Par Sophie LAUTIER





AFP / Sophie Lautier


A BORD DU MARION DUFRESNE (latitude: 43°56' Sud, longitude: 51°26' Est) - Selon le livre de bord, nous avons franchi le 40ème parallèle sud mercredi 29 août à 2H30 du matin. Certes, il y avait encore une houle marquée, mais déjà beaucoup plus douce que la veille. Pas de vent de damnés. Personne ne se plaint de ne pas avoir vérifié leur appelation de "40èmes rugissants". Et il reste le trajet du retour...
Une autre "frontière" a été passée, pendant que tout le monde dormait: la zone de convergence, celle où la température de l'eau chute brutalement. A 8H00, elle était à 7°C. Les 24°C de Tromelin sont décidément bien loin.
L'air aussi est devenu frais, la coursive tribord a de nouveau été autorisée à la balade et boire l'air du grand large nous revigore après presque 48H00 confinés à l'intérieur du bateau.
A la veille de chaque arrivée dans un disctrict, un rituel immuable mobilise une partie de l'équipage et des passagers volontaires: le tamponnage du courrier.

Chargement du courrier photo (c) JM bergougniou

Il faut imaginer une vingtaine de personnes assises autour d'une table immense se passant des enveloppes, essentiellement de collectionneurs des timbres et tampons des TAAF, et y apposant une multitude de tampons exotiques. Il a les tampons obligatoires (le commandant, le "posté à bord", le préfet pour sa première rotation, la position géographique du bateau au moment M, etc.), les demandes particulières (le médecin du bord, l'hélicoptère) et les friandises comme la réserve naturelle ou tout visiteur inattendu. Pour tout avouer, je suis partie avec mon tampon... à la demande d'un colectionneur bien connu de tous les gérants postaux des autrales, le fameux Daniel Astoul de la puissante Union française de philatélie polaire - Section antarctique et terres australes.


AFP / Sophie Lautier




"On en a tamponné environ 250 lettres", assure Philippe Irles, futur gérant postal de Crozet, qui a laborieusement vérifié que les demandes des taafistes compulsifs avaient bien été respectées...  En parlant de lettres, souvent ce ne sont que des enveloppes vides.
Avant l'arrivée à Kerguelen, la plus connues des terres australes, ce sera au moins le double de volume. "C'est drôle les dix premières minutes mais après, c'est un peu pénible", lâche un des participants. Imperturbable, le nouveau préfet des TAAF, Pascal Bolot, non seulement tamponne de bon coeur mais apose aussi sa signature sur chaque enveloppe. L'enveloppe y gagne en valeur, paraît-il.
La philatélie est un sujet sérieux. C'est 850.000 euros de chiffre d'affaires par an, environ. Soit 7 à 8% du budget des TAAF. Et les philatélistes pèsent 80% de cette activité. Autant dire qu'ils sont choyés. Pour en savoir plus (et éventuellement passer commande), voir la rubrique philatélie du site internet des TAAF.
Sacs de courriers en partance pour les terres australes  photo (c) JM Bergougniou




Sans être philatéliste dans l'âme, je trouve aux timbres des TAAF le charme de l'histoire, de l'aventure et de la nature, souvent joliment croquée. On n'écrit plus de lettres à la main mais on est bien content d'avoir autre chose quedes factures dans sa boîte aux lettres. Les animaux et végétaux ont leur timbre - orques de Crozet, albatros à sourcils noirs de Kerguelen, phylica d'Amsterdam - de même que les personnages célèbres qui ont marqué l'histoire des TAAF, pour autant qu'ils soient déjà morts.

Sacs de courriers en partance pour les terres australes  photo (c) JM Bergougniou

L'astuce du commandant: quand le roulis empêche de dormir en nous faisant traverser le matelas de manière un peu trop répétitive, il faut prendre le sac contenant la combinaison de survie et le glisser sous le bord du côté où le roulis nous projette le plus violemment. On se crée ainsi une sorte berceau presque douillet. Testé et approuvé.
Sacs de courriers en partance pour les terres australes  photo (c) JM Bergougniou