Affichage des articles dont le libellé est Toulon. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Toulon. Afficher tous les articles

17 septembre 2026

biscuit de mer et pain de munition Toulon et sa boulangerie

biscuit de mer et pain de munition

Je reviens sur un article précédent qui parlait des approvisionnements à Toulon et de la cherté des produits dont le prix du pain de munition. Ma curiosité m'a poussé jusqu'à la boulangerie de l'arsenal et à découvrir un nouveau nom sur la Mer : 


JOYEUSE (Jean-Baptiste-Xavier), agronome et naturaliste français qui vivait au XVIIIe siècle. 

Il fut, en qualité de commissaire de la marine, chargé de la surveillance des vivres de la marine. Dans cette position, il chercha les moyens de perfectionner les procédés de fabrication des salaisons, de conserver sans altération l’eau douce des navires, de préserver le biscuit des vers, de garantir le blé des charançons, etc. On lui doit les ouvrages suivants : 

Histoire des charançons, avec des moyens pour' les détruire (Avignon, 1768) ; 

Exposition de la nouvelle agriculture (1772) ; 

Histoire des vers gui s’engendrent dans le biscuit (1778).




A Toulon, la situation alimentaire des marins doit être replacée dans le cadre du fonctionnement de la Marine à la fin du XVIIIe siècle. Le matelot ne paie normalement pas son repas individuellement : la Marine lui fournit une ration réglementaire, comprenant notamment pain ou biscuit, vin, viande ou lard, morue et légumes secs. Les vivres sont délivrés collectivement à l’équipage et préparés à bord. La ration constitue donc une prestation liée au service, et non une dépense quotidienne à la charge du marin.



Les officiers relèvent d’un système différent. Leur alimentation est organisée séparément, autour de la table des officiers, avec des rations et allocations correspondant à leur grade. Il ne faut donc pas opposer simplement des matelots « nourris gratuitement » à des officiers qui auraient payé leurs repas : les deux catégories bénéficient d’un régime alimentaire réglementé, mais selon des modalités différentes.



En mars 1800, l’approvisionnement revêt une importance particulière à Toulon. Le port et son arsenal préparent les bâtiments et constituent les stocks nécessaires aux prochains embarquements. La Marine dispose notamment d’importantes installations de boulangerie destinées à produire le biscuit de mer, indispensable aux longues campagnes. Dans ce contexte, la remarque de Jean-François Comma selon laquelle « le pain de munition est cher » prend tout son intérêt. Elle ne signifie probablement pas qu’il doit acheter lui-même sa ration quotidienne, mais peut témoigner de la cherté des approvisionnements et des difficultés qui accompagnent alors les préparatifs navals.

La boulangerie de l’Arsenal de Toulon : nourrir les marins de la flotte



Dans un grand arsenal maritime, il ne suffisait pas de construire, d’armer et de réparer les vaisseaux : il fallait aussi nourrir quotidiennement des milliers d’hommes. À Toulon, principal port militaire français de la Méditerranée, cette nécessité explique l’existence d’importants services chargés des vivres. Magasins de farine, réserves alimentaires, caves, ateliers et boulangerie formaient une infrastructure indispensable au fonctionnement de la flotte. Derrière les quais encombrés de canons, de cordages, de bois et de voiles, une activité beaucoup plus familière se déroulait donc chaque jour : on pétrissait la farine, on entretenait les feux et on enfournait le pain destiné aux hommes de la Marine.

Une véritable industrie au service de la flotte


La boulangerie de l’Arsenal ne doit pas être imaginée comme celle d’un village simplement agrandie. Elle appartenait à une organisation administrative et logistique considérable. Toulon pouvait accueillir simultanément les équipages des bâtiments présents dans la rade, les ouvriers de l’arsenal, les soldats et les personnels des différents services de la Marine. Lors des préparatifs d'une escadre ou d'une campagne, les besoins augmentaient brutalement. L'approvisionnement devait être prévu longtemps à l'avance : acheter et stocker les grains ou les farines, contrôler leur qualité, éviter l'humidité et les insectes, disposer du combustible nécessaire et organiser une production régulière.



