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13 mai 2026

ROCHEFORT - 400 ans de la Marine 5 mai 2026 Port arsenal Charente forts Enet Boyard Lupin

ROCHEFORT - 400 ans de la Marine 5 mai 2026 En descendant la Charente



L'arsenal de Rochefort installé au fond de l’estuaire de la Charente bénéficie d’une protection naturelle grâce aux marais et aux méandres du fleuve, mais cela ne suffisait pas face aux menaces anglaises.





Le premier rempart reste l’estuaire lui-même. Les navires ennemis doivent franchir le pertuis d’Antioche puis remonter la Charente sous le feu des batteries côtières. Pour renforcer cette défense, plusieurs forts s’élèvent sur les îles et les côtes.



L'entrée des cales de radoub  © JM Bergougniou
Pour contrôler l’eau et les marées, l’arsenal utilise aussi des écluses et des portes-bateaux. Ces immenses portes de bois, puis plus tard de métal, ferment les bassins afin de maintenir un niveau d’eau stable malgré les variations de la Charente. Elles permettent aux navires d’entrer ou de sortir au bon moment, selon la marée.

Le système fonctionne comme une mécanique hydraulique très précise. À marée haute, les portes s’ouvrent pour laisser entrer les vaisseaux ; ensuite elles se referment et l’on peut vider ou conserver l’eau selon les besoins des travaux.


 ancien ponton Zodiac © JM Bergougniou
L’usine Zodiac de Rochefort prolonge, à sa manière, la grande tradition maritime de la ville. Là où l’arsenal construit autrefois des vaisseaux de guerre en bois, l’industrie moderne fabrique désormais des embarcations pneumatiques connues dans le monde entier. ⚓

La marque Zodiac naît à la fin du XIXᵉ siècle dans le domaine des dirigeables et de l’aéronautique. Peu à peu, elle se spécialise dans les bateaux pneumatiques, qui deviennent célèbres grâce à leur solidité, leur légèreté et leur capacité à affronter la mer. L’entreprise installée dans l’ancien arsenal depuis 1937 ferme en 2009 après soixante-dix ans d'existence. Des générations d’ouvriers et surtout d’ouvrières y fabriquaient les célèbres bateaux pneumatiques Zodiac.

Le pont transbordeur  © JM Bergougniou
À la fin du XIXᵉ siècle, la traversée du fleuve pose un problème permanent. Il faut permettre le passage des habitants, des charrettes et des marchandises sans gêner la navigation des grands navires qui remontent encore la Charente. Un pont classique serait trop bas pour laisser passer les mâts.
Le pont transbordeur  © JM Bergougniou

L’ingénieur Ferdinand Arnodin imagine alors une solution spectaculaire : un pont métallique suspendu très haut au-dessus du fleuve. Une nacelle mobile, appelée « transbordeur », glisse d’une rive à l’autre grâce à des câbles. Les voyageurs, les voitures et même les animaux traversent ainsi la Charente au ras de l’eau pendant que les navires continuent de circuler librement.




Petit cargo sur la Charente  © JM Bergougniou
Le trafic principal concerne les produits forestiers. Le bois représente une part essentielle de l’activité : grumes, sciages, panneaux et produits dérivés transitent par les quais avant d’être exportés ou redistribués vers l’industrie régionale. Les immenses piles de bois stockées près des quais font partie du paysage portuaire actuel.

Le port traite aussi des céréales, des engrais, des matériaux de construction et différents produits industriels. Des cargaisons de sable, de granulats ou de matériaux destinés au bâtiment arrivent régulièrement par bateau afin d’alimenter les entreprises locales et régionales.


St Nazaire sur Charente Fort Lupin © JM Bergougniou

Situé sur la rive du fleuve, près de Saint-Nazaire-sur-Charente, il contrôle le passage des navires qui remontent vers Rochefort. ⚓🏰

Construit sous Louis XIV et renforcé par les ingénieurs de Vauban, le fort s’intègre dans un vaste réseau défensif destiné à empêcher les attaques anglaises contre l’arsenal royal. Ses canons croisent leurs tirs avec ceux des batteries voisines afin de verrouiller l’accès du fleuve.

Le fort présente une architecture basse et puissante, adaptée aux terrains marécageux de l’estuaire. Derrière ses murs se trouvent casernes, poudrières et plateformes d’artillerie.

