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13 mai 2015

L'Insurrection de Varsovie Août 1944

L'insurrection de Varsovie
63 jours de combat



Abandonnés par les Alliés, et surtout par l'Armée rouge censée intervenir à leurs côtés aux premiers jours de la bataille de Varsovie (l'opération Tempête, Burza) pour anéantir la défense allemande, les insurgés devront capituler après neuf semaines de carnage. Bilan : plus de 18 000 soldats de l’AK tués, quelque 15 000 ennemis, ainsi que près de 200 000 civils, soit plus de 230 000 morts auxquels il faut ajouter d’innombrables blessés ou mutilés, des cohortes de survivants déportés ou brutalement jetés sur les routes, une capitale détruite à plus de 80%.

31 juillet 1944




TAD Varsovie diligence postale 10-05-2015  
photo (c) JM Bergougniou
Soumise depuis presque cinq ans à la tyrannie nazie, Varsovie est, trois semaines avant Paris, la première capitale de l'Europe occupée à se soulever. Un soulèvement qui commence la fleur au fusil, dans l'enthousiasme d'une victoire imminente, alors que l’Armée rouge progresse irrésistiblement vers la capitale et que la radio communiste ne cesse d'appeler les "frères varsoviens" aux armes pour en finir avec le III° Reich. La défense allemande craque de partout, les villes des fronts ukrainien et biélorusse tombent les unes après les autres, et tandis que tonne l'artillerie soviétique, des convois de la Wehrmacht en déroute refluent sur la capitale, à la grande joie de ses habitants. Nul n'en doute plus, l'heure de la libération a sonné. Des détachements rouges ayant été signalés en grande banlieue, le commandant en chef de l'AK, le général Tadeusz "Bór"-Komorowski, décide de passer à l'action. Il dispose d'environ 50 000 hommes et d'un armement de fortune.



L'installation d'un Comité Provisoire de Libération Nationale pro-communiste à Lublin le 22 juillet 1944 montrait clairement que Moscou n'entendait pas partager le pouvoir.


photo (c) JM Bergougniou


Pour l'y contraindre, l'état-major de l'armée de l'intérieur AK (Arma Krajova) décida après de longs débats de soulever Varsovie le 1er août 1944 à 17 heures. La situation menaçait d'ailleurs d'échapper à leur contrôle, car nombre de résistants brûlaient d'envie de solder les comptes de cinq ans de terreur nazie


photo (c) JM Bergougniou


L'insurrection éclata au moment où les Allemands regroupaient leurs forces à Varsovie de plus, l'effet de surprise fut atténué par de nombreuses escarmouches prématurées. 

photo (c) JM Bergougniou


L'AK alignait environ 45.000 hommes et femmes, rejoints par 2.500 combattants des formations communistes, socialistes et nationalistes. Seuls 10 % de ces soldats étaient armés… 

photo (c) JM Bergougniou


Ils enrichirent ensuite sensiblement leur arsenal (quelques chars furent ainsi capturés), mais sans pouvoir lutter à armes égales avec les avions, blindés et artillerie allemandes, dont les énormes mortiers de 420 mm qui avaient fait chuter Sebastopol illustraient la puissance de feu.

photo (c) JM Bergougniou


Pourtant, rien ne se déroule comme prévu. Passé le moment d'euphorie qui suit l'heure H (Godzina W), le mardi 1° août à cinq heures de l'après-midi, une fois remportés les premiers succès remarquables et essuyés les premiers échecs explicables, l'optimisme va retomber. Le canon soviétique s'est tu. Plus un signe de l'arrivée de l'Armée rouge. À la place, ce sont des colonnes de blindés ennemis qui prennent position sur les ponts, des divisions de renfort de la garnison allemande qui se massent à l'entrée des faubourgs. Le drapeau blanc et rouge a beau flotter sur le gratte-ciel Prudential, sur la grande poste voisine ou sur la centrale électrique des bords de la Vistule, des quartiers entiers du centre-ville, de la vieille ville et de la périphérie ont beau être libérés, les insurgés comprennent très tôt que la bataille ne sera pas celle à laquelle ils s'étaient préparés.