Les fours constituaient le cœur de cette installation. De grandes quantités de pain pouvaient y être cuites successivement, ce qui exigeait une organisation précise du travail. Le chauffage d'un four maçonné demandait du temps et beaucoup de combustible. Une fois la température obtenue, les braises étaient retirées ou réparties selon le type de four, la sole était préparée, puis les pains étaient enfournés à l'aide de longues pelles. Les fournées se succédaient suivant les besoins de l'arsenal et des bâtiments.



Autour des fours travaillaient boulangers, aides et manutentionnaires. Mais derrière eux intervenait toute une chaîne d'approvisionnement : fournisseurs de grains et de farine, meuniers, voituriers, magasiniers, employés chargés des vivres et agents de l'administration maritime. Un simple morceau de pain distribué à un matelot était ainsi le résultat d'une organisation qui commençait parfois très loin de Toulon.


Du pain pour le port, du biscuit pour la mer

Il faut cependant distinguer le pain consommé à terre ou pendant les premiers jours d'une navigation du biscuit de mer, indispensable aux campagnes prolongées. Le pain ordinaire se conservait mal dans l'atmosphère chaude et humide d'un navire. Pour les traversées et les longues campagnes, la Marine embarquait donc des aliments capables de résister au temps, parmi lesquels le biscuit occupait une place essentielle.


Ce biscuit n'était pas le biscuit sucré que nous connaissons aujourd'hui. Il s'agissait d'un pain très sec, composé principalement de farine et d'eau et préparé de manière à contenir le moins possible d'humidité. Correctement conservé, il pouvait être gardé pendant des mois. Il était rangé à bord avec beaucoup de précautions, car l'eau, les moisissures et les insectes constituaient des ennemis permanents.

Pain et biscuit répondaient ainsi à deux besoins différents. Le premier appartenait à l'alimentation quotidienne des hommes présents dans le port et pouvait également être embarqué pour une consommation rapide. Le second constituait une véritable réserve stratégique permettant à un bâtiment de rester longtemps en mer sans ravitaillement.


Des fours qui ne devaient jamais manquer


Le four à pain était donc aussi important pour un arsenal que les magasins de cordages ou les ateliers de réparation. Une escadre pouvait disposer de magnifiques vaisseaux et de centaines de canons : sans eau et sans vivres, elle ne pouvait appareiller.



Cette importance explique l'attention portée par l'administration de la Marine aux approvisionnements. Les quantités nécessaires étaient calculées en fonction du nombre d'hommes et de la durée prévue des campagnes. La farine devait être conservée dans de bonnes conditions et les distributions surveillées. Une mauvaise récolte, une hausse du prix des grains, un retard dans les transports ou une farine avariée pouvaient avoir des conséquences immédiates sur le fonctionnement du port.

À Toulon, cette question prenait une dimension particulière. La ville et l'arsenal constituaient un immense centre de consommation. Lorsque plusieurs bâtiments étaient préparés simultanément, il fallait réunir en peu de temps des provisions considérables. Le pain permet ainsi de découvrir une face moins spectaculaire mais fondamentale de l'histoire navale : celle de la logistique.


Le feu au cœur de l’Arsenal


Une grande boulangerie présentait également un danger évident : le feu. Dans un arsenal rempli de bois, de goudron, de cordages, de voiles et de matières combustibles, la présence de fours fonctionnant quotidiennement exigeait d'importantes précautions. Les fours étaient construits en maçonnerie épaisse et les locaux devaient être conçus pour limiter les risques d'incendie.

Le combustible représentait lui-même une part importante du fonctionnement de la boulangerie. Avant même de produire une miche, il fallait donc approvisionner l'Arsenal en farine mais aussi en bois destiné aux fours. L'alimentation des marins dépendait ainsi directement des campagnes environnantes, des voies de transport et des fournisseurs travaillant pour la Marine.

Quand l’escadre se prépare


Imaginons Toulon à la veille du départ d'une escadre, à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle. Sur les quais, les charpentiers terminent une réparation. Les calfats travaillent sur une coque. Des tonneaux roulent vers les bâtiments. Des ballots de toile, des cordages et des pièces de rechange sont embarqués. Les fournisseurs arrivent avec leurs charrettes.

