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10 févr. 2015

Corse TSF Bonifacio

Marine nationale TSF Bonifacio

Les bouches de Bonifacio sont un détroit international séparant la Sardaigne de la Corse qui sont distantes que de seulement 11 kilomètres.


C'est là que va être établie une des premières stations radiotélégraphiques françaises pour signaler les mouvements de bateaux vers les côtes françaises.
C'est la Marine qui armera ces installations. Un timbre humide sera réalisé pour la station.






Lieu-dit situé au sommet de la vallée de Saint Julien où avait été installée jadis la télégraphie sans fil (T.S.F). Un auteur décrit ainsi la vision de Bonifacio en 1930: 


"Un tournant franchi avait dévoilé le quartier bas, les quais, les barques des pêcheurs (...) Les torpilleurs dans le fond, et, plus loin, sur une colline, les deux pylônes de la station de télégraphie sans fil". Cette appellation de TSF est restée, même plus d'un demi siècle après la disparition de la station. On dit encore aujourd'hui : "On va du côté de la TSF" "le terrain de la TSF", etc.


Les bouches de Bonifacio dessinées par Vu Kim Lien en 2008
En 1926, l'équipe de la TSF était ainsi composée :

Chef de bureau : Jules Calcel (né en 1882) ; Commis principal : Charles Boyer (né en 1890) ; Commis : Gabriel Rivière (né en 1906) ; Victor Guenon (né en 1899) ; Gaston Lagard (né en 1897) ; Jean-Baptiste Loche (né en 1901) ; Pascal Mestre (né en 1873). 


Plus tard, de nombreux bonifaciens ont travaillé à la TSF parmi eux Julien Muriani (qui devint plus tard chef du service télégraphique à l'A.F.P); René Bonnard (commis, electro-mécanicien, puis inspecteur), Benoit Vacca ("Binetu") qui était chargé de la maintenance et de l'entretien des appareils etc...Ce dernier se rendait chaque jour à la TSF sur son âne qu'il avait surnommé..."Radio"!



le journal « L'Ouest-Éclair » de juin 1921 présente un article très détaillé sur le pourquoi des stations T.S.F. En voici le texte intégral :

Comment M. Louis Deschamps a fait progresser LA T.S.F. EN FRANCE.

La question de la télégraphie sans fil compte parmi les plus importants, autant au point de vue politique qu’économique, pour la France. Les réformes réalisées dans cet ordre d'idées par l'ancien sous-secrétaire d’État aux Postes, M. Louis Deschamps, ont été l'objet des commentaires les plus passionnés et dans des sens divergents, sans la presse et l'opinion.

M. G. Martel a consacré, dans la Revue Mondiale, une étude impartiale et documentée la question. Se plaçant au-dessus des campagnes, il s'est efforcé de présenter sous un jour véritable, l'entreprise de T.S.F., dont le caractère général n'a pas été suffisamment compris. Nous croyons intéresser les lecteurs de l'Ouest-Eclair en publiant de larges extraits de l'étude de M. G. Martel.

En décembre 1919, lorsque M. Louis Deschamps prit la direction de l'administration des P.T.T.,la situation de la télégraphie sans fil française était des plus modestes. Les grands postes situés en France, Tour Eiffel, La Doua (près de Lyon). Basse-Lande (près de Nantes), appartenaient aux ministères de la Défense Nationale, les deux premiers à la Guerre, le troisième à la Marine. Ils étaient utilisés uniquement pour les besoins du service officiel. La station de Croix-d'Hins était en cours de construction, Seules étaient ouvertes au trafic commercial quelques stations côtières exploitées par l'Administration ou relevant du ministère de la Marine.




Le nouveau sous-secrétaire se rendit compte que notre pays avait un intérêt tout particulier à développer aussi largement que possible les communications par T.S.F.
Nous ne pouvions correspondre, en effet, avec les pays étrangers, sauf les limitrophes de la France et les États-Unis, que par des lignes de transit terrestre ou par les câbles ; encore nos messages avec les États-Unis étaient-ils exposés, ainsi qu'on le verra plus loin, à être fréquemment acheminés par les voies étrangères.

Nos colonies de l'Océan Indien, d’Indochine et du Pacifique, ne communiquent avec la métropole que par les câbles anglais. Nos relations commerciales avec l'Asie Mineure et les autres réglions de la Méditerranée orientale, dépendent également des lignes étrangères.




Or, de la situation politique et économique d'après-guerre étaient nés des besoins nouveaux et impérieux d'informations rapides. M. Deschamps savait qu'un trafic considérable pouvait être drainé par la T.S.F. Et d’ailleurs les sérieux avantages qu'elle présente : débit supérieur aux câbles, prix de revient moins élevé, faisaient que l'on assistait partout, à l'étranger et même chez des puissances secondaires, a un vaste mouvement en faveur de la T.S.F. L'Allemagne, notamment, allait de l'avant à grands pas.

M. Deschamps vit le moyen de délivrer la France de la tutelle étrangère, par l'organisation méthodique de la radiotélégraphie. Il se documenta sur les moyens d'action qu'il pouvait tirer des résultats acquis par les services radiotélégraphistes 
de la Guerre et de la Marine et par l'industrie privée.





Quand il eut la conviction une la technique française était, non pas égale, mais nettement supérieure à la technique étrangère, Il n'hésita. Plus et se mit en œuvre de couper court aux tergiversations stériles et d'aller droit aux réalisations. Il examina tout d'abord la situation des stations côtières. L'emplacement de certaines d'entre elles avaient été choisi et l'équipement de la plupart déterminé à une époque où la technique était loin d'avoir acquis le degré de perfectionnement atteint depuis. 


