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10 févr. 2012

55 jours à Pékin 1900 la révolte des Boxers Chine D'entrecasteaux Pé-Tang EV Henry Beijing Peking

55 jours à Pékin 1900









Boxeurs chinois
Boxers

La Révolte des Boxers ou Révolte des Boxeurs, ou Guerre des Boxers est une révolte, initiée par les Poings de la justice et de la concorde, société secrète dont le symbole était un poing fermé, d'où le surnom de Boxers donné à ses membres en Occident et qui se déroula en Chine, entre 1899 et 1901.


Ce mouvement, initialement opposé à la fois aux réformes, aux étrangers et à la dynastie mandchoue des Qing qui gouvernait alors la Chine, fut utilisé par l'impératrice Cixi contre les seuls étrangers, conduisant à partir du 20 juin 1900 au siège des légations étrangères présentes à Pékin. C'est l'épisode des 
« 55 jours de Pékin », qui se termina par la victoire des huit nations alliées contre la Chine (Autriche-Hongrie, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie, Royaume-Uni et États-Unis).




Impératrice Tseu Hi ou Cixi
l'impératrice Cixi ou Tseu-HI


Venant après la guerre sino-japonaise de 1894-1895, que la Chine avait perdue, cette nouvelle défaite est une étape supplémentaire dans le combat qui oppose conservatisme et réformisme dans la Chine du 19e siècle, et qui se terminera par la chute de la dynastie Qing en 1912.






En janvier 1900, un édit de l'impératrice reconnut les sociétés secrètes. À partir de mai 1900, la cour impériale organisa des groupes de Boxers en milices à Pékin. Les princes Duan et Chuang, et le général Kang-i, furent officiellement nommés à la tête des groupes de Boxers présents dans la capitale.





Le 7 juin 1900, des troupes de Boxers commencèrent à arriver en masse à Pékin. La sécurité de la capitale était désormais assurée par le Prince Duan et les forces armées impériales n'intervinrent donc pas pour les arrêter. Dans les jours suivants, près de 450 hommes de troupes occidentaux pénétrèrent dans la capitale chinoise pour protéger les délégations étrangères. La révolte atteignit son paroxysme : les insurgés étaient désormais soutenus ouvertement par des éléments de l'armée et changèrent leur slogan en « Soutenons les Qing, détruisons les étrangers ».




L'atmosphère est très angoissante pour les assiégés, ils sont face à des milliers de Chinois haineux hurlant 
"Cha ! Cha ! Cho ! Cho ! " « Tue ! Tue ! Brûle ! Brûle ! »


En réalité, seul le courage a permis aux assiégés de tenir, qui peuvent parfois passer à l'offensive, comme le montre l'expédition héroïque de Matignon, médecin des légations de France, dont la défense avait été confiée au lieutenant de vaisseau Eugène Darcy, du croiseur d'Entrecasteaux. 


En effet le 15 juin, il décide d'aller sauver le père Addosio et ses fidèles, assiégés par les Boxers à l'église du Nan-T'ang. Pour cette expédition, il prépare un commando composé de douze hommes, Français et Italiens. Ils partent dans les rues désertes le matin, et un premier assaut a lieu à l'hôpital près de l'église. Arrivés au boulevard de l'Église, ils sont encerclés par les Boxers et l'armée régulière, mais quelques coups de feu les font reculer, et le commando peut se dégager. 


Pendant ce temps les assiégés de l'église ont réussi à se réfugier dans des maisons. Le commando Matignon est ensuite accueilli par des démonstrations de gratitude de la part des chrétiens chinois, et accueille environ 80 réfugiés, dont certains gravement blessé