Pendant ce temps, dans les bâtiments des vivres, l'activité est tout aussi intense. Les sacs de farine sont déplacés, pesés et comptés. Les boulangers travaillent devant les fours chauffés depuis plusieurs heures. Les fournées se succèdent. Une partie des provisions doit nourrir immédiatement les hommes ; une autre doit permettre aux navires de vivre loin de leur port d'attache.

Chaque bâtiment emporte en effet une petite société flottante : officiers, matelots, soldats, canonniers, charpentiers, calfats et autres spécialistes. Tous doivent manger chaque jour. Pour une escadre réunissant plusieurs milliers d'hommes, les quantités deviennent considérables.

Une autre manière de raconter l’histoire maritime

Les anciens fours de Toulon nous rappellent finalement une évidence souvent oubliée lorsque nous admirons les grands vaisseaux de guerre : un navire ne navigue pas seulement avec des voiles et des canons, mais avec des hommes qu'il faut nourrir.

Derrière les victoires navales, les campagnes lointaines et les grandes expéditions se trouvait donc une immense organisation terrestre. Le boulanger de l'Arsenal appartient à cette histoire au même titre que le charpentier, le voilier, le cordier ou le tonnelier. Sans lui, pas de pain ; sans provisions, pas d'équipage capable de tenir la mer ; et sans équipage, même le plus puissant des vaisseaux serait resté immobile dans la rade.

La boulangerie de l'Arsenal de Toulon constitue ainsi un remarquable témoignage de cette histoire quotidienne de la Marine. Ses fours racontent moins les batailles que les milliers de gestes nécessaires pour rendre celles-ci possibles. Ils nous conduisent des champs de blé jusqu'aux magasins de l'Arsenal, puis des fournils de Toulon jusqu'aux tables des équipages embarqués en Méditerranée.


Sources

Plan et Façades de la Boulangerie de la Marine de Toulon]- tiré de la liasse intitulé plan et profil de la ville de toulon communiquée en Dépôt des Fons le 5 février 1822

La description architecturale est très précise : il subsiste sept des huit fours de cette aile. La grande salle de service est divisée en deux nefs voûtées d'arêtes ; les bouches des fours sont encadrées de briques et couvertes en plein cintre. Les conduits de fumée sont encore lisibles dans la maçonnerie.



13 septembre 2026

Déserter la Marine sous Napoléon : le sévère décret du 4 mai 1812 déserteur Port Brest Toulon Rochefort

Déserter la Marine sous Napoléon : le sévère décret du 4 mai 1812

En l'absence de plis de nos unités je reprends des textes napoléoniens sur la Marine dont ce décret du 4 mai 1812 sur kes déserteurs de la Marine. Les illustrations sont dues à l'IA qui peut toujours générer des erreurs et des incongruités...


Au printemps 1812, alors que l’Empire napoléonien atteint son extension maximale et que se prépare la campagne de Russie, la question des effectifs militaires est essentielle. La Marine n’échappe pas à cette préoccupation. Ports, arsenaux, bâtiments de guerre et flottilles nécessitent des milliers d’hommes, et la désertion constitue pour le pouvoir impérial un délit particulièrement grave. C’est dans ce contexte que Napoléon signe, au palais de Saint-Cloud, le 4 mai 1812, le décret impérial n° 7980 « relatif à la recherche et à la punition des Déserteurs de la Marine ». Publié quelques jours plus tard dans le Bulletin des lois n° 434, ce texte permet de mesurer toute la rigueur avec laquelle l’État entend maintenir les marins à leur poste.



Une désertion signalée dans les vingt-quatre heures

Le décret commence par organiser la recherche du fugitif. Napoléon décide qu’il ne sera désormais plus rendu de jugement par contumace pour désertion dans les armées navales, les ports et les arsenaux. Il faut donc retrouver l’homme et le présenter devant ses juges.



