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17 septembre 2026

biscuit de mer et pain de munition Toulon et sa boulangerie

biscuit de mer et pain de munition

Je reviens sur un article précédent qui parlait des approvisionnements à Toulon et de la cherté des produits dont le prix du pain de munition. Ma curiosité m'a poussé jusqu'à la boulangerie de l'arsenal et à découvrir un nouveau nom sur la Mer : 


JOYEUSE (Jean-Baptiste-Xavier), agronome et naturaliste français qui vivait au XVIIIe siècle. 

Il fut, en qualité de commissaire de la marine, chargé de la surveillance des vivres de la marine. Dans cette position, il chercha les moyens de perfectionner les procédés de fabrication des salaisons, de conserver sans altération l’eau douce des navires, de préserver le biscuit des vers, de garantir le blé des charançons, etc. On lui doit les ouvrages suivants : 

Histoire des charançons, avec des moyens pour' les détruire (Avignon, 1768) ; 

Exposition de la nouvelle agriculture (1772) ; 

Histoire des vers gui s’engendrent dans le biscuit (1778).




A Toulon, la situation alimentaire des marins doit être replacée dans le cadre du fonctionnement de la Marine à la fin du XVIIIe siècle. Le matelot ne paie normalement pas son repas individuellement : la Marine lui fournit une ration réglementaire, comprenant notamment pain ou biscuit, vin, viande ou lard, morue et légumes secs. Les vivres sont délivrés collectivement à l’équipage et préparés à bord. La ration constitue donc une prestation liée au service, et non une dépense quotidienne à la charge du marin.



Les officiers relèvent d’un système différent. Leur alimentation est organisée séparément, autour de la table des officiers, avec des rations et allocations correspondant à leur grade. Il ne faut donc pas opposer simplement des matelots « nourris gratuitement » à des officiers qui auraient payé leurs repas : les deux catégories bénéficient d’un régime alimentaire réglementé, mais selon des modalités différentes.



En mars 1800, l’approvisionnement revêt une importance particulière à Toulon. Le port et son arsenal préparent les bâtiments et constituent les stocks nécessaires aux prochains embarquements. La Marine dispose notamment d’importantes installations de boulangerie destinées à produire le biscuit de mer, indispensable aux longues campagnes. Dans ce contexte, la remarque de Jean-François Comma selon laquelle « le pain de munition est cher » prend tout son intérêt. Elle ne signifie probablement pas qu’il doit acheter lui-même sa ration quotidienne, mais peut témoigner de la cherté des approvisionnements et des difficultés qui accompagnent alors les préparatifs navals.

La boulangerie de l’Arsenal de Toulon : nourrir les marins de la flotte



Dans un grand arsenal maritime, il ne suffisait pas de construire, d’armer et de réparer les vaisseaux : il fallait aussi nourrir quotidiennement des milliers d’hommes. À Toulon, principal port militaire français de la Méditerranée, cette nécessité explique l’existence d’importants services chargés des vivres. Magasins de farine, réserves alimentaires, caves, ateliers et boulangerie formaient une infrastructure indispensable au fonctionnement de la flotte. Derrière les quais encombrés de canons, de cordages, de bois et de voiles, une activité beaucoup plus familière se déroulait donc chaque jour : on pétrissait la farine, on entretenait les feux et on enfournait le pain destiné aux hommes de la Marine.

Une véritable industrie au service de la flotte


La boulangerie de l’Arsenal ne doit pas être imaginée comme celle d’un village simplement agrandie. Elle appartenait à une organisation administrative et logistique considérable. Toulon pouvait accueillir simultanément les équipages des bâtiments présents dans la rade, les ouvriers de l’arsenal, les soldats et les personnels des différents services de la Marine. Lors des préparatifs d'une escadre ou d'une campagne, les besoins augmentaient brutalement. L'approvisionnement devait être prévu longtemps à l'avance : acheter et stocker les grains ou les farines, contrôler leur qualité, éviter l'humidité et les insectes, disposer du combustible nécessaire et organiser une production régulière.