Poste d'amarrage © JM Bergougniou

Le fort Lupin joue aussi un rôle pratique pour la navigation. Les grands navires de guerre, dont le tirant d’eau est important, attendent souvent la marée favorable avant de remonter vers Rochefort. Le site devient alors un point de contrôle essentiel entre mer et arsenal.

Le long des berges de la Charente d’anciens canons sont plantés verticalement dans le sol pour servir de points d’amarrage aux navires.

Fontaine royale de Lupin © JM Bergougniou

Située non loin du fort Lupin et des zones de mouillage, cette fontaine devient un point essentiel pour les marins. Les gabares et les chaloupes viennent y charger des barriques d’eau destinées aux vaisseaux du roi. À une époque où l’eau potable à bord représente une question de survie, ces points d’approvisionnement sont aussi précieux qu’un arsenal.

La fontaine se compose d’un bassin maçonné et d’un ouvrage de pierre sobre mais solide, typique des aménagements royaux liés à la marine. Elle s’intègre dans tout le dispositif militaire et logistique qui entoure Rochefort : forts, batteries, quais, magasins et zones d'attente des navires


Les carrelets  © JM Bergougniou
la pêche au carrelet est une technique de pêche traditionnelle qui consiste à capturer les poissons à l'aide d'un filet. Une installation de pêche au carrelet, appelée " pêcherie ", se compose d'un ponton en bois qui avance dans la mer sur lequel est édifiée une petite cabane en bois au toit en tôle.Le carrelet - suspendu à une armature plane située au bout de la passerelle. Le filet est mis en mouvement horizontalement, à l'aide d'un treuil.

Construit au XIXᵉ siècle, le fort de la Pointe adopte une architecture basse et massive, adaptée aux progrès de l’artillerie. Ses canons croisent leurs tirs avec ceux des autres ouvrages voisins afin d’empêcher toute flotte ennemie de pénétrer dans l’estuaire. Depuis ses positions, les soldats observent l’océan, les passes et les mouvements de navires venant du pertuis d’Antioche.
les forts à l'entrée de la Charente La Pointe © JM Bergougniou

Fort Enet © JM Bergougniou
Depuis ses murailles, les soldats surveillent les passes maritimes et croisent leurs tirs avec ceux du fort Boyard, du fort de la Pointe et des batteries de l’île d’Aix. Ensemble, ces ouvrages ferment l’accès à la Charente et empêchent les navires ennemis d’approcher Rochefort.

Le fort Enet présente une architecture militaire typique de son époque : murs épais, plateforme d’artillerie, casemates voûtées et garnison capable de vivre en autonomie.

Fouras © JM Bergougniou

À l’embouchure de la Charente, le fort Lupin et le fort Vauban de Fouras contrôlent directement le passage vers Rochefort. Fouras agit comme une véritable sentinelle tournée vers l’océan. Les tirs croisés de Fouras, de l’île d’Aix et plus tard de Fort Boyard créent une zone redoutée par les ennemis.


Fouras  © JM Bergougniou


Fort Boyard © JM Bergougniou

Au sud, sur l’île d’Aix, le fort Liédot et les batteries surveillent l’entrée de la rade. Plus au large se dresse le célèbre Fort Boyard, imaginé sous Napoléon Ier pour combler le vide entre l’île d’Aix et l’île d’Oléron. Sa construction est longue et difficile. Lorsqu’il entre finalement en service au XIXᵉ siècle, l’artillerie moderne commence déjà à le rendre moins utile.

L’île d’Aix flotte à l’embouchure de la Charente comme un petit navire immobile, posé entre Rochefort et l’Atlantique.

L'île d'Aix © JM Bergougniou

L'île d'Aix, longue de trois kilomètres à peine, elle fut pendant des siècles un verrou militaire destiné à protéger l’arsenal de Rochefort et l’accès au fleuve.

Vauban y fit renforcer les défenses, bientôt complétées par des batteries, des forts et des postes de surveillance tournés vers la mer.

Napoléon Ier y passa ses derniers jours en France en juillet 1815 avant de se rendre aux Anglais et partir vers Sainte-Hélène.