photo (c) JM Bergougniou


Les insurgés s'emparèrent de la majeure partie de la rive gauche de la Vistule, mais en unités isolées par les Allemands qui contrôlaient les sites stratégiques. 

photo (c) JM Bergougniou


Leur contre-offensive, entamée le 4 août, donna lieu à une répression d'une grande sauvagerie. Les détachements SS, composés d'anciens prisonniers de l'Armée rouge et de criminels de droit commun fusillèrent environ 40.000 civils à Wola du 5 au 7 août, avant qu'un ordre d'Hitler n'ordonne la déportation des survivants. 

photo (c) JM Bergougniou


La Wehrmacht s'était alarmée de ces massacres qui ralentissaient la reconquête et minaient le moral des troupes… Les exactions n'en cessèrent pas pour autant. Les insurgés pris étaient systématiquement fusillés, les bombardiers visaient les hôpitaux…
Les insurgés renforcent et étendent leurs positions jusqu'au 5 août. À partir de cette date, les zones tenues par l'AK sont coupées les unes des autres. Seuls les égouts permettent de relier Stare Miasto (la vieille ville) aux quartiers libérés de Zoliborz (faubourg nord), du centre-ville (hyper centre + Powisle et Czerniaków sur la Vistule) et de Mokotów (faubourg sud).


photo (c) JM Bergougniou


Les combats atteignirent parfois l'intensité de ceux de Stalingrad, notamment dans la Vieille Ville. Les quartiers tombèrent néanmoins les uns après les autres. Le moral des civils, qui avaient accueilli avec enthousiasme la liberté retrouvée, baissa sensiblement en septembre. 

photo (c) JM Bergougniou

De spectaculaires victoires sont cependant remportées par les insurgés pendant le mois d'août : prise du PAST, bastion allemand de la rue Zielna, le dimanche 20, et le mercredi 23, prises du Commandement de la police de la rue du Faubourg de Cracovie et du central téléphonique de la rue Pie XI, dit "petit PAST".

Stare Miasto (la vieille ville) tombe. Ses défenseurs, ou ce qu'il en reste, l'évacuent par la voie des égouts entre le 27 août et le 1er septembre. À son tour, Powisle subit l'assaut des stukas, des blindés et des colonnes meurtrières de Dirlewanger. Le 6, le quartier en flammes est abandonné par ses habitants et ses défenseurs.

photo (c) JM Bergougniou

Les bastions AK de Czerniaków, de Mokotów puis de Zoliborz s'effondrent dans la dernière semaine de septembre. Leurs défenseurs sont massacrés sur place ou à la sortie des égouts par lesquels ils ont parfois réussi à fuir.
L'eau, l'électricité, les vivres manquaient cruellement. Le centre-ville capitula en dernier, le 2 octobre. 

photo (c) JM Bergougniou

photo (c) JM Bergougniou

Les insurgés furent envoyés en camp de prisonniers et la ville, vidée de ses habitants. Les Polonais avaient perdus 21.500 combattants, dont 3.500 de l' † armée Berling et 180.000 civils, les Allemands, 17.000 morts et disparus.

photo (c) JM Bergougniou

photo (c) JM Bergougniou

Un cessez-le-feu est signé dans la nuit du 2 au 3 octobre. 15 000 insurgés survivants rendent leurs armes et sont emmenés en captivité, avec un statut de prisonniers de guerre accordé in extremis par Hitler. Les civils sont chassés de la capitale, regroupés au camp de Pruszków puis déportés ou, pour les plus faibles, abandonnés sans soins. 

photo (c) JM Bergougniou


Les Soviétiques ne reprendront l'offensive qu'au début de l'année 1945. C'est seulement le 17 janvier que l'Armée rouge et les soldats du général Berling font leur entrée dans la capitale. Ils découvrent un paysage lunaire. Les premiers civils qui s'enhardissent sur leurs traces circulent à la boussole parmi des monceaux de gravats.