Les fours constituaient le cœur de cette installation. De grandes quantités de pain pouvaient y être cuites successivement, ce qui exigeait une organisation précise du travail. Le chauffage d'un four maçonné demandait du temps et beaucoup de combustible. Une fois la température obtenue, les braises étaient retirées ou réparties selon le type de four, la sole était préparée, puis les pains étaient enfournés à l'aide de longues pelles. Les fournées se succédaient suivant les besoins de l'arsenal et des bâtiments.



Autour des fours travaillaient boulangers, aides et manutentionnaires. Mais derrière eux intervenait toute une chaîne d'approvisionnement : fournisseurs de grains et de farine, meuniers, voituriers, magasiniers, employés chargés des vivres et agents de l'administration maritime. Un simple morceau de pain distribué à un matelot était ainsi le résultat d'une organisation qui commençait parfois très loin de Toulon.


Du pain pour le port, du biscuit pour la mer

Il faut cependant distinguer le pain consommé à terre ou pendant les premiers jours d'une navigation du biscuit de mer, indispensable aux campagnes prolongées. Le pain ordinaire se conservait mal dans l'atmosphère chaude et humide d'un navire. Pour les traversées et les longues campagnes, la Marine embarquait donc des aliments capables de résister au temps, parmi lesquels le biscuit occupait une place essentielle.


Ce biscuit n'était pas le biscuit sucré que nous connaissons aujourd'hui. Il s'agissait d'un pain très sec, composé principalement de farine et d'eau et préparé de manière à contenir le moins possible d'humidité. Correctement conservé, il pouvait être gardé pendant des mois. Il était rangé à bord avec beaucoup de précautions, car l'eau, les moisissures et les insectes constituaient des ennemis permanents.

Pain et biscuit répondaient ainsi à deux besoins différents. Le premier appartenait à l'alimentation quotidienne des hommes présents dans le port et pouvait également être embarqué pour une consommation rapide. Le second constituait une véritable réserve stratégique permettant à un bâtiment de rester longtemps en mer sans ravitaillement.


Des fours qui ne devaient jamais manquer


Le four à pain était donc aussi important pour un arsenal que les magasins de cordages ou les ateliers de réparation. Une escadre pouvait disposer de magnifiques vaisseaux et de centaines de canons : sans eau et sans vivres, elle ne pouvait appareiller.



Cette importance explique l'attention portée par l'administration de la Marine aux approvisionnements. Les quantités nécessaires étaient calculées en fonction du nombre d'hommes et de la durée prévue des campagnes. La farine devait être conservée dans de bonnes conditions et les distributions surveillées. Une mauvaise récolte, une hausse du prix des grains, un retard dans les transports ou une farine avariée pouvaient avoir des conséquences immédiates sur le fonctionnement du port.

À Toulon, cette question prenait une dimension particulière. La ville et l'arsenal constituaient un immense centre de consommation. Lorsque plusieurs bâtiments étaient préparés simultanément, il fallait réunir en peu de temps des provisions considérables. Le pain permet ainsi de découvrir une face moins spectaculaire mais fondamentale de l'histoire navale : celle de la logistique.


Le feu au cœur de l’Arsenal


Une grande boulangerie présentait également un danger évident : le feu. Dans un arsenal rempli de bois, de goudron, de cordages, de voiles et de matières combustibles, la présence de fours fonctionnant quotidiennement exigeait d'importantes précautions. Les fours étaient construits en maçonnerie épaisse et les locaux devaient être conçus pour limiter les risques d'incendie.

Le combustible représentait lui-même une part importante du fonctionnement de la boulangerie. Avant même de produire une miche, il fallait donc approvisionner l'Arsenal en farine mais aussi en bois destiné aux fours. L'alimentation des marins dépendait ainsi directement des campagnes environnantes, des voies de transport et des fournisseurs travaillant pour la Marine.

Quand l’escadre se prépare


Imaginons Toulon à la veille du départ d'une escadre, à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle. Sur les quais, les charpentiers terminent une réparation. Les calfats travaillent sur une coque. Des tonneaux roulent vers les bâtiments. Des ballots de toile, des cordages et des pièces de rechange sont embarqués. Les fournisseurs arrivent avec leurs charrettes.

