03 août 2026

Dragueur D301 Le déminage des côtes françaises et de l’estuaire de la Loire, de 1945 à 1950 AMARANTE 3-8-1947

 Dragueur D301

Amarante


À la Libération, les eaux françaises comptent parmi les plus dangereuses d'Europe. Durant la guerre, Allemands, Italiens et Alliés ont mouillé des dizaines de milliers de mines pour défendre leurs positions ou empêcher les mouvements de l'ennemi.

En Méditerranée, les Allemands et les Italiens ont fortement miné le littoral méditerranéen et les abords de la Corse, jusqu'à des profondeurs de 500 mètres. Sur la façade atlantique, les Allemands ont principalement installé des champs de mines destinés à repousser un débarquement, tandis que les Britanniques ont fermé l'accès aux grandes bases sous-marines allemandes de Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Pallice et Bordeaux au moyen de nombreuses mines de fond.

En Manche et dans le Pas-de-Calais, la situation est encore plus complexe : les champs de mines alliés et allemands se superposent, rendant leur localisation et leur neutralisation particulièrement difficiles.

Les premières estimations évaluent à près de 32 000 km² les zones à déminer, soit 14 000 km² en Méditerranée et 18 000 km² sur la façade atlantique. Cette immense opération constitue l'un des plus grands chantiers de déminage maritime entrepris en Europe après la Seconde Guerre mondiale et conditionne la reprise de la navigation, de la pêche et du commerce maritime français.

Le déminage des côtes françaises après la Seconde Guerre mondiale


La Marine nationale entreprend cette mission dans des conditions particulièrement difficiles. Son tonnage a été réduit de moitié par la guerre, ses arsenaux sont dévastés, plusieurs grands ports militaires sont en ruines et la plupart des bâtiments encore disponibles sont anciens. Si les États-Unis et le Royaume-Uni apportent une aide précieuse en matériel, le gouvernement français tient à ce que le déminage soit essentiellement réalisé sous commandement français, symbole du rétablissement de la souveraineté nationale.

Très rapidement, l'État-Major de la Marine organise les opérations. Le Service hydrographique établit un plan général de dragage et une commission interministérielle fixe les priorités selon les besoins économiques et stratégiques. Le défi est d'autant plus grand que les mines ont considérablement évolué pendant la guerre. Aux mines à contact s'ajoutent désormais des mines magnétiques, acoustiques, magnéto-acoustiques et à dépression, capables d'exploser sans contact direct, simplement sous l'effet du passage d'un navire. Ces nouvelles armes imposent des techniques inédites et une formation spécifique des équipages.

Pour faire face à cette menace, la France reçoit des bâtiments spécialisés : les YMS (Yard Minesweepers) américains, construits en bois afin de limiter leur signature magnétique, les MMS (Motor Minesweepers) britanniques, ainsi que plusieurs dragueurs et vedettes allemands récupérés après la capitulation. Ces navires, modernes et polyvalents, sont capables de pratiquer le dragage mécanique, magnétique et acoustique.

Entre 1945 et 1946, la Marine met sur pied une vingtaine de divisions de dragueurs, réparties en cinq groupes opérationnels couvrant les trois régions maritimes françaises. Parmi elles, la 31ᵉ Division, équipée de dragueurs YMS, joue un rôle majeur sur les côtes de l'Atlantique, tandis que les autres divisions interviennent en Manche, en Bretagne et en Méditerranée.

Les opérations de dragage suivent une méthode rigoureuse. Après une reconnaissance aérienne destinée à repérer les mines visibles, les dragueurs progressent lentement, à 7 ou 8 nœuds, en formation parfaitement alignée. Chaque bâtiment déploie derrière lui de longues dragues de près de 400 mètres, équipées de divergents, de flotteurs, de câbles et de marteaux acoustiques destinés à déclencher les mines à distance. L'ensemble de l'équipage participe à ces manœuvres, longues, minutieuses et particulièrement dangereuses.


Grâce à cette organisation, au courage des équipages et aux moyens techniques progressivement réunis, la Marine nationale parvient à rouvrir progressivement les grands ports, les estuaires et les voies maritimes françaises. Ce travail, souvent méconnu, s'étend sur plusieurs années et constitue l'une des premières grandes étapes de la reconstruction du pays. Il permet le retour de la navigation commerciale, de la pêche, du trafic militaire et contribue au redémarrage économique de la France après la Seconde Guerre mondiale.

Sur la façade atlantique, l’estuaire de la Loire représente un enjeu prioritaire. La poche de Saint-Nazaire, l’une des dernières positions allemandes en France, ne capitule que le 11 mai 1945. Jusqu’à cette date, les installations portuaires de Saint-Nazaire, les passes extérieures et le chenal conduisant vers Nantes restent inaccessibles ou soumis à un risque militaire considérable. Après la reddition, il faut reconnaître les chenaux, localiser les champs de mines, enlever les obstacles et baliser des itinéraires sûrs. Cette mission ne concerne pas seulement les grands navires de commerce : elle conditionne également la circulation des remorqueurs, des chalands, des caboteurs, des bâtiments de service et des navires chargés d’approvisionner Nantes et sa région.