Les phares de l'île d'Aix © JM Bergougniou
Il s'agit d'un feu à secteurs (deux secteurs : blanc et rouge) utilisant quatre bloc optiques tournant autour de la source lumineuse. Cette technique est mal adaptée aux feux à secteurs et nécessite de placer le filtre rouge à grande distance de la source lumineuse pour fournir une information précise sur la limite des secteurs aux navires approchant. La tour Est, en service depuis 1889, porte le feu tandis que la tour Ouest porte le filtre permettant de générer le secteur rouge depuis 1906.
Les fortifications de l'île d'Aix © JM Bergougniou

Un écran rouge sur la balustrade de la lanterne, complété par celui posé sur la seconde tourelle construite à 15 m du phare produit un secteur rouge d’une amplitude de 15° qui couvre la longe de Boyard et les rochers d’Antioche, indiquant avec précision ces deux écueils. Ce dispositif fut installé en 1888 lors du remplacement du premier feu installé à la construction en 1840.

ROCHEFORT - 400 ans de la Marine - De la Charente à l'arsenal Hôtel de Cheusses aéronautique navale L'Hermione

 ROCHEFORT - 400 ans de la Marine - De la Charente à l'arsenal 


D’un simple château au départ, la ville se développe au XVIIème siècle grâce à la volonté du roi Louis XIV qui veut faire du site de Rochefort une place forte de sa puissance maritime. L’arsenal et le plan de la ville en damier, symboles architecturaux rochefortais, sont conçus à cette époque.




Réalisation Marcophilie navale

Après la fermeture progressive de l’arsenal dans les années 1920 et le départ de nombreuses activités militaires, Rochefort cesse peu à peu d’être un grand port de guerre. Pourtant, la marcophilie navale continue d’y faire vivre la mémoire des marins.







Rochefort la porte du soleil et l'hôtel de Cheusses © JM Bergougniou


Rochefort naît en 1666 d’une décision de Colbert, ministre de Louis XIV, qui cherche un grand arsenal sur la façade atlantique.







Rochefort les bords de la Charente © JM Bergougniou

Au bord de la Charente, entre marais et brouillards salés, la ville devient un chantier géant où l’on construit les vaisseaux du Roi Soleil. Très vite, l’arsenal attire ouvriers, charpentiers, forgerons et marins. Une cité entière pousse autour des formes de radoub et des cales, au rythme des marteaux et des marées.







Rochefort Figure de proue l'Hermione
© JM Bergougniou

Pendant plus de deux siècles, Rochefort vit au souffle de la Marine. Des expéditions lointaines y sont préparées, notamment celles de Bougainville ou de La Fayette vers l’Amérique. La célèbre frégate Hermione y voit le jour au XVIIIe siècle. 


Réalisation du
Club philatélique rochefortais


Rochefort la corderie royale © JM Bergougniou

L’arsenal devient aussi un lieu de science et d’innovation, avec la Corderie Royale, immense cathédrale de pierre où l’on fabrique les kilomètres de cordages nécessaires à la flotte.



Rochefort L'hôtel de la Marine l'ancienne préfecture maritime
© JM Bergougniou

Au XIXe siècle, la vapeur et les coques métalliques transforment la guerre navale. Rochefort tente de suivre l’évolution technique, mais le port souffre de l’envasement de la Charente et de sa difficulté d’accès pour les grands bâtiments modernes. Peu à peu, l’activité militaire décline face à Brest et Toulon.



Rochefort la porte du soleil et l'hôtel de Cheusses
© JM Bergougniou


Malgré ce recul, Rochefort demeure une ville profondément liée à la Marine. L’École des Fourriers de la flotte y forme pendant des décennies des générations de marins chargés de l’administration, de la logistique et de la discipline des équipages. Des milliers d’appelés et de sous-officiers gardent le souvenir des uniformes impeccables, des cours de comptabilité navale et des défilés dans les rues de la ville.


Rochefort Texan musée de l'aéronautique navale
© JM Bergougniou


Au XXe siècle, Rochefort devient également un centre important de l’aéronautique navale. La base et les écoles spécialisées accueillent mécaniciens, électroniciens et techniciens chargés des avions et hélicoptères de la Marine nationale. Les moteurs remplacent peu à peu les voiles, mais l’esprit maritime demeure.

Rochefort fort Lupin St-Nazaire   
© JM Bergougniou


La fermeture progressive des activités militaires, puis le départ de nombreuses unités dans les années 1980 et 1990, marquent la fin d’une époque. Rochefort perd une partie de son âme militaire, comme un grand navire quittant lentement le quai. 