Défenseurs des Légations Pékin 1900
Représentants des troupes alliées  


LA DÉFENSE DES  LÉGATIONS à PÉKIN
PAR LES MARINS FRANÇAIS

Claude ARATA

Division navale de l"extrême Orient
            
Pékin 1900. Le temps est révolu des grands empereurs Mandchous installés à Pékin depuis le milieu du XVII siècle (Pékin, en chinois, Bei Jing - capitale du Nord). Leurs successeurs sont devenus à la longue un peu falots. C’est ainsi que deux siècles plus tard, du temps de Napoléon III, ils ont eu toutes les peines du monde à se débarrasser de la révolte des Taï Ping venus du sud. C’est précisément vers la fin de la rébellion que la cour semble n’avoir d’yeux que pour le choix de concubines impériales. Parmi les élues figure, peut-être contre son gré car elle roucoule alors avec un capitaine, mandchou comme elle, une jolie fille qui dominera pendant quelque cinq décennies la Cité Interdite, donc la Chine, dans des conditions surprenantes qui tiennent de circonstances imprévisibles. La jeune Mandchoue portera le nom de Ci Xi,  qui signifie, non sans humour, « Tendresse bénie du Ciel ». Elle gouvernera avec un Tson Li Yamen, ministère des affaires étrangères, à sa dévotion et de très hauts fonctionnaires chinois, mais surtout grâce à son ambition démesurée, une intelligence et un sang-froid hors pair, et un manque de scrupules du même gabarit, sous le titre d’Impératrice-régente.


Menu du Chateaurenault 2 août 1904

Telle elle apparaît dans le flamboyant film hollywoodien de Nicholas Ray, tourné en 1963, Les 55 jours de Pékin - vous vous souvenez peut-être de Charlton Heston, David Niven et de la sublime Ava Gardner. Ce film retrace surtout la défense de l’ambassade américaine et l’on n’aperçoit un détachement de soldats français qu’à la fin du film.  Pourtant les Français, et en particulier les marins, ont joué un rôle très important dans cette guerre particulière, la guerre des Boxers. Je vais donc essayer de vous en retracer leur  action.







La situation en Chine en 1900

Bien avant la guerre, s’opposaient déjà en Chine deux tendances à vrai dire traditionnelles, celle des conservateurs qui ne voulaient rien changer à l’ordre des choses et celle des réformateurs qui voulaient imiter les étrangers pour moderniser l’empire.
Ces étrangers sont peu nombreux, 12 000 en 1899, mais ils jouent un grand rôle  avec des statuts très privilégiés en particulier dans les domaines des douanes et des concessions à bail de terrains. Les traités de Nankin et Pékin  avaient accordé aux Européens la possibilité d’avoir à Pékin des ambassadeurs ou des consuls dans les légations et dans seize ports chinois. La France, qui s’était très tôt tournée vers l’Indochine, s’était impliquée en Chine dans des efforts de christianisation catholique et dans la protection des missions. Il y avait, en 1900, sept cent cinquante missions et six cent mille catholiques chinois.

Le Palais d'été



Cette intrusion des étrangers va provoquer deux réactions nationales, différentes et même opposées dans leurs principes et leur mise en œuvre.
La première réaction est la tentative en 1898 d’un groupe de réformateurs de lancer une série de réformes destinées à moderniser la Chine à l’exemple du Japon. Menée par l’empereur héritier en personne Guang Xü, elle est brutalement  arrêtée par l’impératrice Ci Xi qui reprend le pouvoir et choisit pour principal collaborateur le prince Tuan, le plus fanatique des réactionnaires et xénophobes. Ce sont « les Cents jours de Pékin ».
La seconde réaction, celle qui nous intéresse ici, c’est l’insurrection menée contre la domination étrangère par la secte des Boxers. Cette secte avait pour mot de ralliement «  Justice et Vérité par le poing », d’où le nom de Boxeurs donnés par les européens ou plus couramment le nom anglais Boxers. C’étaient des fanatiques, portant un turban et une ceinture rouges, qui se prétendaient invulnérables. Leurs tracts disaient « les catholiques et les protestants ont humilié nos dieux et nos sages, abusé nos Empereurs … quel que soit le village où vous habitez, s’il se trouve des chrétiens chinois débarrassez-vous d’eux sans retard, brulez leurs églises...  ». Dès le mois d’avril 1900, les Boxers vont multiplier leurs attaques et destructions de missions, en particulier dans la province du Shantoung qui était sous influence allemande. Celles-ci se propagent rapidement vers la province voisine du Petchili, en remontant du sud vers Tien Tsin et Pékin. Le gouvernement chinois est alors inactif et apparemment neutre.