La condition principale à remplir était de mettre à même les bâtiments gagnant les ports français d'entrer en relations avec le continent 24 heures avant leur arrivée. 

Il fut donc décidé de doter d'un matériel d'une portée de 1000 kilomètres les stations situées à proximité des principales routes maritimes Ouessant (station à reporter sur le continent), Le Bouscat (près de Bordeaux), Marseille et Fort-de-l'Eau (près d'Alger). 
Trois stations secondaires seraient maintenues pour des services spéciaux à Boulogne, Le Havre et Bonifacio. Les deux autres stations existantes seraient supprimées et le projet de création d'une petite station sur les bords de la Manche fut abandonné. Les quatre stations de la Marine, situées à Cherbourg, Lorient, Bayonne et Oran continueraient à collaborer avec les stations des P.T.T.

Ce programme est en cours de réalisation. Mais la question qui retenait particulièrement l'attention de M. Deschamps était celle des communications à.grande distance, destinées à assurer les relations internationales, les relations de la Métropole avec ses colonies et les relations des colonies entre elles. Il fallait organiser pour l'avenir, et ne pas craindre de prendre des responsabilités car l'édification des stations puissantes demande du temps.

M. Deschamps se mit en rapport avec les administrations de la Guerre et de la Marine et obtint la participation des postes de la Tour Eiffel, de La Doua et de Basse-Lande au service télégraphique privé, ces stations assurant la transmission et les services des P.T.T. restant chargés de la réception. À la fin de l'année 1920, la station Lafayette, exploitée entièrement par les P.T.T., fut ouverte a l'exploitation. Successivement purent être créées des liaisons avec les colonies ou les pays étrangers suivants Hongrie, Yougoslavie, États-Unis d'Amérique, Afrique occidentale française, Afrique équatoriale française, Roumanie, Bulgarie, Madagascar.





M. Deschamps avait fait étudier quelque temps avant de quitter les P.T.T., la création de deux nouveaux services prives, l'un avec la Chine et le Japon, l'autre avec Saïgon. Pour qu'un service commercial radiotélégraphique donne satisfaction, il est nécessaire que l'écoulement du trafic soit rapide. Il faut donc que les stations soient suffisamment nombreuses et qu'en outre leur équipement corresponde aux meilleures conditions de la technique la plus moderne. M. Deschamp, connaissant l'étendue des besoins à satisfaire, prévoyant l’augmentation considérable du trafic qui ne saurait manquer de naitre de l'ouverture de liaisons fonctionnant avec sûreté et célérité, estima que les station de La Loua et Lafayette seraient absolument insuffisantes à donner à la France cette indépendance des communications télégraphiques à grande distance qui lui paraissait indispensable. Au fur et il mesure qu'il étudiait le problème de la T.S.F. française, il se rendait de plus en plus compte que cette indépendance ne devait pas suffire à nos ambitions et que notre pays, échappant à la tutelle étrangère, pouvait du même coup acquérir une position de tout premier ordre et amener à lui le transit d'une grande partie de l'Europe.

Après s'être entouré des lumières des services techniques et financiers et s'être assuré auprès des meilleurs conseils juridiques qu'il n'outrepassait pas ses droits, il saisit le gouvernement de ses projets et d'accord avec ses collègues il passa une convention avec la Compagnie Générale de T.S.F. qui possède les brevets des alternateurs français à haute fréquence, machines dont la réputation est mondiale et incontestablement les meilleures productrices de courant a haute fréquence existant à l'heure actuelle.

C'est ainsi qu'est né le projet du centre radiotélégraphique de Sainte-Assise.





Le centre de Sainte-Assise comprendra deux stations destinées, l'une aux communications européennes, l'autre aux communications extra-européennes.

Le contrat passé par M. Deschamps avec la Compagnie Générale de T.S.F. est très avantageux pour l’État. Sa durée est de 30 ans, mais les installations pourront être rachetées par, l’État à partir de la seizième année. Les stations devront être mises en exploitation, la plus petite dans un délai de six mois, la seconde dans un délai de deux ans. Aucun monopole n'est accordé des conventions analogues seront susceptibles d'être passées avec d'autres sociétés. L'administration des P.T.T. assurera le contrôle de l'entreprise au point de vue administratif, financier et technique les frais de contrôle seront à la charge de la Compagnie. À la fin de la trentième année, les installations seront remises gratuitement à l’État, franches et quittes de tous droits, sans que l’État ait à engager une dépense quelconque; en outre, l’État participera aux bénéfices (mais pas aux pertes, le cas échéant) pendant toute la durée de la convention. Les taxes ont été fixées au montant de la taxe télégraphique normale dans le régime européen, sauf quelques exceptions, à 80 % de la taxe télégraphique normale dans le régime extra-européen. Les télégrammes officiels seront transmis gratuitement jusque concurrence de 60.000 mots par an ; au-delà de ce chiffre ils bénéficieront d'une réduction de taxe de 50 %. Enfin, l'administration des P.T.T. et le public par conséquent, profiteront des accords de trafic que possède et que pourra acquérir la Compagnie.

Pour continuer le réseau radiotélégraphique colonial français, il reste à construire des stations a Dakar, Djibouti, Pondichéry, Nouméa. Tahiti et la Martinique.

M. Louis Deschamps a passé 13 mois à la tête des P.T.T. L'exposé que noua venons de faire montre que cette courte période lut a suffi pour tirer la T.S.F. française du néant, tracer un programme et entrer dans les réalisations. Dès maintenant, l'utilisation de la radiotélégraphie ne se réduit plus en France à l'échange de quelques télégrammes officiels et au service des signaux horaires et des bulletins météorologiques elle est entrée dans le stade de l'exploitation commerciale.

G. MARTEL.

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