La responsabilité repose d’abord sur la hiérarchie. Commandants de bâtiments, chefs de corps, chefs de détachement et chefs de service doivent signaler le déserteur dans les vingt-quatre heures suivant son absence. L’information est transmise au ministre de la Marine ainsi qu’au premier inspecteur général de la gendarmerie afin que l’homme soit « recherché et arrêté ».


La disposition montre combien la lutte contre la désertion associe alors Marine, administration et gendarmerie. Le commandant qui néglige de déclarer rapidement la disparition risque lui-même une sanction : dix jours d’arrêt, voire une peine plus importante suivant les circonstances.

Des hommes que l’on conduit parfois vers la Marine

Le deuxième article révèle une réalité particulièrement intéressante. Tous les hommes servant dans la Marine impériale ne sont pas nécessairement des marins ayant librement choisi cette carrière. Le décret évoque les sous-officiers et soldats conduits comme « déserteur ou réfractaire » vers les régiments de Walcheren, de la Méditerranée, de l’île de Ré ou de Belle-Île, ainsi que vers les dépôts généraux de réfractaires.

Certains sont ensuite dirigés vers un équipage de haut-bord, une flottille ou un autre corps de la Marine. Le trajet lui-même est surveillé : abandonner son détachement pendant la route constitue une nouvelle désertion. Le décret maintient même une surveillance pénale particulière pendant les six premiers mois suivant l’arrivée de l’homme dans son nouveau corps.



Le boulet et le « double boulet »

Les articles 3 et 4 donnent une idée saisissante de la dureté du système pénal. Napoléon reprend des dispositions antérieures datant notamment de l’an XII, mais modifie certaines peines.





Le décret prévoit ainsi dix ans de boulet dans certains cas et dix ans de double boulet dans les cas les plus sévèrement sanctionnés. Il précise également que l’ancienne peine de la chaîne appliquée au crime de désertion est supprimée et transformée en peine du boulet.

Le terme ne doit pas être compris comme une simple image. Le « boulet » appartient au système des peines des bagnes et des travaux forcés : le condamné est entravé et soumis à un régime extrêmement dur. Derrière quelques lignes administratives du Bulletin des lois apparaît donc une réalité humaine particulièrement brutale.

Le déserteur gracié qui recommence risque la mort



L’article 5 est certainement le plus impressionnant du décret :

« Tout officier marinier, marin ou apprenti marin […] qui, après avoir obtenu grâce pour crime de désertion, ne se rendra pas au corps ou à la destination qui lui aura été assignée, ou qui en déserterait après s’y être rendu, sera puni de mort. »

Il faut bien préciser la portée de cette disposition. Le décret ne condamne pas automatiquement à mort tout marin qui déserte. La peine capitale vise ici une situation particulière : celle d'un homme ayant déjà été condamné pour désertion, ayant obtenu sa grâce, puis refusant de rejoindre sa nouvelle affectation ou désertant de nouveau.

Cette distinction est essentielle lorsqu’on utilise ce décret pour interpréter un dossier individuel.

La sévérité va néanmoins très loin puisque l’article 6 prévoit que la condamnation doit être exécutée dans les vingt-quatre heures. Un sursis demeure possible : il peut provenir de l’Empereur ou être décidé par l’amiral, le commandant des forces navales, le préfet maritime ou le chef de service ayant convoqué le conseil de guerre lorsque des circonstances sont susceptibles d’atténuer le crime.

Dans ce dernier cas, les raisons du sursis doivent être transmises au ministre de la Marine avec une copie du jugement. Même dans l’exception et la clémence, l’administration conserve donc une trace écrite de la décision.

Arrêter le déserteur pour le juger

Le décret organise également ce qui doit arriver au marin retrouvé. L’article 8 prévoit que l’officier marinier, le marin ou l’apprenti marin arrêté pour désertion doit être reconduit à son corps, à son bâtiment ou dans le port auquel il était destiné afin d’y être jugé.



Mais Napoléon prévoit les difficultés pratiques. Un bâtiment peut avoir quitté son mouillage depuis plusieurs semaines lorsque son déserteur est retrouvé. Le corps auquel appartient l’homme peut également se trouver très loin. Lorsque le dépôt se situe au-delà du Rhin, des Alpes ou des Pyrénées, ou lorsque le navire a déjà pris la mer, le prévenu est alors conduit et jugé dans le port le plus proche de son lieu d’arrestation.