Rochefort Delphine & Solange © JM Bergougniou


Pourtant, la mémoire de l’arsenal reste partout présente : dans les pierres de la Corderie Royale, dans les formes de radoub, dans les récits des anciens marins et dans l’Hermione reconstruite, symbole vivant d’un passé qui refuse de sombrer.

12 avril 2026

Marine Nationale 400 ans - 1626 - 2026 premier jour Paris Brest Toulon Lorient Rochefort Marseille Guérigny Dunkerque Cherbourg

Marine Nationale 400 ans - 1626 - 2026

Le 6 mai 2026, La Poste invite chacun à embarquer pour un voyage à travers quatre siècles d’histoire maritime. À l’occasion du quadricentenaire de la Marine nationale, un timbre commémoratif exceptionnel voit le jour. Au cœur de son illustration figure le bâchi, ce couvre-chef mythique qui accompagne depuis des générations les marins français sur toutes les mers du globe.


Ce timbre rond n’est pas seulement une création philatélique : il est un hommage vibrant aux femmes et aux hommes qui, depuis 400 ans, veillent sans relâche à la protection des Français et de leurs intérêts, jour et nuit, par tous les temps, sur chaque océan du monde.



Sa conception elle-même évoque le soin et le respect portés à cette mémoire maritime. Un vernis à effet « soft touch », doux sous les doigts, habille le sommet du bâchi et met en relief son célèbre pompon rouge. Une dorure à chaud illumine les inscriptions « Marine nationale 1626 – 2026 » et « 400 ans », apportant à l’ensemble une touche d’élégance et de solennité digne de cet anniversaire historique.


Le bâchi, un symbole chargé d’histoires et de légendes…


Reconnaissable au premier regard avec sa coiffe blanche immaculée, sa bande noire élégante, son inscription dorée et son pompon rouge emblématique, le bâchi est devenu au fil du temps l’un des symboles les plus familiers de la Marine nationale. Bien plus qu’un simple élément d’uniforme, il incarne un héritage collectif et l’esprit d’aventure qui anime les marins.


Introduit en 1829 dans la tenue officielle des marins, ce bonnet d’origine écossaise a traversé les époques sans perdre son identité. Autour de son célèbre pompon rouge se sont tissées de nombreuses histoires : certains disent qu’il amortissait les chocs dans les coursives basses des navires, d’autres qu’il facilitait le repérage d’un marin tombé à la mer. Pour beaucoup, il est surtout porteur de chance — toucher un pompon rouge serait même un gage de bonheur.

Au fil des décennies, le bâchi est devenu le témoin silencieux de générations de matelots et de quartiers-maîtres. Il symbolise leur courage, leur solidarité et leur sens du devoir, autant de valeurs qui font la force de la Marine nationale.

Quoi de plus naturel que de voir ce symbole chargé d’histoire orner le timbre célébrant ses 400 ans ? 

La devise imaginée pour cet anniversaire — « Depuis 400 ans, sur tous les océans, la Marine nationale vous protège » — rappelle avec fierté la mission essentielle qui anime la Marine depuis sa création.

Ce timbre commémoratif devient ainsi une invitation au voyage, un fragment d’histoire à collectionner et à partager. À travers lui, ce sont quatre siècles d’engagement, d’innovations et de traditions qui prennent vie, rappelant que la mer demeure, aujourd’hui encore, un espace de vigilance et de courage.


Le timbre sera vendu en avant-première le mardi 5 mai à

▪ PARIS (75)

Paris hôtel de la Marine © JM Bergougniou

Le Carré d’Encre, de 10h00 à 19h00, 

13 bis rue des Mathurins, 75009 PARIS (oblitération jusqu’à 17h).

- Mathilde ROUSSEL animera une séance de dédicaces de 10h30 à 12h30.




▪ MARSEILLE (13)

Au bureau de poste de Marseille St Victor, de 09H00 à 12H30 

puis de 13H30 à 18H00, 

11 rue Guy de Combaud Roquebrune 13007 MARSEILLE.








▪ ROCHEFORT (17)

Rochefort l'hôpital maritime 
 © JM Bergougniou




Au Musée National de La Marine de Rochefort, de 10h00 à 17h00, 
Hôtel de Cheusses, 1 place de la Gallissonnière 
17 300 ROCHEFORT.



















