enfin, les trafics d'êtres humains, de produits miniers (bauxite de Guinée, or du Ghana, fer du Liberia), d'armes, d'articles contrefaits ou encore de faux médicaments, affaiblissent davantage les efforts des autorités en faveur du développement.
Marine du Nigeria en Patrouille Image: GEORGE ESIRI/EPA





Dans le golfe de Guinée, la France défend des intérêts stratégiques.

70 000 ressortissants français vivent dans cette région. Ils peuvent naturellement compter sur toute notre attention. La France, par ailleurs, est sensible à la nécessité de protéger ses intérêts économiques, y compris les flux maritimes qui sont essentiels pour son commerce et ses approvisionnements. Elle est évidemment solidaire de la stabilité des pays de cette région du monde, et ne saurait être indifférente à la réalité des trafics, qui, pour une part, sont orientés vers l'Europe.

Fort de ce constat, la France est présente dans la zone depuis plus de vingt ans, à travers l'opération « CORYMBE » en mer, et des actions de coopération dans le domaine de sécurité et de défense à terre, cela dans la quasi-totalité des pays côtiers du Golfe de Guinée, ainsi que dans le cadre d'actions multilatérales avec la CEEAC et la CEDEAO.

La présence permanente d'un navire de la Marine nationale répond ici à plusieurs objectifs. Elle nous offre une plateforme d'assistance éventuelle pour nos forces pré positionnées, mais elle permet aussi de conduire et de soutenir des actions de protection de nos ressortissants, à la mer ou à terre. Le Bâtiment de projection et de commandement Dixmude, fleuron de la marine nationale, vient de terminer sa patrouille ; il cède désormais la place à l'aviso Commandant Bouan. Je souhaite ici saluer nos marins qui contribuent à la sécurisation du Golfe de façon décisive.



Je veux dire également que l'adhésion des navires que vous utilisez au mécanisme de contrôle naval volontaire, auprès du commandant en chef pour l'Atlantique, offre à la France les informations dont elle a besoin pour envisager une réaction rapide en cas de crise.

CORYMBE, en outre, permet de mener des actions de coopération opérationnelle, dans l'objectif de renforcer les capacités des Etats de la région. Ces actions sont conduites en parallèle de coopérations structurelles, réalisées par la direction de la coopération de sécurité et de défense du ministère des Affaires étrangères, qui déploie pour sa part un programme de réforme du secteur de la sûreté maritime en Afrique de l'Ouest (le programme ASECMAR).

Dans ce domaine, la France fait beaucoup mais elle ne le fait pas seule. Toute son action s'articule autour du soutien des États de la région, en encourageant ces derniers à porter la responsabilité première de la sécurisation de leur domaine maritime, et à définir ensemble, de manière globale, une stratégie régionale.





Comme vous le savez, les chefs d'État et de gouvernement de la CEDEAO, de la CEEAC et de la Commission du golfe de Guinée (CGG), se sont réunis, en juin dernier, au sommet de Yaoundé pour parler de la sécurité et la sûreté maritime dans le golfe de Guinée. A cette occasion, ils ont dit vouloir renforcer les activités visant à la coopération, la coordination, la mutualisation et l'interopérabilité de leurs moyens de sûreté maritime. Ils ont notamment prévu la mise en œuvre d'une architecture de coordination et de partage de l'information. L'enjeu, c'est de mieux répondre aux situations d'urgence auxquelles vos employés peuvent être confrontés. Je visiterai justement cet après-midi le Centre de coordination régional pour la sécurité maritime en Afrique centrale, le CRESMAC. C'est ce centre qui incarnera bientôt cette structure globale de sécurité pour la CEEAC.

La France soutient ce projet. Elle a notamment été à l'origine de la réunion du Conseil de sécurité des Nations-unies du 18 décembre 2013 sur le trafic de drogues et la criminalité transnationale en Afrique de l'Ouest, pour rappeler l'importance de la sûreté maritime dans la lutte contre ces phénomènes. Tout en saluant les progrès récents issus du Sommet de Yaoundé, nous souhaitons que les Etats de la région renforcent encore les dispositifs de coopération. Je pense notamment aux domaines policier et judiciaire, afin notamment que les auteurs des actes que vous subissez puissent être effectivement identifiés, appréhendés et confiés au système judiciaire, puis pénitentiaire le cas échéant.