TAD Postes aux Armées Chine  4 janvier 1902



La situation s’aggravant les premiers à réagir sont les Français, monseigneur Alphonse Favier évêque de Pékin et Stephen Pichon, ministre de France. Le 19 mai, ce dernier s’adresse au Tson Li Yamen en réclamant la dissolution du mouvement Boxers. Rien ne se passe et les évènements s’accélérant, les ministres des puissances européennes ne se font plus d’illusion. Le 29 mai, ils demandent aux commandants de leurs forces navales en Extrême-Orient de venir les secourir. Après entente commune, chaque nation décide de débarquer cent marins à Takou, dans le golfe du Petchili, pour aller protéger les légations de Pékin.
Pour la France, étaient déjà sur place sous le commandement du contre-amiral Courrejolles, le croiseur-cuirassé de 8500 tonnes  d’Entrecasteaux  et le croiseur de 4000 tonnes Descartes. Chaque bâtiment fournit cinquante hommes et le lieutenant de vaisseau Eugène Darcy, du d’Entrecasteaux, prend le commandement de cette compagnie de débarquement. Son état-major est constitué de l’aspirant Herber, de l’enseigne de vaisseau Douguet et de l’enseigne de vaisseau Paul Henry.



Lettre  Corps expéditionnaire en Chine  29 novembre 1900



En fait, petite anecdote, le capitaine de vaisseau de Marolles, commandant le d’Entrecasteaux, avait initialement désigné pour ce détachement l’aspirant Jean de Pontevès, et non l’enseigne de vaisseau Henry. Ce dernier, « bouleversé » selon ses camarades, estime qu’il a, par son brevet  obtenu à  l’école des fusiliers, déjà implantée à Lorient, une sorte de droit à marcher avec cette compagnie et demande au lieutenant de vaisseau Darcy également  fusilier  d’intercéder pour lui auprès du commandant. Ce dernier accepte et Henry, en quittant ses camarades, à ces paroles prémonitoires : « De deux chose l’une, ou il n’y aura rien, et ce sera un voyage d’agrément; ou il y aura quelque chose, et ce sera terrible : nous n’en reviendrons pas. »
C’est ainsi que quatre cent cinquante marins de huit nations différentes vont, le 31 mai, prendre un  train spécial à Tien Tsin pour gagner la capitale à travers une foule hostile estimée à soixante mille personnes contenues à grand peine par six mille réguliers chinois.  Ce faible effectif est composé, outre les Français,  de matelots russes, anglais, américains, italiens, autrichiens,  allemands et japonais. Faible effectif, d’autant plus qu’au passage à Tien Tsin, vingt-cinq marins du Descartes, sous les ordres de l’enseigne de vaisseau Douguet, y sont restés pour garder le consulat de France. Le lieutenant de vaisseau Darcy arrive donc à Pékin avec seulement soixante quinze hommes.






Le siège de Pékin

Quelques points de repère sur Pékin en cette époque. La capitale est composée de deux villes : au sud, la vieille ville chinoise, quasi déserte à l’exception des temples du Ciel et de l’Agriculture et, au nord, la ville Tartare. Cette ville est entourée d’une muraille de vingt mètres d’épaisseur et de seize mètres de hauteur percée de onze portes dominées par des tours de quatre étages avec meurtrières. Au centre, se trouve la ville impériale, entourée d’un mur de six mètres de hauteur, avec en son milieu le palais impérial souvent appelé Cité interdite. Trois points vont nous intéresser : le quartier des légations au sud-est, la cathédrale de Nan Tang au sud-ouest et le Bei Tang, accolé au nord-ouest de la ville impériale où se trouvent les chrétiens regroupés par monseigneur Favier.

On peut distinguer quatre phases durant ce siège.
- Une phase préliminaire, du 31 mai au 17 juin- Une phase de combats intenses du 17 juin au 15 juillet- Une relative accalmie du 17 juillet au 14 août- La fin des combats et le début de l’occupation




Du 31 mai au 17 juin. La phase préliminaire

Elle commence, comme nous l’avons vu, avec l’arrivée du lieutenant de vaisseau Darcy et de sa petite équipe. Il va la couper en trois groupes : trente hommes à la légation de France sous son commandement, trente hommes avec l’enseigne de vaisseau Henry, renforcés par onze italiens avec l’aspirant Olivieri, au Bei Tang et provisoirement quinze hommes avec l’aspirant Herber au Nan Tang. Ces hommes n’ont avec eux que leur sac, leur fusil et trois cent seize cartouches. Ils s’installent et vont essayer de protéger au mieux les installations. La légation de France est, avec celle d’Allemagne, l’une des plus exposées. Le meilleur site est celui de  la légation anglaise mais la proposition de son ambassadeur Sir Claude Mac Donald de la rallier n’est pas retenue au début.