Cette disposition est particulièrement utile pour comprendre les archives judiciaires de la Marine : le lieu où un déserteur est jugé n'est donc pas nécessairement celui de son bâtiment ou de son affectation initiale.

Derrière le mot « déserteur »

Pour l’historien, le décret du 4 mai 1812 donne une autre dimension aux mentions parfois très laconiques rencontrées dans les registres : « déserté », « déserteur », « arrêté comme déserteur », « absent » ou « rayé pour désertion ».

Derrière ces quelques mots se met potentiellement en mouvement toute une administration. L’absence doit être constatée, le signalement établi, le ministère de la Marine informé, la gendarmerie chargée des recherches, l’homme arrêté puis conduit vers l'autorité maritime compétente et enfin traduit devant la justice.


Il faut également imaginer ce que signifie la désertion pour l'homme lui-même. Quitter son bâtiment ou ne pas rejoindre son affectation implique de vivre dans la clandestinité, de changer éventuellement de nom ou de domicile et d'éviter les autorités susceptibles de demander des papiers. Le retour dans sa famille n'offre pas nécessairement une sécurité : la gendarmerie peut précisément rechercher le fugitif dans les lieux où elle estime pouvoir le retrouver.

13 août 2026

Toulon arrivée du SNA de Grasse 2 juillet 2026 sous-marin nucléaire d'attaque barracuda

Toulon arrivée du SNA de Grasse 2 juillet 2026 

Encore une lettre qui a pris son temps


Il y a les lettres express, les lettres prioritaires… et puis il y a les autres.

Celle-ci est partie tranquillement de Toulon le 2 juillet 2026. Elle avait visiblement décidé de profiter de l’été avant d’arriver à destination. Résultat : 41 jours de voyage, pour finalement atteindre son destinataire le 12 août.

À ce rythme-là, ce n’est plus du courrier, c’est du tourisme postal. On imagine volontiers l’enveloppe faire quelques détours, prendre le temps d’admirer le paysage, peut-être même s’accorder quelques jours de vacances avant de reprendre la route.

Partie le 2 juillet, arrivée le 12 août : la lettre aura donc passé plus d’un mois en chemin. Une belle performance pour un simple morceau de papier.

Il faut reconnaître une certaine constance : quand La Poste prend son temps, elle le fait avec application.

La prochaine fois, autant lui mettre un GPS. Ou des palmes.


Le De Grasse arrive à Toulon

Le 2 juillet 2026, un nouveau pensionnaire a rejoint la rade de Toulon : le SNA De Grasse, quatrième sous-marin nucléaire d’attaque de la classe Suffren.

Long de près de 100 mètres, le bâtiment venait tout juste d’être livré à la Marine nationale, le 24 juin, après plusieurs mois d’essais à la mer. Huit jours plus tard, le voilà à Toulon, son port-base.

Mais pas question de partir immédiatement en mission. Le De Grasse doit encore poursuivre ses essais opérationnels avant son admission au service actif, prévue avant la fin de l’année.

Il rejoint ainsi le Suffren, le Duguay-Trouin et le Tourville, les trois premiers SNA de cette nouvelle génération déjà arrivés à Toulon.

Pour la base navale, c’est donc un nouveau chapitre qui s’ouvre dans le renouvellement de la flotte française. Pour les promeneurs de la rade, en revanche, il faudra avoir l’œil : un sous-marin de ce genre sait parfaitement se faire discret.

Le De Grasse est arrivé à Toulon. Il lui reste maintenant à faire ses preuves… et, surtout, à apprendre à disparaître sous l’eau.

18 juillet 2026

Port de la Montagne Toulon Le décret fondateur de l'administration civile de la Marine (14 pluviôse an II – 2 février 1794)

Port de la Montagne Toulon  décret fondateur de l'administration civile de la Marine (14 pluviôse an II – 2 février 1794)


Encore une lettre ancienne qui ne paie pas de mine bien qu'envoyée depuis Port de la Montagne.

