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29 nov. 2013

Voyage de Rallier du Baty aux Terres Australes

Rapport du Voyage du J.B. Charcot à la Société de Géographie 



Le Dr J.-B. Charcot présente alors à l'Assemblée le Capitaine Rallier du Raty, ou plutôt l'ancien matelot du Français. 




Sans insister sur la première expédition antarctique française qui ait été organisée depuis Dumont d'Urville, et sans parler de la seconde, glorieusement accomplie par le Pourquoi pas l'ancien commandant du Français éprouve une joie manifeste à caractériser ia vigueur morale et l'endurance physique de celui qui fut, sous ses ordres, le modèle des marins, le boute-en-train de l'équipage.

Quand le D'r Charcot préparait son premier départ pour les régions antarctiques, 





Raymond Rallier du Baty était élève de la marine marchande. Ce n'était pas la rude existence du matelot à bord, à laquelle ses études, son milieu, sa vie ne le destinaient en rien. Et cependant il accepta d'emblée toutes les conséquences de sa détermination, quoi qu'on se te fût imaginé plus volontiers dans l'état-major que dans l'équipage. 





Le Dr J.-B. Charcot nous le montre à la fois intrépide et avisé, discipliné et plein d'initiative, dur à la besogne et jamais déconcerté.

C'est ce jeune homme qui, revenu de cette première campagne, entreprit comme capitaine au long cours, avec son frère, breveté lui aussi, et quatre marins, de partir sur un bateau de pêche de 40 tonneaux pour Tristan da Cunha, Kerguelen et Melbourne. Ce que furent ce voyage homérique à travers l'Atlantique et l'océan Indien et ces quinze mois passés dans cet archipel que Cook avait nommé Iles de la Désolation, seuls les six braves qui montaient le J.B. CHARCOT  pourraient le dire, mais ce que le parrain de ce ketch, désormais légendaire, veut proclamer, c'est l'énergie invraisemblable qu'il leur a fallu pour affronter les mers australes sur un si frêle esquif, et pour entreprendre, sans frais, presque sans ressources, une expédition a la fois scientifique et commerciale qui laisse partout où elle a passé comme un sillage lumineux, dont l'éclat ferait pâlir bien des gloires. 







Tandis que les applaudissements éclatent, le président, se tournant vers M. R. Rallier du Raty « Après le vibrant et chaleureux éloge que votre ancien chef vient de vous adresser, il ne me reste plus qu'à vous donner la parole. x

Quinze mois aux Kerguelen, par  Raymond Rallier du Baty. 


Nous aurions voulu publier dans ce numéro de notre bulletin le texte de la conférence de ce jeune capitaine au long cours. Un léger accroc de santé l'a obligé à différer ce projet. Nous nous bornerons à donner, à cette place, d'après l'auteur, les caractéristiques du navire, simple bateau de pêche, la composition de l'équipage, le but poursuivi et les grandes lignes de l'itinéraire.



Le J.-B.-Charcot a été construit à Boulogne-sur-Mer en 1897. Sa longueur est de 17 mètres; sa quille a 16 mètres; la jauge nette est de 45 tonneaux. Ce petit voilier, gréé en ketch, faisait la pêche au hareng dans la mer du Nord, sous le matricule 3 471. 






L'équipage comprenait MM. Henri Rallier du Baty, capitaine, vingt-sept ans; Raymond Hallier du Baty, second (organisateur du voyage), vingt-six ans; Jean Bontemps, maître, quarante-deux ans; Léon Cagnès, matelot, vingt-trois ans; Eugène Larose, matelot, dix-huit ans; Louis Esnault, novice, seize ans.

Le programme de voyage peut se résumer en ces quatre points se rendre aux iles Kerguelen par la route du cap de Bonne-Espérance; faire dans cet archipel tous les travaux scientifiques que les modestes moyens de l'expédition permettraient de mener à bien; chasser le phoque pendant la saison et prendre une cargaison d'huile pour couvrir une partie des frais du voyage; de Kerguelen gagner Melbourne où devait prendre fin la campagne.

L'itinéraire part de Boulogne, où le J.-B.-Charcot met à la voile le 22 septembre 1907.

Après une escale à Cherbourg pour prendre des instruments et cartes prêtés par le ministère de la Marine, départ définitif de France, le 13 octobre 1907. Une tempête de sud-ouest, qui sévit dans la Manche, force la petite expédition a relâcher sur la côte anglaise, puis à réparer des avaries à Brixham.






Enfin la route est reprise le 6 novembre et, en huit jours d'une excellente traversée, le ketch arrive à Madère. De cette île à Rio de Janeiro aucun incident digne d'être mentionné malgré huit
jours de calme à la ligne. Les frères Rallier du Baty séjournèrent dans la capitale du Brésil jusqu'au 1" janvier 1908, puis ils regagnèrent le large pour atteindre, le 22 suivant, Tristan da Cunha, îles jadis désertes que colonisèrent depuis un siècle des naufragés américains ou anglais. Cette population qui ne s'élève pas à plus de 83 âmes fut aussi stupéfaite de l'arrivée du J.-B.-Charcot que nos six marins furent heureux d'entrer en rapport avec elle.