BREST (29)

 
Brest le goulet  © JM Bergougniou

Au bureau de poste de Brest Siam, de 9h00 à 18h00,
90 rue de Siam 29200 BREST.



















▪ CHERBOURG (50)

Cherbourg ancienne porte de l'arsenal © JM Bergougniou

Au bureau de poste de Cherbourg de 9h00 à 17h30, 

Place Divette, 50100 CHERBOURG-EN-COTENTIN.









▪ LORIENT (56)

Lorient la base sous-marine © JM Bergougniou


Au bureau de poste de Lorient Merville, de 9h00 à 18h00, 

1 avenue Jean Jaurès 56100 LORIENT.










▪ GUERIGNY (58)

Guérigny les forges  © JM Bergougniou

Sur le Site des Forges Royales, de 10h à 12h puis de 14h à 16h, 

Espace François Mitterrand - Avenue Arnault de Lange, 58130 GUERIGNY.







▪ DUNKERQUE (59)

Dunkerque le phare de Saint-Pol
 © JM Bergougniou







 Musée Maritime, Salle Fabiola, de 10h à 12h30 puis de 13h30 à 18h, 

9 quai de la Citadelle, 
59140 DUNKERQUE.












▪ TOULON (83)

Toulon Atlante de la mairie d'honneur
© JM Bergougniou

Au bureau de poste de Toulon Liberté, de 10h à 12h30 puis de 14h à 17h30, rue 
Prosper Ferrero, 83000 TOULON.


19 juin 2023

Pierre Loti Rochefort Dîner Louis XI » du 12 avril 1888 - de la Marine à l'Académie

Dîner Louis XI du 12 avril 1888


Loti fut à la fois père de famille et mari infidèle, amant fougueux et soupçonné d'homosexualité, ami des plus hauts personnages de l'Etat et se déguisant en matelot pour hanter les bas-fonds crapuleux, voyageur séduit par l'Orient et Rochefortais, dessinateur de talent et grand écrivain. 

Dès sept heures, la rue Chanzy fourmille de curieux. Les invités arrivent en voiture, salués par les vivats, et quand ils sont tous présents, l’olifant sonne, les seigneurs offrent le poing aux dames et pénètrent dans la salle à manger gothique. 
Sept heures. Une véritable marée humaine déferle sur les deux trottoirs de la rue Chanzy. À chaque landau qui s’arrête devant la porte, amenant son lot d’invités, des Noël ! frénétiques retentissent.


 Dans le grand salon de famille, M. et Mme Pierre Loti, resplendissants d’étoffes précieuses et de joyaux rares, souhaitent à chacun la bienvenue. [...] Et « cependant qu’on devise de chouses galantes et moult autres’ », voilà que l’olifant sonne. C’est le signal. Les nobles seigneurs offrent le poing aux honnestes dames, et le cortège, précédé par deux cornemuses qui jouent une marche bizarre, se dirige vers la salle à manger. On y pénètre entre deux rangs de valets portant des torches de résine, et chacun gagne sa place marquée d’avance, que lui désigne un chevalier armé de toutes pièces.

Au fond de la salle, une tribune était réservée soit aux musiciens, soit à la représentation des mystères. Des lustres d’une simplicité primitive, des torches ou des chandeliers à longues bougies de cire éclairaient la pièce.
Soudainement, dans un inappréciable lointain, des fanfares d’olifants et de cors éclatent, appels prolongés mêlés de sonneries vibrantes. Pierre Loti, son faucon encapuchonné au poing droit, s’avance donnant la main gauche à dame Diane de Gif, belle et royale. Derrière eux le cortège se forme et marche lentement vers la salle à manger gothique. 


On buvait dans des coupes ou hanaps, et l’on mangeait les mets liquides en des plats de terre ou de métal, avec des cuillers, et les autres sur d’épaisses tranches de pain ou « tranchoirs », avec les doigts, – ce qui obligeait à se laver les mains entre les services. – À cet effet, des serviteurs étaient munis de bassins à laver et de riches aiguières pleines d’eau aromatisée, et pendant que l’un versait, l’autre présentait au convive une « tonaille » ou serviette pour s’essuyer. Les plats étaient posés sur la table par un « asséeur », assisté de varlets qui enlevaient les restes et les remettaient aux écuyers de cuisine.