 Nous avons déjà évoqué Bonaparte, le siège de la ville rebelle et la Marine à Toulon. On voit que le pli est adressé au citoyen Gourrhaud (?) inspecteur civil de la Marine à Marseille. Au verso un sceau de sire avec une ancre de marine.


Le sceau de la Marine de la République française


Apposé en cire rouge au verso de la lettre, ce sceau garantit l'authenticité de la correspondance et l'intégrité de son contenu. Il remplit la même fonction qu'un cachet officiel : toute rupture du sceau prouve que le courrier a été ouvert.

La légende circulaire se lit :

« MARINE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE »

Elle remplace les anciennes légendes royales utilisées sous l'Ancien Régime et affirme la nouvelle autorité de l'État républicain. Au centre figure une ancre de marine, symbole universel de la navigation et de la puissance navale. L'ancre est représentée avec son organeau (l'anneau supérieur) et son câble ou une aussière enroulée autour de la verge. Ce motif, hérité de l'iconographie maritime du XVIIIᵉ siècle, évoque la stabilité, la fidélité au service de l'État et la force de la Marine nationale.

Dans notre cas, le sceau n'est pas un sceau personnel mais un sceau de service. Il est utilisé par les administrations dépendant du ministère de la Marine, notamment :

les agents maritimes ; les inspecteurs civils de la Marine ; les commissaires de la Marine ; les bureaux des ports militaires ; les arsenaux de Brest, Rochefort, Lorient, Toulon (Port de la Montagne), Marseille et autres établissements maritimes de l'État.

Chaque administration possédait généralement une matrice officielle conservée sous la responsabilité du chef du service ou du secrétaire principal.

La présence de la mention « République française » situe ce sceau pendant la période révolutionnaire. Il apparaît après l'abolition de la monarchie en septembre 1792 et reste en usage sous la Convention nationale puis le Directoire. Sous le Consulat et l'Empire, les sceaux évoluent progressivement et les emblèmes impériaux remplacent les symboles républicains.

Au-delà de son aspect symbolique, ce sceau avait une valeur juridique. Il certifiait que la lettre provenait bien d'une autorité officielle de la Marine et que son contenu n'avait pas été altéré. Dans une administration où circulaient des ordres militaires, des mouvements de bâtiments, des transports de matériel et des décisions financières, cette garantie était essentielle.

L'en-tête de la lettre : un symbole de la Marine révolutionnaire



L'en-tête imprimé de cette lettre illustre parfaitement la transformation de l'administration maritime française sous la Révolution. Au sommet figurent les mots « LIBERTÉ » et « ÉGALITÉ », deux des principes fondateurs de la République, auxquels est ajoutée, selon l'usage de la période de la Terreur, la devise « OU LA MORT ». Cette formule, largement employée entre 1793 et 1794 sur les documents officiels, exprime l'engagement absolu attendu des citoyens envers la République.

Au centre apparaît une allégorie féminine de la Marine. Debout, coiffée du bonnet de la Liberté, elle tient de la main droite une pique surmontée du bonnet phrygien, symbole de l'affranchissement du peuple. De l'autre main, elle s'appuie sur un faisceau de licteur. Ce faisceau est constitué d'un assemblage de verges solidement liées autour d'une hache, dont le fer apparaît clairement sur le côté gauche. Hérité de la Rome antique, le faisceau symbolise l'autorité publique, la justice et la force de la loi. Cette représentation remplace les anciennes armes royales qui ornaient les correspondances de la Marine sous l'Ancien Régime. Désormais, ce n'est plus le roi qui garantit l'autorité des actes, mais la République.

À ses pieds figure l'inscription « MARINE », qui identifie clairement cette personnification comme celle de la Marine nationale.

Sous l'allégorie, la mention imprimée « Port de la Montagne » rappelle que la lettre est expédiée de Toulon, rebaptisée ainsi après la reprise de la ville aux troupes anglo-espagnoles en décembre 1793. Cette appellation, imposée par la Convention, fait référence au groupe politique de la Montagne, alors dominant.


