26 octobre 2026

Louis Antoine Mizon Marin explorateur Mayotte 1899

Louis Mizon, un marin explorateur à Mayotte

La sortie prochaine d'un timbre sur la résidence du gouverneur à Mayotte me fait souvenir de la tombe d'un marin rencontrée au vieux cimetière chrétien de Pamanzi. Je vous propose d'en reparler. 

La tombe de Mizon au cimetière de Pamanzi © JM Bergougniou

A Mayotte, dans le vieux cimetière chrétien de Petite-Terre, également appelé cimetière de Pamanzi ou de Sandravouangué 
créé en 1843. je suis tombé sur cette plaque dédiée à Louis Mizon (1853-1899). Elle rappelle le parcours peu ordinaire d’un officier de marine devenu explorateur de l’Afrique.



Louis Mizon, un marin explorateur au destin tragique

Au cimetière de Petite-Terre, à Mayotte, parmi les tombes et les croix de fer, une plaque attire le regard. Quelques mots gravés dans le métal : « Officier de Marine, Explorateur de l’Afrique, Gouverneur de Mayotte ». Le nom de Louis Mizon est là, discret, mais derrière lui se cache une vie riche en aventures et une fin tragique.

Né à Paris le 16 juillet 1853, Louis Alexandre Antoine Mizon choisit très jeune la Marine. Mais c’est vers l’Afrique que son goût de l’aventure va bientôt le conduire.

En 1890, il se lance dans une grande expédition. Il remonte le Niger et la Bénoué, atteint Yola et explore l’Adamaoua. 


Les voyages sont difficiles, les obstacles nombreux. Sur place, il doit aussi affronter la méfiance et les manœuvres de la Royal Niger Company britannique, qui défend ses propres intérêts commerciaux. L’affaire prend une dimension politique et provoque des tensions entre la France et l’Angleterre.


Mizon ne se laisse pourtant pas décourager. Il cherche à nouer des relations avec les chefs locaux et à développer la présence française dans la région. Ses explorations lui valent une certaine célébrité et la Légion d’honneur en 1892.

Après les pistes africaines vient le temps de l’administration. En 1896, il est nommé résident français à Majunga, à Madagascar, puis administrateur de Mayotte en 1897. Une nouvelle étape commence, loin des grandes expéditions, mais toujours au service de la France.

Il n'arrivera jamais à Djibouti

En mars 1899, une nouvelle nomination l’attend : il doit rejoindre Djibouti, à la tête de la Côte française des Somalis. Pourtant, il ne prendra jamais ses fonctions.


Les journaux annoncent d’abord sa mort en évoquant une mystérieuse « fièvre chaude ». Puis les courriers arrivés de Mayotte révèlent la vérité. Le 22 mars 1899, vers neuf heures du soir, une détonation retentit près du bâtiment du gouvernement. Dans sa chambre, Louis Mizon est retrouvé mort, atteint d’une balle tirée avec un fusil Winchester transformé.

La résidence du gouverneur Mayotte Dzaoudzi © JM Bergougniou


Que s’est-il passé ? Une correspondance de presse évoque la visite d’un inspecteur des finances peu avant le drame. Mais les documents disponibles ne permettent pas d’établir un lien certain. Les raisons de son geste restent donc incertaines.

À quarante-cinq ans, l’explorateur disparaît ainsi à Mayotte, au moment même où une nouvelle mission s’ouvrait devant lui.




Aujourd’hui, sa plaque au cimetière de Petite-Terre nous invite à remonter le fil de cette existence singulière. 

Derrière le nom gravé, on retrouve un marin parti explorer des territoires inconnus, un homme pris dans les rivalités coloniales de son époque et un destin brutalement interrompu.

Il suffit parfois d’une vieille plaque pour qu’une histoire oubliée reprenne vie.