Estimant ces effectifs insuffisants, les ministres, et en particulier monsieur Pichon, demandent des renforts aux amiraux des flottes qui ne cessent d’arriver en rade de Takou. Le 5 juin, l’appel est entendu et une colonne de secours d’environ deux mille marins est mise sur pied sous les ordres du vice-amiral Seymour, commandant en chef de l’escadre anglaise, pour rallier Pékin. C’est la fameuse colonne Seymour. Côté français, le contre-amiral Courrejolles charge le capitaine de vaisseau de Marolles, commandant le d’Entrecasteaux, de prendre la tête de cent soixante marins avec comme adjoint le lieutenant de vaisseau Ronarc’h (le futur commandant de la brigade des fusiliers marins à Dixmude en 1914) et quatre officiers dont l’aspirant de Pontevès que l’enseigne de vaisseau Henry avait remplacé au premier détachement. Ces troupes se rendent à Tien Tsin, située à cent vingt kilomètres de Pékin, pour embarquer dans cinq convois ferroviaires. Le départ a lieu le 10 juin. Il n’y a plus de liaison télégraphique avec Pékin et la voie de chemin de fer est annoncée coupée. Mais il est décidé de la réparer au fur et à mesure de l’avance sur la capitale pour arriver en fin de journée. Rien ne va se passer comme prévu. Les boxers sabotent les voies, détruisent les ponts, incendient les gares et harcèlent les troupes. Pendant dix jours la colonne va avancer d’une quarantaine de kilomètres jusqu’à Lan Fang puis reculer pris en tenaille. L’amiral Seymour, à court de vivres et de munitions, va finir par battre en retraite vers Tien  Tsin. Ses atermoiements dans l’avancée de ses troupes lui vaudront le surnom de  see no more (on ne le verra plus)… Ce n’est que le 26 juin qu’une troupe de secours russe d’environ deux mille fantassins viendra les dégager et leur permettre de regagner le quartier des concessions. Sur les deux mille hommes de cette colonne, on comptera soixante dix tués et deux cent sept blessés. Nos cent soixante français auront trois tués et vingt blessés.




Mais revenons à Pékin où nos assiégés attendaient cette colonne le 11 juin au soir et ne vont en fait plus en avoir de nouvelles jusqu’à leur délivrance en août. Ce 11 juin, Sugiyama, le chef de la chancellerie du Japon, se rend à la gare pour attendre cette colonne et il est massacré par les boxers, c’est le premier étranger tué dans Pékin. . Les liaisons télégraphiques sont coupées avec l’extérieur. En trois jours, treize églises et sept hôpitaux sont réduits en cendre sans que les autorités chinoises interviennent.

Du 17 juin au 15 juillet. Les combats intenses

Un fait particulier va provoquer un changement de posture du gouvernement  chinois. Le 15 juin, les commandants des escadres mouillées au large de Takou se réunissent et décident, sans en référer à leur gouvernement,  pour faciliter l’accès des troupes à Tien Tsin, de lancer un ultimatum au vice-roi de la ville et au commandant des forts pour qu’ils se rendent.
Suite à leur refus, les forts de Takou sont attaqués et pris le 17 juin, assurant ainsi une base-arrière logistique. La canonnière française Lion s’y distingua en faisant sauter la poudrière des forts.  


http://www.gsma.pf/b_tien.html


Le Tson Li Yamen considère alors que cette occupation équivaut à une déclaration de guerre et, le 19 juin, signifie aux ministres des légations d’avoir à quitter Pékin dans les vingt-quatre heures. Aux ministres qui veulent encore négocier, l’ambassadeur allemand Von Ketteler réplique que « c’est déjà la guerre » et décide d’aller seul voir le Tson Li Yamen  pour essayer d’éclaircir les choses. Le 20 juin, il est assassiné dès sa sortie par des soldats réguliers chinois.  La guerre est maintenant  déclarée et commence ainsi le premier combat d’un siège qui va durer cinquante cinq jours.