La date est rédigée selon le calendrier républicain : « le 5e Sansculottide an II de la République française une et indivisible », soit le 21 septembre 1794, dernier jour de l'année républicaine avant le début de l'an III.


 L'emploi des jours complémentaires, appelés « Sans-culottides », souligne la volonté révolutionnaire de rompre avec le calendrier grégorien et les références religieuses.

Enfin, le numéro de correspondance, laissé manuscrit, montre qu'il s'agit d'un formulaire administratif préimprimé destiné aux services de la Marine. Ce type de papier officiel était utilisé par les agents maritimes, les inspecteurs civils, les commissaires et les autres administrations portuaires pour leur correspondance.

Une iconographie typique de l'an II

L'association de la devise « Liberté, Égalité, ou la Mort », de l'allégorie républicaine de la Marine et du calendrier révolutionnaire fait de cet en-tête un document caractéristique de l'an II de la République (1793-1794). 

Après la chute de Robespierre, la formule « ou la Mort » disparaîtra progressivement des documents officiels, remplacée par des en-têtes plus sobres sous le Directoire. Cette lettre constitue donc un témoignage remarquable de l'imagerie politique et administrative de la Marine française au plus fort de la Révolution.

L'expéditeur est l'Agent Maritime

Le décret fondateur de l'administration civile de la Marine (14 pluviôse an II – 2 février 1794)

Jean-Bon Saint-André


Le 14 pluviôse an II (2 février 1794), la Convention nationale adopte, sur le rapport de Jean-Bon Saint-André, un décret qui réorganise en profondeur l'administration civile de la Marine. 

Cette réforme intervient dans un contexte de guerre, alors que les ports militaires doivent être remis en état après les troubles révolutionnaires et la perte temporaire de Toulon. Le rapport de Jean-Bon Saint-André dénonce les abus de l'ancienne administration, héritée de l'Ancien Régime, jugée trop centralisée, coûteuse et inefficace. 

Le décret supprime les chefs principaux des bureaux civils (anciens ordonnateurs) et répartit les responsabilités entre les différents chefs de service, désormais directement responsables devant le ministre de la Marine. Chaque service reçoit ainsi une autonomie accrue, tandis que les responsabilités individuelles sont clairement définies. Cette réforme marque également l'apparition d'une nouvelle organisation dans les ports, fondée sur la collaboration entre un agent maritime, chargé de coordonner l'administration et l'exécution des décisions, et un inspecteur civil, chargé d'en contrôler l'application et la régularité. 


C'est précisément ce nouveau cadre administratif que reflète la lettre adressée au citoyen Gourbault, inspecteur civil de la Marine à Marseille, en septembre 1794. Ce document constitue ainsi un témoignage direct de la mise en œuvre de cette réforme dans les ports de la Méditerranée.

Rapport de Jean-bon-Saint-André, au nom du comité de salut public, relatif à l’organisation de l’administration civile de la marine dans les ports, lors de la séance du 14 pluviôse an II (2 février 1794) [rapport]

Tome LXXXIV - Du 9 au 25 pluviôse An II (28 janvier au 13 février 1794)

Les Sans-culottides : les fêtes de la République

À la fin de chaque année du calendrier républicain, les révolutionnaires ajoutèrent cinq journées particulières, appelées d'abord Sans-culottides, puis jours complémentaires. Elles permettaient de compléter les 360 jours des douze mois de trente jours afin de retrouver la durée réelle de l'année solaire. Lors des années sextiles, un sixième jour était ajouté : le Jour de la Révolution.

Ces journées n'étaient pas consacrées aux travaux agricoles comme le reste du calendrier. Elles étaient réservées aux fêtes civiques et à la célébration des valeurs de la jeune République. Chacune portait le nom d'une vertu : la Vertu, le Génie, le Travail, l'Opinion et les Récompenses. Elles donnaient lieu à des cérémonies publiques, des jeux, des chants, des distributions de prix aux citoyens méritants et des manifestations destinées à renforcer l'esprit républicain.

Aujourd'hui encore, ces journées constituent une curiosité de l'histoire de France et se rencontrent fréquemment dans les registres d'état civil et les archives de la période révolutionnaire (1793-1805).