Pierre Loti s’assied sous un dais, ayant à sa droite la belle Béatrix de Gif ; Mme Loti, sous un dais mêmement, lui fait face, entre Tiel, fou du duc de Bourgogne, et maistre Coictier, physicien du Roy. À ce moment, le coup d’œil est féerique. La vérité des costumes accentue la vérité du décor. C’est bien un coin de la vieille France qui ressuscite dans la mystérieuse vapeur des torches. 


Successivement, avec la lenteur voulue du service, les pages, escuyers et varlets, après avoir tendu pour le lave-mains aiguières et bassins, offrent mets et boissons du temps. 

Le service, reconstitué d’après les documents les plus authentiques, complète l’illusion : sur la longue table jonchée de plantes aux parfums subtils, ce ne sont que hanaps, drageoirs, aiguières, coupes ciselées, etc., parmi lesquels d’épaisses tranches de pain bis remplacent la vaisselle plate. Il n’en allait pas autrement à Plessis-les-Tours. L’olifant sonne, la cornemuse gémit. 

Mais voici venir la « haulte venaison » : un paon tout emplumé, flanqué de quatre hérons et porté sur un brancard, fait triomphalement son entrée au son des cornemuses et de l’olifant. L’assistance éclate en vivats frénétiques devant ce chef-d’œuvre culinaire, – qui n’a point, hélas ! empêché le maître-queux d’être pendu (le voyez-vous là qui flotte en effigie ?) pour manquement à ses devoirs professionnels.


À son heure, au bruit des applaudissements et des Noël ! Noël ! le Paon Revestu entre porté sur un brancard doré par deux écuyers, précédé et suivi de joueurs de cornemuses et de porteurs de torches, et n’est livré à l’écuyer tranchant qu’après avoir accompli sa promenade triomphale par la salle et ses haltes devant chaque plus haulte dame.
À célébrer encore, la promenade triomphale du Paon rosty, porté sur un brancard par quatre valets, précédé d’un chevalier, la visière haute, et suivi de quatre pages et des sonneurs d’olifant et de cornemuse. [...] Mais le bouquet, ç’a été l’émersion, hors d’un pâté gigantesque, d’un clown tout pailleté d’or, qui semblait avoir retrouvé les secrets acrobatiques de ses ancêtres, les jongleurs du bon vieux temps. C’était à donner envie de crier au prodige !

Cependant, apparaît un pâté gigantesque, duquel sort un acrobate au maillot pailleté d’or, et telles sont sa souplesse et son agilité qu’on dirait un soleil en rotation sur lui-même. Et chacun de crier au miracle. D’un autre pâté s’échappe une volée de moineaux. Loti frappe du pied, et d’une trappe surgissent des fous qui dansent une sarabande en agitant leurs marottes.
À leur heure aussi apparaissent des pâtés gigantesques d’où s’élancent un jongleur vert et or, s’ébattant en mille grimaces et bonds, des volées d’oiseaux en un instant enfuies à tire-d’ailes aux poutrelles et aux vitraux


Un superbe prisonnier sarrasin, dont la mâle figure apparaît splendide entre son casque de fer et ses blancs burnous flottants, est conduit enchaîné aux pieds de Loti. C’est quelque Barbaresque, écumeur des côtes, que des guetteurs de Fouras ont surpris et captivé. Le châtelain traite avec lui de sa rançon, lui délie les mains et sur un escabeau lui offre place à la table. Léger en ses lestes vêtements clairs, le manteau sombre traînant, la plume au bonnet et le luth doré à l’épaule, voici venir un ménestrel. Il dit qu’il s’en va à la cour de Bretagne et que passant d’aventure en ce pays d’Aulnis il est venu frapper à l’huis hospitalier de la belle châtelaine. On lui fait accueil, et d’une villanelle il paye son escot.

[...] des pèlerins avec bâtons, coquilles et bourdons, qui viennent de Jérusalem ; des truands culs-de-jalte ou manchots auxquels large charité est faite. D’une trappe quatre fous verts et jaunes bondissent et dansent une sarabande. De sa place Tiel, le noble fou, leur fait de grands gestes amis et agite joyeusement sa marotte. 

Et tout cela est fait et dit si naturellement en viel langaige, si naturellement se croisent les appellations « dame, messire, monseigneur, damoyselle », si naturellement encore on devise entre voisins « du sire d’Armaignac et de monseigneur de Bourgongne, ce fol qui s’en va courir les Alemaignes ». 