Que ce soit aux légations ou au Bei Tang, les marins ont à lutter contre l’incendie, les fusillades, la canonnade et les mines. Les boxers attaquent en hurlant shô, shô ! (brûle, brûle !) et shâ, shâ ! (tue, tue !). Les armées régulières, poussées par le prince Tuan, qui est membre du Tson Li Yamen, font alors cause commune avec les boxers.
Au quartier des légations, l’état-major interallié et les familles se placent chez les Anglais. La légation de France est menacée sur ses quatre façades et le lieutenant de vaisseau Darcy la défend héroïquement, ayant fort à faire pour contenir les attaques incessantes.  Au 30 juin, il y a déjà neuf tués et onze blessés français dont l’aspirant Herber, tué par une balle au front alors qu’il dirigeait le tir du haut d’un toit. Le 13 juillet, les murs sont sapés par une mine et les Chinois envahissent la cour obligeant les Français à se replier pour les repousser ensuite au corps à corps.

Du 17 juillet au 14 août. L’accalmie

À Tien  Tsin où nous avions laissé le capitaine de vaisseau de Marolles replié avec la colonne Seymour, les combats ont continué. Un corps expéditionnaire de près de dix mille hommes, dont deux mille français sous les ordres du colonel de Pélacot, a entrepris de réduire la résistance chinoise. La ville se rendra le 14 juillet.
Cette victoire a des répercussions immédiates sur le siège de Pékin. Il s’établit une trêve plus ou moins avouée entrecoupée de fusillades et d’assauts. Ci Xi, toujours dans son rôle ambigu, va même jusqu’à envoyer quelques vivres et douceurs aux légations.





Au Bei Tang, avec l’enseigne de vaisseau Henry, il n’y aura pas de trêve. Dans ce parallélogramme entourant la cathédrale Saint-Sauveur, sont réfugiés soixante Européens et trois mille Chinois, femmes et enfants. Aucun point n’est fortifié. Henry va, avec ses quarante marins, placer des postes aux endroits les plus menacés et transformer le Bei Tang en forteresse.  Les attaques sont incessantes, tirs de mines et de canons. Le 18 juillet une mine fait seize morts et vingt-cinq blessés. Henry, intrépide,  est partout, donne l’exemple et n’hésite pas à s’exposer plus que ses hommes pour sauver des situations critiques ou entreprendre des actions offensives. C’est ainsi que le 30 juillet, alors qu’avec deux matelots il est sur un échafaudage établi contre un mur d’enceinte que les boxers commençaient à escalader, il est touché par deux balles de fusil. Il devait mourir quelques instants plus tard, un mince sourire aux lèvres, assurent les témoins. Il avait rempli sa mission ; il avait vingt-quatre ans. Dans une lettre, peut-être prémonitoire et en forme de testament, adressée à ses parents quelques jours avant, il écrivait : « Si je suis tué, ces derniers mots vous porteront mes derniers adieux… je succombe pour la plus belle des causes, et j’ai fait, je l’espère, tout mon devoir». Monseigneur Favier écrira à ses parents : « Nous l’avons exposé, pleuré, enseveli ; il était superbe, un rayon du paradis illuminait sa figure, nos chrétiens versaient des larmes et la douleur des marins était navrante… la parole qu’il nous avait dite allait se réaliser : je ne disparaitrai que lorsque vous n’aurez plus besoin de moi ». Du 30 juillet jusqu’à la délivrance, les attaques vont en effet diminuer.




La fin des combats et le début de l’occupation

Après la prise de Tien Tsin, les renforts arrivent journellement de Takou. Le 3 août, vingt mille hommes, dont mille français sous les ordres du général Frey, peuvent marcher sur Pékin. Ils vont utiliser les deux rives du Peï Ho. Après la prise de Peï Tsang, Yang Tsoun et Toung Tchéou, ils arrivent à Pékin le 15 août et vont délivrer les légations et le Bei Tang. On ignore alors que Ci Xi et l’empereur Guang Xü sont partis à l’aube, déguisés en paysans, pour rejoindre Sian Fu, la capitale de la province du Chen Si.
Mission accomplie, nos marins français quittent Pékin le 27 août. Les pertes des alliés aux légations et au Bei Tang  pendant ce siège, furent de soixante quatre tués et cent trente trois blessés. Pour nos Français, sur les soixante dix huit présents, il y eut seize tués et vingt-sept blessés. Côté chinois, l’estimation est de plus d’un millier de morts.