« Le lieutenant de vaisseau Mizon meurt à quarante-cinq ans sur cette terre d’Afrique qu’il aimait tant, au moment où, se reposant de ses admirables explorations, il venait d’être nommé gouverneur de la côte française des Somalis. Il était né à Paris le 16 juillet 1853 et avait pris du service à seize ans. Aspirant de marine le 9 décembre 1872, enseigne de vaisseau le 27 avril 1875, lieutenant de vaisseau le 10 juillet 1882, il était officier de la Légion d’honneur depuis le 22 juin 1892. Après la conquête de Madagascar, il avait été nommé, en 1896, résident de France à Majunga, puis administrateur de Mayotte, d’où il était passé, il y a un mois, au gouvernement de Djibouti, en remplacement de M. Lagarde.

Ce Parisien de Paris, né place des Vosges, avait l’amour du continent noir. Il accomplit, au sortir du Borda, ses premiers embarquements sur les croiseurs des côtes africaines. Il explora une première fois le Congo, puis entreprit un long et périlleux voyage au centre de l’Afrique. Puis, en 1890, il s’aperçut que l’on était en train de nous couper la route du Tchad ; il quitta alors la marine et traversa le delta du Niger.

On se souvient qu’à cette époque le lieutenant Mizon fut arrêté par l’ordre de la Royal Niger Cy, et interné à Akassa, alors qu’il voulait pénétrer dans le Bornou et l’Adamaoua. Ce jour-là notre compatriote fut victime d’un acte arbitraire, indigne, qui était une violation monstrueuse de l’acte de Berlin. Relâché sur l’ordre du gouvernement anglais, il continuait crânement sa marche en avant, remontait la Bénoué et pénétrait dans l’Adamaoua, où il fut fort bien reçu par le sultan du pays. »


« Après ce beau voyage il revint en France puis retourna dans l’Adamaoua ; il y fonda des factoreries françaises. Là encore il fut l’objet de manœuvres déloyales de la part de la Royal Niger, qui protesta contre les traités passés par lui avec les chefs du pays. Mizon revint en France sur ces entrefaites pour défendre nos droits méconnus et pendant son absence les Anglais firent saisir son bateau le Sergent-Molonune et brûlèrent ses factoreries. Ces faits sont bons à rappeler aux Anglais, qui nous reprochent en Afrique une politique de coups d’épingle. »



« Le lendemain du jour où paraissait à l’Officiel la nomination du lieutenant de vaisseau Mizon comme gouverneur du protectorat de la Côte des Somalis et dépendances, une dépêche de Mayotte annonçait sa mort, survenue dans un accès de fièvre chaude.

Aujourd’hui, que les courriers de Madagascar sont arrivés, nous avons, sur cette mort si soudaine, des renseignements qui ne laissent plus aucun doute sur le suicide du lieutenant Mizon. Voici, en effet, ce que nous écrit un de nos correspondants de Mayotte :

Le 22 mars, vers neuf heures du soir, nous entendions une forte détonation du côté du gouvernement. Nous sommes allés immédiatement de ce côté, et arrivés dans la chambre de M. Mizon, nous l’avons trouvé allongé et la poitrine trouée par une balle genre Lebel, qui s’était tirée avec un fusil Winchester transformé. La mort a été instantanée. Nous l’avons conduit à sa dernière demeure, et l’avons déposé côte à côte de feu M. Pereton, ex-administrateur de Mayotte. »

« D’autre part, une autre correspondance nous annonce que c’est après la visite d’un inspecteur des finances, envoyé par le ministère des colonies, que M. Mizon s’est suicidé.

Louis Mizon était âgé de 48 ans. Enseigne de vaisseau en 1875, il fut, dès cette époque, un des auxiliaires les plus précieux de M. de Brazza.

Lieutenant de vaisseau sept ans après, il partit en octobre 1890 pour son grand voyage d’exploration. Il traversa le delta du Niger, explora ce fleuve et le Congo, remonta la Bénoué et pénétra dans l’Adamaoua qu’il put visiter en dépit des difficultés et des périls que lui créaient à tout instant les agents de la Royal Niger et Cie. Ses démêlés donnèrent lieu à de vives contestations entre la France et l’Angleterre. Grâce à son énergie, il triompha cependant et parvint à entrer dans Yola, où il signa avec le sultan un traité d’amitié et de commerce. Il rentra en France par Porto-Novo, et pour récompense fut nommé officier de la Légion d’honneur.