Pendant ce temps, dans les bâtiments des vivres, l'activité est tout aussi intense. Les sacs de farine sont déplacés, pesés et comptés. Les boulangers travaillent devant les fours chauffés depuis plusieurs heures. Les fournées se succèdent. Une partie des provisions doit nourrir immédiatement les hommes ; une autre doit permettre aux navires de vivre loin de leur port d'attache.

Chaque bâtiment emporte en effet une petite société flottante : officiers, matelots, soldats, canonniers, charpentiers, calfats et autres spécialistes. Tous doivent manger chaque jour. Pour une escadre réunissant plusieurs milliers d'hommes, les quantités deviennent considérables.

Une autre manière de raconter l’histoire maritime

Les anciens fours de Toulon nous rappellent finalement une évidence souvent oubliée lorsque nous admirons les grands vaisseaux de guerre : un navire ne navigue pas seulement avec des voiles et des canons, mais avec des hommes qu'il faut nourrir.

Derrière les victoires navales, les campagnes lointaines et les grandes expéditions se trouvait donc une immense organisation terrestre. Le boulanger de l'Arsenal appartient à cette histoire au même titre que le charpentier, le voilier, le cordier ou le tonnelier. Sans lui, pas de pain ; sans provisions, pas d'équipage capable de tenir la mer ; et sans équipage, même le plus puissant des vaisseaux serait resté immobile dans la rade.

La boulangerie de l'Arsenal de Toulon constitue ainsi un remarquable témoignage de cette histoire quotidienne de la Marine. Ses fours racontent moins les batailles que les milliers de gestes nécessaires pour rendre celles-ci possibles. Ils nous conduisent des champs de blé jusqu'aux magasins de l'Arsenal, puis des fournils de Toulon jusqu'aux tables des équipages embarqués en Méditerranée.


Sources

Plan et Façades de la Boulangerie de la Marine de Toulon]- tiré de la liasse intitulé plan et profil de la ville de toulon communiquée en Dépôt des Fons le 5 février 1822

La description architecturale est très précise : il subsiste sept des huit fours de cette aile. La grande salle de service est divisée en deux nefs voûtées d'arêtes ; les bouches des fours sont encadrées de briques et couvertes en plein cintre. Les conduits de fumée sont encore lisibles dans la maçonnerie.



19 février 2023

le biscuit et la Marine boulangerie pain PH Jeanne d'Arc

le biscuit et la Marine

Si l'expression "tremper son biscuit" est devenue avec le temps une expression à caractère sexuel et a pris un sens vulgaire, à bord des navires, aux temps anciens, les marins trempaient quotidiennement leurs biscuits.


Boulangerie JDA Photo JM Bergougniou

Le biscuit de mer, aussi nommé galette, est une sorte de biscuit ou de pain sec utilisé par les marins lors des voyages au long cours. Il est composé d'eau, de levain et de farine. Il est plat et peut être de forme ronde ou carrée. Il est à l'origine du «pain de guerre».

Boulangerie JDA les fours Photo JM Bergougniou
Le biscuit de mer, connu depuis le Moyen Âge, ne disparaîtra des navires de guerre français qu'avec la décision ministérielle du 26 août 1937. Il sera alors remplacé par le pain cuit à bord.



Suppression du biscuit de mer

M. Lockroy vient de prendre, en ce qui concerne la nourriture des marins, une importante mesure qui sera bien accueillie par les équipages. Le biscuit, ce genre d’alimentation qu’un commissaire aux subsistances déclarait suranné, va être remplacé par du pain conservé dit « pain de guerre. » La délivrance du biscuit sera supprimée après la consommation des stocks actuels. 

Boulangerie JDA la main à la pâte Photo JM Bergougniou
Avec la machinerie des bâtiments de guerre, les procédés de conservation de la farine et les appareils dislillatoires, la fabrication du pain est devenue facile à bord et les équipages pourront être nourris presque exclusivement de pain frais ou de pain récemment fabriqué. Cette mesure va permettre de supprimer dans les ports de guerre un service d’approvisionnements dispendieux et une manutention coûteuse. 