Le 20 septembre, le contre-amiral Courrejolles portait à l’ordre de la division navale l’extrait suivant de la lettre de monsieur Pichon : « Nos marins ont été, au cours des évènements tragiques que nous avons traversés, d’une intrépidité et d’un dévouement sans égal. Sous la direction de leurs officiers, dont deux ont été tués, ils ont, on peut le dire, opéré des prodiges de valeur. Chose à peine croyable, surtout lorsqu’on voit l’état des lieux, trente des leurs avec dix Italiens, ont sauvé d’un massacre général, pendant plus de deux mois, une population de trois mille personnes réfugiées au Bei Tang. À la légation de France, le reste du détachement, soit quarante cinq hommes,  a défendu un des postes les plus périlleux, où les Chinois ont donné les plus rudes assauts. J’accomplis un devoir que me dicte la reconnaissance, en rendant ce témoignage de la bravoure de nos marins… ».



La Marine n’a pas oublié  nos deux officiers disparus. Un remorqueur en 1902 et un contre-torpilleur en 1912 porteront le nom Aspirant Herber. L’enseigne de vaisseau Henry, quant à lui, verra son nom porté par quatre bâtiments : un remorqueur en novembre 1900, un contre-torpilleur en 1912, un aviso en 1929 et surtout en 1962  un aviso-escorteur construit à Lorient, qui est resté en service jusqu’en 1994. D’autre part, le 28 septembre 1901, eut lieu, dans le bourg de Plougrescant dans les Côtes d’Armor, la bénédiction d’un monument élevé à la mémoire de Paul Henry par ses camarades de promotion et par les officiers du d’Entrecasteaux.

Nous ne pouvons terminer cette histoire sans évoquer un autre marin français qui arrive à Takou en septembre 1900. Il est embarqué sur le cuirassé Redoutable comme premier aide de camp du vice-amiral Pottier, commandant la division navale d’Extrême-Orient. C’est le capitaine de frégate Julien Viaud, plus célèbre sous le nom de Pierre Loti.  Son amiral l’envoie en mission à Pékin, le 11 octobre, pour y rencontrer les autorités. Il y arrive après qu’un corps expéditionnaire interallié de plus de cent mille hommes, dont un contingent français de dix-sept mille soldats sous les ordres du général Voyron,  continue à ramener l’ordre dans le Petchili et vient d’occuper Pékin. Tout ceci avec une répression très dure au début : incendie de villages, massacres, pillage de Pékin et du palais impérial. Loti va rendre compte de ce séjour, et de celui qu’il fera au printemps 1901, dans son journal de voyage qui sera publié, en 1902, sous le titre  Les Derniers jours de Pékin. Il y décrit avec emphase ce qu’il voit de Pékin et de la Chine, les combats qui s’y sont déroulés et ses visites de la Cité Interdite. Logé dans un pavillon près du pont de marbre, il couche dans un des lits de l’impératrice et dérobera, comme il l’écrit « deux petits souliers de l’impératrice pour les emporter comme part de pillage ». On les retrouvera dans sa chambre chinoise à Rochefort entre autres souvenirs rapportés de ce séjour.

De cette guerre des Boxers, de cette lutte contre les « diables étrangers », outre la vaillance de nos marins français, les récits des témoins nous conduisent à plusieurs observations : la très grande valeur au combat de l’armée japonaise, une forme de guerre nouvelle avec des alliés qui coopèrent avec efficacité, la dureté des combats contre une armée chinoise modernisée mais surtout la prise de conscience chez les occidentaux de la naissance d’un nationalisme chinois. Les longues négociations qui suivirent révèlent l’habileté des Chinois et le peu de cohésion des Alliés dans la recherche d’un accord. Malgré les apparences, l’impératrice Ci Xi a bien tiré son épingle du jeu et, en janvier 1902, elle retrouvera  cette Ville Impériale, qui selon Pierre Loti est «  un des derniers refuges de l’inconnu et du merveilleux sur terre, un des derniers boulevards des très vieilles humanités, incompréhensibles pour nous et presque un peu fabuleuses ».

Bibliographie
BOURGERIE R. LESOUEF P. La Guerre des Boxers. Economica, 1998
BAZIN R. L’Enseigne de vaisseau Paul Henry. Mame, 1932
DE PONTEVÈS J.  Souvenirs de la Colonne Seymour, Plon. 1903
MABIRE J. L’été rouge de Pékin. Fayard, 1978
LOTI P. Les Derniers jours de Pékin. Julliard, 1991












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