La France a proposé, lors du sommet de l'Élysée sur la paix et la sécurité en Afrique, qui s'est tenu le 6 décembre dernier, de financer des postes d'experts dans le domaine de la sûreté maritime auprès de la CEDEAO, de la CEEAC et de l'Union africaine. Elle a également proposé de créer un collège de formation à l'action de l'état en mer dans le golfe de Guinée et par ailleurs d'étendre à l'Afrique centrale le programme ASECMAR de l'Afrique de l'Ouest. A ce titre, le Congo en bénéficiera dès 2014, et un audit général de l'action de l'État en mer sera mené très rapidement.

Notre action vise en outre à encourager les États de la région à se doter des capacités de surveillance maritime et de sécurisation de leurs zones de mouillage. Si des financements internationaux pourront sans doute être mobilisés, des exemples existent déjà en matière de partenariats publics-privés dans ce domaine. Il s'agira alors de définir ce que nous pouvons faire ensemble, avec nos partenaires de la région.

Voilà les positions que la France défend devant la communauté internationale. Pendant la présidence russe du G8, elle assurera le secrétariat du groupe des amis du golfe de Guinée, afin de s'assurer que cette question reste bien présente à l'agenda. L'Union européenne, de son côté, à l'initiative de plusieurs États-membres dont la France, construit son engagement sur la base du projet pilote CRIMGO (Critical Maritime Routes Gulf of Guinea) dans le cadre du programme « Routes maritimes critiques » de l'Instrument de Stabilité. 4,5 millions d'euros sont investis. Ils sont destinés à conseiller les États et organisations régionales dans leur architecture de sûreté maritime.

L'Union européenne souhaite mettre au service de la façade occidentale de l'Afrique l'expérience qu'elle a acquise en Afrique de l'est et dans l'Océan indien. Elle développe actuellement une stratégie pour le golfe de Guinée, avec une vision plus large du rôle de l'Union européenne en matière de sûreté maritime, pour agir partout où ses intérêts sont en jeu. Les chefs d'État et de gouvernement en ont fait une priorité lors d'un récent Conseil européen dédié aux questions de sécurité et de défense. Le golfe de Guinée en sera la première application, car je suis persuadé que les défis actuels appellent une réponse forte de l'ensemble des États-membres de l'Union européenne.





Enfin, et vous le savez, le Gouvernement souhaite rapidement voir adopter une loi pour autoriser et encadrer le recours à des gardes armés privés, assurant la sûreté des navires battant pavillon français. Cette autorisation restera conditionnée aux règles que chaque État applique souverainement dans les eaux territoriales. Je m'engage ici à promouvoir notre cadre juridique, protecteur de toutes les parties, auprès de mes interlocuteurs. Je vous le rappelle cependant, cette législation ne s'appliquera qu'aux navires battant pavillon français. Il reste cependant à voir si le pouvoir règlementaire retiendra le Golfe de Guinée comme une zone d'application.

Chacun le comprend, nous avons encore beaucoup de travail à accomplir ensemble. Je saisis cette occasion pour vous rappeler que la mise en œuvre des Best Maritime Practices par l'industrie maritime en Océan Indien a permis de largement diminuer la vulnérabilité des navires de commerce. Si l'ensemble des mesures recommandées ne sont pas forcément transposables au golfe de Guinée, les leçons de leurs succès doivent être tirées, à votre profit, de ce côté de l'Afrique.

Afin de coordonner ce travail encore à venir, je vous annonce que j'ai décidé de nommer ce jour le vice-amiral d'escadre Bruno Paulmier comme coordinateur pour les affaires de sûreté maritime au sein du ministère de la Défense. Il sera donc votre interlocuteur direct. Je lui accorde toute ma confiance pour mettre en œuvre notre politique dans ce domaine, en liaison avec son homologue du ministère des Affaires étrangères avec laquelle certains d'entre vous ont déjà eu des contacts.


Je vous remercie.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 13 février 2014

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