Datée du 5e jour des Sans-culottides de l'an II (21 septembre 1794) cette lettre nous dévoile l'histoire de la Révolution, de la Marine, de Toulon et du calendrier révolutionnaire, je suis certain qu'elle dera date...



Les Sans-culottides étaient ainsi une période de réjouissances populaires, comparable à une fin d'année républicaine, où l'on célébrait les talents, les efforts et les valeurs civiques plutôt que les fêtes religieuses. Elles illustrent la volonté des révolutionnaires de créer un calendrier entièrement nouveau, fondé sur les principes de la République.
Nous reviendrons dans un prochain article sur le contenu de la lettre.

Sources

BnF Gallica

https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1962_num_84_1_34586_t1_0210_0000_10?utm_source=chatgpt.com


20 juin 2026

Les Chiourmes à Toulon en 1811 le bagne

Le bagne et les Chiourmes à Toulon 1811

Les bagnes ont été installés dans les grands ports militaires français parce que l'État avait besoin d'une main-d'œuvre abondante, peu coûteuse et constamment disponible pour les arsenaux de la Marine. Les forçats exécutaient les travaux les plus pénibles : manutention des bois, transport des canons, terrassements, creusement des bassins, entretien des quais, corderies et constructions navales. Deux documents évoquent ce bagne de Toulon.


L’histoire du bagne de Toulon commence en 1748. Il est édifié sur le quai du Grand Rang qui sépare vieille darse et darse neuve. A la fermeture du bagne de Marseille, plus d’un millier de prisonniers, ainsi que 11 galères, sont rapatriés au bagne de Toulon.

En 1811, la chiourme de Toulon désigne l'ensemble des forçats détenus au bagne de Toulon ainsi que l'administration chargée de leur surveillance.

Le mot chiourme vient du vocabulaire maritime méditerranéen. À l'origine, il désignait l'équipage de rameurs des galères. Après la disparition progressive des galères au XVIIIe siècle, le terme a été conservé pour désigner les condamnés aux travaux forcés.




À Toulon, principal arsenal militaire de la Méditerranée française, le bagne est installé depuis 1748 dans les anciens bâtiments de l'arsenal. En 1811, sous le Premier Empire, plusieurs milliers de forçats y sont détenus.



Les condamnés sont employés à :

la manutention dans l'arsenal ;

la réparation et la construction des navires ;

le transport des matériaux ;

le curage des bassins ;

divers travaux de force au profit de la Marine impériale.



Les forçats portent généralement :

une veste et un pantalon de grosse toile ;

un bonnet de couleur indiquant la nature ou la durée de la peine ;

une chaîne ou des fers, surtout lors des déplacements.

La discipline est très sévère. Les détenus sont regroupés dans de vastes salles appelées « salles de bagne ». La surveillance est assurée par des gardiens, soldats et employés de la Marine.



Le Bureau de la Chiourme, service administratif, est chargé :

d'enregistrer les condamnés ;

de tenir les matricules ;

de suivre les peines ;

de délivrer les extraits comme celui conservé ici.


En 1811, lorsque cet extrait est établi, Toulon est un port stratégique de l'Empire napoléonien. La main-d'œuvre pénale représente alors une ressource importante pour l'entretien de l'arsenal et de la flotte méditerranéenne.


On estime qu'à cette époque le bagne de Toulon compte entre 3 000 et 4 000 forçats, ce qui en fait l'un des plus grands établissements pénitentiaires de France. Parmi eux se trouvent des condamnés de droit commun, des contrebandiers, des voleurs récidivistes, mais aussi quelques condamnés politiques ou militaires.
  
Le bagne de Toulon est le dernier à fermer définitivement en 1873 ; plus de 100 000 galériens et bagnards sont passés par Toulon.


Musée de la Marine


L'école des pilotesde la Flotte Saint-Servan Saint-Malo Ille & Vilaine

L’École des pilotes de la Flotte à Saint-Servan Aujourd'hui occupé par l'Enim, le bâtiment a connu plusieurs vies Le bâtiment princi...