En 1895, le lieutenant de vaisseau Mizon fut envoyé à Majunga comme résident de 1re classe. Deux ans plus tard, il était transféré comme gouverneur à Mayotte. »

Sources

BnF Gallica

https://parcoursdeviesdanslaroyale.fr/officiers_mizon_louis.htm

L'Eclair / 29 mars 1899

La Dépêche / 16 avril 1899

25 octobre 2026

Congrès de Chamalières le banc des belles-mères Marcophilie navale grotte du chien Royat

Congrès de Chamalières le banc des belles-mères

Je viens de recevoir le dernier numéro de Timbres Magazine avec un long article cartophile sur les cartes postales des stations thermales.
Très bel article mais cependant je dois reconnaître que certaines d'entre elles ont été oubliées... Découverte lors de notre congrès de Chamalières, Marius vous invite à découvrir la grotte du chien.



Pourquoi donc les chiens s'y évanouissaient quand leurs maîtres ne ressentaient pas le moindre trouble ? Un mystère entretenu, qui a beaucoup fait pour la célébrité de cette grotte chamalièroise.

Mystère ! L'étrange phénomène constaté au fond d'une grotte chamalièroise est longtemps resté inexpliqué : pourquoi un homme pouvait-il y pénétrer sans ressentir le moindre trouble quand son chien ne tardait pas à s'asphyxier et à périr en moins de dix minutes ?

Un "étouffis" célèbre

Propriété d'un meunier qui y entreposait son vin, ce dernier avait lui même failli y mourir étouffé à trois reprises. C'est pourquoi il l'avait baptisée "l'étouffis" et ne s'y rendait qu'avec prudence. Cet "étouffis" devient célèbre à partir de 1787, après la visite de l'écrivain Lagrand d'Aussy qui parcourut l'Auvergne comme naturaliste entre 1787 et 1788.

Le gardien faisait un numéro fort bien rodé avec son chien

De là datent les premiers écrits sur la grotte du chien et les premières visites, ponctuelles. Elles ne deviendront organisées qu'un siècle plus tard, à partir de 1875 : le gardien faisait un numéro fort bien rodé avec son chien qui, une fois entré dans la grotte, ne tardait pas à tomber comme mort. Il le prenait alors dans ses bras et allait le déposer à l'extérieur où, sous les yeux des touristes ébahis, il reprenait vie avant de s'enfuir en courant.


Le célèbre banc des belles-mères. photo Fred Marquet
Du gaz carbonique, plus lourd que l'air


Bien qu’entretenu, le mystère était pourtant élucidé depuis plusieurs années : du gaz carbonique, plus lourd que l'air, pénètre par des failles à l'intérieur de la grotte et stagne jusqu'à une hauteur d'environ 1,50 mètres. Au delà, aucun risque, mais en dessous, on s'évanouit en deux minutes et on périt en dix !
Un plan machiavélique pour se débarrasser de sa belle mère
A tel point qu'un ancien propriétaire avait imaginé un plan machiavélique pour se débarrasser de sa belle mère en installant, au fond de la grotte, un banc destiné à cette dernière.

Le plan échoua, la malheureuse femme parvenant à s'échapper en hurlant, mais l'histoire est restée et le banc, toujours présent, prit le nom de « banc des belles-mères ».

Pourtant le phénomène avait aussi ses vertus


Pourtant le phénomène avait aussi ses vertus : des malades venaient pour soigner arthrite, arthrose et rhumatisme tandis qu'on faisait également passer les enfants atteints de coqueluche : manquant d'air, ils se mettaient à tousser violemment, ce qui leur dégageait les bronches !