photo (c) JM Bergougniou



Vidée de ses habitants, Varsovie fut systématiquement détruite par les sapeurs allemands. Le 17 janvier 1945, l'Armée rouge conquit une ville réduite à un champ de ruines dans lequel se terraient quelques centaines de civils.

photo (c) JM Bergougniou


L'échec de l'insurrection était largement lié au calcul cynique de Staline : plus l'élite de la résistance se saignerait au combat, plus il serait facile d'imposer le communisme en Pologne. L'Armée rouge s'arrêta donc aux portes de Varsovie, alors que Radio-Moscou avait appelé le peuple à se soulever fin juillet. 

photo (c) JM Bergougniou


Staline refusa même aux anglo-américains le droit d'utiliser ses aéroports lors de leurs missions de parachutages. Alexandra Viatteau a montré que les concessions successives de Staline en septembre (mise à disposition des aéroports, conquête de la rive droite, tentatives de l'Armée Berling pour forcer la Vistule, avec des unités sans expérience du combat de rue, parachutages ponctuels) avaient pour seul but de prolonger les combats.

photo (c) JM Bergougniou

Les égouts jouèrent un rôle crucial lors des combats. Ils furent empruntés par des agents de liaisons ralliant les quartiers isolés ou pour échapper aux Allemands. Deux opérations sont inscrites dans les mémoires : l'évacuation des combattants et blessés légers qui défendaient la Vieille Ville, ainsi que de civils ; celle, beaucoup plus meurtrière, de Mokotów, qui a servi de cadre au film Kanał.
photo (c) JM Bergougniou

Les pertes subies à Varsovie étaient si effroyables que les combats de 1944 signèrent à la fois l'apogée et le recul des traditions insurgées ; le souvenir de 1944 incita les Polonais à éviter à tout prix l'affrontement avec les Soviétiques en 1956 ou 1980. Ces leçons politiques témoignent du choc provoqué par un évènement qui n'a pas cessé de faire figure de modèle ou de repoussoir depuis 1944.
photo (c) JM Bergougniou


Les premiers monuments apparurent à l’initiative des survivants. Ils véhiculaient un type de mémoire directe appelé à disparaître avec ces derniers. Sous les bombes, un artiste avait sculpté une représentation de Jésus appelée à faire fortune (voir ci-contre). 

photo (c) JM Bergougniou


Expression du désespoir des populations civiles, cette représentation figurait dans le premier monument, érigé à Słupsk par des réfugiés, à l’initiative d’un ancien chapelain des insurgés. Cette vision de Jésus crucifié se tenant la tête de douleur devant le sort des civils connut une assez large diffusion. Le régime communiste s’attacha pourtant à supprimer toutes ses manifestations publiques. Le souvenir des caves et le sort des civils s’étant estompée, cette iconographie est devenue assez rare.


photo (c) JM Bergougniou

Après 1989, les Polonais tentèrent d'ériger l'insurrection de Varsovie en lieu de mémoire international. Son évocation devait ancrer la Pologne à l'Ouest, ce qui avait été le but de l'AK, et de faire comprendre aux autres nations combien la Pologne, en rappelant que la Pologne avait été l'allié sacrifié de la fin du conflit. 

photo (c) JM Bergougniou



Les cérémonies du cinquantenaire réunirent ainsi participèrent Helmut Kohl et de nombreux chefs d'État. En 2004, cependant, les efforts polonais butaient toujours sur la confusion fréquente entre le soulèvement du ghetto de 1943 et celui de 1944…
photo (c) JM Bergougniou

5 octobre 1944
photo (c) JM Bergougniou



photos (c) JM Bergougniou

sources : 

Musée de l'insurrection Varsovie
http://www.1944.pl/


Ecole Normale Supérieure
http://www.normalesup.org/~dthiriet/Varsovie/powstanie44.html


L'INSURRECTION OUBLIÉE, VARSOVIE, AOÛT-OCTOBRE 1944
par Elisabeth G. Sledziewski

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