Boulangerie JDA Photo JM Bergougniou

Cependant, disent d’autres journaux, la décision du ministre de la marine, annonçant la prochaine suppression des ateliers de meunerie et boulangerie des arsenaux de Brest et de Toulon, cause une émotion considérable. 

La croix des marins 22-03-1896



Les biscuits sont transportés en sacs. Ils sont rangés, en vrac, dans des boites de 2 mètres sur 2 environ, dans l'entrepont. Ces boites sont calfatées. Elles ne seront ouvertes que pour en distribuer le contenu. Les soutes à biscuits sont disposées sous la sainte-barbe et au-dessus de la soute aux poudres. Elles sont donc situées à l'arrière du navire, dans un endroit où l'humidité sera limitée.






 

Officiellement, le biscuit de mer peut se conserver jusqu'à 2 ans, mais cela dépend des conditions dans lesquelles il est conservé. 

 


 

Photo Yann Le Ny

Dans la Marine nationale, la ration est de 20 onces, soit plus de 600 grammes, et représente environ les deux-tiers de l'apport calorique estimé. Le marin en consomme une galette par repas.


Photo Yann Le Ny
Le biscuit, bien conservé, est pratiquement impossible à mordre et à mâcher. Il est nécessaire de l'humidifier avant d'essayer de le consommer. Le premier travail est de le casser. Sur le bord de la table ou en tapant dessus (après avoir pris la précaution de l'envelopper dans un linge pour éviter la dispersion des morceaux

Photo Yann Le Ny
Ceux-ci peuvent alors être suçotés, mâchés ou, plus fréquemment, mis dans la soupe, la sauce du plat ou la chopine de boisson...



Photo Yann Le Ny
Cette expression apparue au milieu du XXe siècle est une évolution de l'ancienne expression "tremper son pain au pot", image très parlante pour qui est un peu au fait de la manière de faire les bébés.
Il est possible que le 'biscuit', petite douceur qu'on s'accorde bien volontiers, vienne du vieux terme 'bistoquette' qui désignait le pénis, instrument dont la forme est proche d'un boudoir, biscuit qui a pu faciliter la naissance de l'image.
Ce mot est issu du latin médiéval 'biscoctus' qui signifiait "cuit deux fois" et qu'on retrouve en espagnol 'bizcocho', en italien 'biscotto' (qui a donné 'biscotte'), en portugais 'biscuto' et en provençal 'bescueit'.


Photo Yann Le Ny
Le pain et le biscuit à bord 
Il est question au ministère de la Marine de faire installer à bord des bâtiments des pétrisseuses mécaniques et des fours permettant de fabriquer le pain nécessaire aux équipages ; le biscuit ne serait plus délivré qu’à un repas par semaine au lieu de trois ; il servirait de denrée de réserve. En escadre, les bâtiments considérables qui seuls pourront posséder la nouvelle installation fourniraient les rations nécessaires aux petites unités, telles que torpilleurs et contre-torpilleurs, dont l’aménagement tout spécial et forcément limité ne se prêterait pas à eette innovation. Des essais seraient faits incessamment afin que les bâtiments en construetion soient dotés des nouveaux engins de panification. Il serait pris modèle, paraît-il, sur les fours de campagne de l’armée en tant que système.


La croix des marins 14-09-1902

En voyant ces croissants je ne peux m'empêcher de penser à une chanson de Bobby la pointe appelée "Revanche"


"Mais quand qu'c'est dimanche
J'paye un croissant au chien
Le chien lui il s'en fout...
Ça ou du pain...
Mais le bourgeois qui passe
Sur le trottoir d'en face
Ça le fout en pétard
C'est rigolard
Et j'en jouis
Toute la nuit"



Sources

Wikipédia
Gallica BnF
La Croix des Marins

L'école des pilotesde la Flotte Saint-Servan Saint-Malo Ille & Vilaine

L’École des pilotes de la Flotte à Saint-Servan Aujourd'hui occupé par l'Enim, le bâtiment a connu plusieurs vies Le bâtiment princi...