Puis Diane de Gif se lève et lit un adorable compliment, à la fois l’éloge de « nostre bon roy Loys le Onziesme et de messire Pierre Loti, le mirificque conteur et l’enchanteur prodigieux ». 
Les « galants propos et joyeulx devis » vont sans chômer. Rien de plus spirituel et de plus joliment tourné que le compliment en vieux « langaige » de Mme Adam à Pierre Loti.

Les tables disparaissent comme par miracle. Après le festin, le ballet. Les nobles seigneurs Pierre Loti, Karageorgevitch, Sémézies et d’Ocagne offrent le poing aux honnestes dames Isaure de Costabel, Mahaut de Montfort, Odette et Gilette de Montguyon. Le violoncelle prélude et la danse des Torches déroule ses anneaux harmonieux. Cela s’appelle ainsi parce que chaque dame et chaque cavalier tient dans sa main droite une torche de résine. Un poème de grâce et d’élégance, avec un point de fantastique qui lui donne un ragoût très particulier, vient à point pour remplacer, dans les salons, la pavane et le menuet, qui s’usent à la longue. 




Une heure de la nuit. Les varlets enlèvent les tables pour faire plus large la salle, les violoncelles plaintivement préludent, les pages distribuent des torches de résine à huit danseurs et danseuses choisis dans la noble assistance et sur une vieille musique, douce et lente, la Danse à la torche commence. Moitié marche, moitié ballet, avec un rien de la pavane et du menuet, majestueuse, harmonieuse et grave, elle déroule sans arrêt ses anneaux lumineux, ses pas compliqués où les cavaliers tournent autour des dames en mille inclinations galantes, ses faisceaux de quatre ou de huit torches, flammes mêlées, et se termine par une figure à la fois élégante et étrange, les hommes genou en terre présentant aux dames leurs torches qu’elles éteignent d’un minuscule hennin. Au-dessus des groupes la fumée épaisse et rougeâtre plane et tourbillonne, l’obscurité mystérieuse de la salle s’en accroît et les danseurs paraissent se mouvoir dans un nuage que traverse une pluie d’étincelles. L’on dirait d’une théorie religieuse, d’une cérémonie latine ou grecque, païenne assurément, pieusement déroulée dans le temple sombre d’une déesse.



Alors, du haut de la tribune où n’atteignent plus les clartés mourantes des cierges, une voix jeune et souple, chaude et émue, laisse tomber un mélancolique noël breton, une vieille, vieille villanelle d’amour. Les notes chantantes traînent dans la salle, meurent le long des lourdes tentures. C’est le chanteur Florentin René d’Yalange semblant jeter ainsi un adieu à la fête qui s’en va, qui s’éteint peu à peu, comme peu à peu s’enfuit un rêve, comme peu à peu au désert s’amollissent et s’évanouissent les couleurs et les formes d’abord si nettes d’un trompeur mirage.
[...] les airs hongrois chantés par le prince Karageorgevitch auraient arraché de bien tendres soupirs à nos grand’mères. 

Après quoi, comme faisaient en leur manoir les châtelaines et leurs pages, on s’est mis à jouer aux jeux innocents... de l’époque. Je recommande aux dames maîtresses de maison le Saint-Coisme et le Capendu, c’est divertissant au possible... 



À la danse succèdent les divertissements du temps, jeux innocents de l’époque, Saint-Coisme ou Capendu, tours de jongleurs. Ici l’on se livre aux jeux de table dans un propice silence, dés, dames, échecs, et là, tout en buvant de l’eaue d’or et goûtant aux espices de chambre, l’on s’attarde à deviser aimablement de choses et autres, anciennes ou non, car un à un hennins et chaperons s’enfuient devant le jour qui approche, et le XIXe siècle revient avec sa mesquinerie cruelle écraser le poétique et beau, le noble siècle quinzième une nuit réveillé de son éternel sommeil.


Une fête médiévale chez Pierre Loti, à Rochefort, le 12 avril 1888

Alain Quella-Villéger

Poitiers

Tablettes des Deux Charentes, Rochefort, 7 avril 1888 12 avril 1888 et 14 avril 1888 

« Le festival Louis XI », L’Univers illustré, n° 292,

 fin avril 1888, 

L’Illustration, 21 avril 1888,. .


« Pierre Loti », La Famille, n° 467, 16 septembre 1888

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