De Tristan au Cap, rien de particulier ne survint; mais, en doublant la pointe sud de l'Afrique, un coup de vent d'ouest souleva une mer énorme. Un homme blessé, deux compas, divers objets, cinq moutons, presque une fortune pour nos six marins, enlevés par la tempête, tel fut le bilan de cette triste journée.




Malgré tout, le petit navire atteignit les Kerguelen et, d'abord, mouilla, le 5 mars 1908, à l'île Rolland, du nom du vaisseau que montait en 1773 le chevalier de Kerguelen, lors de sa seconde campagne aux terres qu'il avait découvertes. 

Alors commencent les excursions dans les fjords, les courses dans l'intérieur de l'île principale. Le conférencier constata, au mouillage de la Gazelle (26 avril 1908), que le mât de pavillon, laissé en 1893 par l'aviso l'Eure, était toujours debout, témoin de notre dernière prise de possession. 





Pour ceux qui ont présents à l'esprit les souvenirs trop effacés des expéditions du chevalier de Kerguelen et des rares missions scientifiques toutes étrangères qui visitèrent ces îles trop longtemps délaissées par la France, l'attrait de ce récit a été très grand.

Ils ont suivi de fjord en fjord le J.-B.-CHARCOT depuis la baie de l'Oiseau (Port Christmas) jusqu'à la baie Royale, notant avec une vive satisfaction la rencontre, dans ces eaux francaises, du capitaine Dasté et des frères Rallier dù Baty, puis de nos six marins avec M. Henry Bossière, l'un des concessionnaires des Kerguelen, qui, avec le concours d'une compagnie norvégienne, reprit dans ces parages la pêche à la baleine, tenta l'élevage du mouton et créa à Port-Jeanne-d'Arc un premier noyau de colonisation. 





Le 10 juin 1907, il y avait quinze mois et quatre jours que les frères Rallier du Baty avaient abordé à l'île Rolland. Ils avaient suivi les campagnes de pêche, chassé le phoque, exploré l'intérieur, fait des sondages. Une cargaison d'huile aussi complète que le permettaient les dimensions du voilier devait assurer les frais de retour. C'était le moment de poursuivre jusqu'en Australie. Malheureusement la santé d'Henri Rallier du Baty, capitaine de l'expédition, mit obstacle à son départ. Son frère Raymond dut donc le confier à M. Henry Bossière et aux Norvégiens, qui le rapatrièrent dans de bonnes conditions, tandis que lui-même avec ses quatre Bretons se lança sur cet océan perfide.
Alors commença une glorieuse et poignante odyssée qui dura quarante-cinq jours. Pour résister aux assauts répétés de la tempête il fallut filer de l'huile et rendre ainsi à la mer le plus clair de la cargaison. 






Le sang-froid et l'intrépidité de l'équipage furent admirables et c'est à la vigueur morale de ces cinq braves que le J.-B.-Charcot; doit son salut.

Ce qui restait d'huile de phoque à l'arrivée du ketch à Melbourne servit à payer le retour des matelots. Raymond Rallier du Baty dut lutter pour vivre; mais ses loisirs furent utilisés.dans les bibliothèques et les archives, et l'histoire de la navigation française eut sa part dans les préoccupations d'un capitaine au long cours de vingt-six ans.

Le J.-B.-Charcot, vendu pour une poignée d'or à un capitaine de la marine marchande se rendant à Nouméa, gardera son nom, ses titres de noblesse, ainsi que l'a voulu R. Rallier du Baty; et c'est avec ce mince pécule que notre navigateur paya son passage de Melbourne en France, quittant, non sans regret, le petit bateau de pêche de Boulogne qu'il avait conduit à travers les océans avec la sûreté d'un pilote et la hardiesse d'un corsaire.



 société de Géographie

Ce récit, conté avec autant de simplicité que de belle humeur, a reçu d'un public fort intéressé un accueil chaleureux. Le Président a traduit fidèlement l'impression de l'assistance en adressant à M. Rallier du Baty ces quelques mots

« Mon cher capitaine,

« Vous savez qu'à la Société de Géographie l'on aime avant tout la science. Mais l'on sait y apprécier également l'énergie, le courage, la bonne humeur. Ces qualités, ces vertus héréditaires de notre race, vous les possédez, autant que la modestie qui sied au vrai mérite.

« Sans doute, vos récits de chasse nous ont rappelé des temps primitifs la cruauté, mais aussi l'héroïsme. Je souhaite, pour la France, que votre exemple trouve beaucoup d'imitateurs. »

En terminant, le Président annonce que, dans quelques jours, le gouvernement
recevra solennellement, à la Sorbonne, le docteur Charcot et ses collaborateurs, et qu'une autre séance, réservée aux membres de la Société aura lieu dans la première quinzaine de décembre.

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