Le dragage ne consiste pas à repérer individuellement chaque mine, comme le feront plus tard les chasseurs de mines. Les dragueurs avancent généralement en formation et remorquent des appareils destinés à provoquer ou à neutraliser les engins. 

Pour les mines à orin, des câbles munis de cisailles coupent l’amarre qui retient la mine sous la surface. Celle-ci remonte alors et doit être détruite au canon ou au fusil. Pour les mines magnétiques, les bâtiments utilisent des câbles électriques créant un champ suffisamment puissant pour déclencher l’explosion à distance. Les mines acoustiques sont traitées au moyen de dispositifs produisant artificiellement le bruit d’un navire. 

Ce travail est effectué « en aveugle », sans que les équipages connaissent exactement la position de chaque engin, ce qui explique sa lenteur et son extrême dangerosité.

La 31e division de dragueurs

La 31e division de dragueurs appartient aux formations reconstituées par la Marine nationale autour de petits bâtiments transférés par les Alliés. Elle est notamment associée aux dragueurs américains du type YMS – Yard Minesweeper, construits avec une coque en bois afin de réduire leur signature magnétique. Ces navires, d’environ 40 mètres, sont assez maniables pour travailler près des côtes, dans les passes et à l’entrée des ports. Ils reçoivent dans la Marine française un numéro précédé de la lettre D, puis souvent un nom de fleur : le D316, par exemple, deviendra la Balsamine.



Dans l’estuaire de la Loire, ces opérations sont particulièrement délicates. Entre Saint-Nazaire et Nantes, les navires doivent composer avec un fleuve soumis aux marées, des bancs de sable changeants, des courants puissants et un chenal relativement étroit. Le déminage maritime est donc étroitement lié au travail des pilotes de Loire, des hydrographes, des baliseurs, des remorqueurs et des services du port. Une passe draguée doit ensuite être sondée et balisée. Les épaves qui réduisent la largeur navigable doivent être signalées, découpées ou renflouées. La sécurisation de la Loire ne résulte donc pas d’une seule campagne spectaculaire, mais d’une succession d’opérations quotidiennes menées pendant plusieurs années.

Les équipages de la 31e division vivent dans des conditions difficiles. Les bâtiments sont petits, humides, bruyants et peu confortables. Les hommes passent de longues heures à faible vitesse, sur une route imposée, en sachant qu’une erreur de navigation ou le mauvais fonctionnement d’un appareil peut entraîner l’explosion d’une mine sous la coque. Les travaux se poursuivent par mauvais temps, car la réouverture des ports constitue une nécessité économique nationale. Saint-Nazaire doit retrouver ses activités de construction et de réparation navales, tandis que Nantes doit pouvoir recevoir les matières premières et les marchandises indispensables à sa reconstruction.

La composition de la 31e division de dragueurs a varié entre fin 1944 et 1948 au gré des transferts, des indisponibilités et des changements d'affectation. Les documents officiels montrent qu'il n'existe pas une composition unique valable pour toute la période.

Pour la période qui nous intéresse (1945-1947, Saint-Nazaire et la Loire), on retrouve notamment les bâtiments suivants :

Numéro Nom ultérieur Type

D313 Armoise YMS américain

D314 Anémone YMS américain

D315 Ajonc YMS américain

D316 Balsamine YMS américain

D317 Bleuet YMS américain

D318 Bouton d'Or YMS américain



L'affranchissement de cette enveloppe est composé de trois timbres de la période de la Libération totalisant 70 centimes : un 20 c vert Mercure dessiné par Georges Hourriez, représentant le dieu Mercure, messager des dieux et symbole de la rapidité des communications, ainsi qu'un 40 c et un 10 c de la série Marianne de Dulac, œuvre de l'artiste Edmond Dulac, adoptée par le Gouvernement provisoire pour réaffirmer les valeurs de la République après la Seconde Guerre mondiale. Cette association de timbres illustre la coexistence, durant les années 1945 à 1948, de plusieurs séries courantes utilisées selon les besoins de l'affranchissement. Les timbres sont annulés par trois frappes manuelles du timbre à date circulaire du bureau de Saint-Nazaire (Loire-Inférieure). Le cachet, parfaitement lisible sur la frappe inférieure droite, porte la date du 3 août 1947. L'absence de flamme publicitaire montre qu'il s'agit d'une oblitération manuelle réalisée au guichet ou au service d'expédition. Cet ensemble constitue un témoignage caractéristique de la poste française de l'immédiat après-guerre, où les émissions de la Libération restaient en usage avant leur remplacement progressif par les nouvelles séries définitives.

Merci à Daniel Allançon

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/80-ans-de-liberation-renflouer-les-navires-coules-dans-la-loire-par-les-allemands-a-pris-cinq-ans-5481c648-2672-11ef-9d30-5a9c307764cc


https://www.youtube.com/watch?v=oAij1MlXfrw

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