Phénomène géologique, mythes, atmosphère mystérieuse des grottes... pendant plus d'un siècle le succès de la grotte du chien, qui restera longtemps, avec la fontaine pétrifiante, une des plus célèbres attractions de l'agglomération, ne se démentira pas...
Dès la première année d'exploitation, elle attire 10.000 visiteurs

Elle était même citée dans les manuels scolaires. Jusqu'à ce que ses propriétaires la laissent à l'abandon en 1986. Il faudra que Claude et Huguette Girard, propriétaires d'autres grottes en France, la rachètent en 1994 pour qu'elle connaisse une nouvelle vie : dès la première année d'exploitation, elle attire 10.000 visiteurs.
Fermée pour manque de rentabilité

A nouveau mise en vente en 2004, elle est rachetée 187.000 € par les deux municipalités de Royat et Chamalières qui décident finalement de la fermer pour manque de rentabilité.


Depuis la grotte continue à se remplir de gaz carbonique. Jamais dérangée, le niveau y est même monté d'une dizaine de centimètres... mais comme plus aucune belle mère ne s'assoit sur son banc, on n'y a pas rapporté le moindre problème.

Le banc des Belles-Mères. 

Dans une grotte du Massif Central, il existe une curiosité. Un chien entre-t-il dans cette grotte, il meurt, des émanations de gaz carbonique traînant à ras du sol. Un être humain n’est pas incommodé, le gaz carbonique ne s’élevant pas suffisamment, l’air étant plus léger. Un banc existe dans cette grotte, si vous vous y asseyez, vous ne serez pas malade mais vous respirerez malaisément ; on a nommé ce banc le banc des Belles-Mères ! Faites attention, Mesdames qui avez gendres et brus ; faites attention, soyez indulgentes, douces, prévenantes, ne critiquez pas, fermez les yeux, ne dites pas : « De mon temps, les choses allaient mieux », qu’il ne soit pas pour vous le banc des Belles-Mères.


A Clermont-Ferrand, on visite la Fontaine pétrifiante ; vous connaissez assurément cette curiosité naturelle à la base de laquelle vous retrouverez l’acide carbonique. A la porte de l’établissement — car autour de la Fontaine on a construit un établissement —, un Monsieur très digne en cérémonieuse jaquette perçoit un droit d’entrée. Pendant que le guide nous prodiguait toutes les explications désirables, une petite dame qui se trouvait être ma voisine et que le ciel a assurément gratifiée d’une dose de crédulité très supérieure à la moyenne, paraissait s'inquiéter tort : « Il n’y a pas de danger au moins ? implorait-elle. Ça dépend. Madame, lui ai-je dit. On prétend qu'un personnage historique qui est resté trop longtemps ici, y a contracté la maladie de la pierre. » A la sortie de la fontaine pétrifiante, on vous remet un prospectus sur lequel on vous conseille d’aller voir la Grotte du Chien qui se trouve à Royat ; l’anonyme auteur du prospectus précise que la seule visite de la Grotte du Chien vaut le voyage en Auvergne. 



Voilà de la mauvaise publicité : le bluff et la réclame sont deux choses différentes et même opposées Nous avons été à Royat : devant la Grotte on nous a réclamé une redevance excessive. Sur le registre mis à la disposition des visiteurs pour y consigner leurs impressions, nous avons lu sous la signature « un groupe de soldats en manœuvre » cette réflexion tout à fait juste : « Beaucoup trop cher pour les militaires ! » ; immédiatement au dessous, quelqu’un avait ajouté : « Et aussi pour les civils I » 



On regrette d’autant plus son argent que le discours du guide est enfantin et qu’il n’y a à peu près rien à voir : si. trois bougies qui s'éteignent et dans une grotte exigue « le banc des belles- mères ». Comme le banc est en contre-bas, la présence du gaz peut être dangereuse pour qui y resterait longtemps assis. Sur le registre dont le vous parlais, j’ai lu : « Je suis restée un quart d’heure sur le banc et n’ai pas été le moins du monde incommodée : il faudra trouver autre chose pour se débarrasser de moi. Une belle-mère ». Je doute que la grotte du chien et la façon dont on l’exploite en exploitant surtout les clients favorisent l’Auvergne touristique..

Le Sud 23-août 1931

Femmes Françaises 15 octobre 1945

Louis Antoine Mizon Marin explorateur Mayotte 1899

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